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vendredi 24 mai 2024
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Olivier Bossard : « Le CHU s’est beaucoup ouvert ces dernières années »

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Le CHU de Saint-Etienne et l’université Jean Monnet viennent de renouveler, début avril, leur convention hospitalo-universitaire. Un document fondateur, signé pour la première fois en 1972, à l’origine de la création du Centre Hospitalier Universitaire de Saint-Étienne et de la faculté de médecine stéphanoise. On fait le point avec le directeur général du CHU, Olivier Bossard, sur la teneur de cette mise à jour qui renforce les liens entre l’UJM et le CHU en matière de formation, de recherche et d’innovation en santé.

Amphithéâtre de la faculté de médecine Jacques Lisfranc de l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne © Martine Leroy

Qu’engage la nouvelle convention hospitalo-universitaire signée entre votre établissement, le CHU de Saint-Etienne, et l’Université Jean Monnet ?

Ce document fait que le CHU est un CHU. S’il n’y avait pas de convention avec l’université Jean Monnet, le CHU de Saint-Etienne serait un centre hospitalier que je qualifierais de « classique ». Aussi, je ne suis pas sûr que les Stéphanois mesurent la chance qu’ils ont d’avoir un CHU à proximité de leur lieu de vie au sens où le CHU est un lieu de formation des médecins et donc pas voie de conséquence, ces derniers ont tendance à rester sur le territoire plutôt qu’à partir à l’issue de leur cursus. C’est un véritable atout pour la densité médicale de notre département, aussi bien en médecine de ville qu’en médecine spécialisée ou hospitalière. Beaucoup de centres hospitaliers aimeraient être des CHU pour avoir cette formation de médecins sur place et ainsi faciliter leur installation sur place. La convention hospitalo-universitaire règle les relations entre la faculté de médecine et l’hôpital. Elle définit les conditions dans lesquelles la formation des médecins est délivrée. Ces derniers, en France, sont formés en France par une formation théorique délivrée par l’université et une formation pratique qui se déroule dans les services hospitaliers du CHU mais aussi à Roanne, à Saint-Chamond, à Annonay ou à Firminy. Pour cette nouvelle convention, avec le doyen de la faculté de médecine Philippe Berthelot, nous avons décidé d’aller plus loin en mettant en évidence des points qui nous paraissaient nécessaires pour montrer à quel point le CHU et l’université travaillent ensemble sur la formation, la recherche et l’innovation.

Je ne suis pas sûr que les Stéphanois mesurent la chance qu’ils ont d’avoir un CHU à proximité de leur lieu de vie au sens où le CHU est un lieu de formation des médecins

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de ces différents éléments ?

Côté formations, nous avons entre autres décidé de la création d’une licence sciences de la santé qui a aussi pour objectif d’élargir le périmètre de recrutement des médecins ou la mise en place d’une formation pour les infirmières de pratiques avancées. Ce dernier point pouvant répondre à certains problèmes liés à la rareté médicale par des infirmières qui pratiquent de manière plus précise une discipline donnée. On a également développé un projet de santé numérique, sous le nom « Manu », car on veut que les étudiants aient accès à une formation autour des nouvelles technologies. Enfin, je citerais aussi le développement de masters et de formations spécialisées avec par exemple pour les attachés de recherche clinique. Concernant l’activité de recherche, qui va de pair avec la formation, nous avions déjà travaillé avec le doyen pour faciliter l’organisation de la recherche au sein du CHU, ce qui implique que les enseignants-chercheurs qui sont à la fois hospitalo et universitaires, puissent facilement passer de leur activité de soin au CHU à leurs activités de recherche dans leur laboratoire. C’est un sujet qui nous est cher. Nous voulons également acculturer les jeunes à la recherche. Nous avons aussi prévu de travailler sur la simulation en santé, qui est un élément de professionnalisation mais aussi de formation initiale des médecins. De manière caricaturale, cela permet aux jeunes d’avoir une expérience avant de pratiquer la première fois sur le patient. Il existe un centre de simulation à la faculté de médecine que nous souhaitons compléter, cela allant avec le souhait de cultiver la formation à la simulation dans chacune des unités de l’établissement même au-delà des seules activités de soin. Ce n’est qu’une partie de ce que nous allons entreprendre via cette convention. Je tiens à préciser qu’il existe une très bonne entente entre le CHU et la faculté de médecine, nous partageons de nombreux sujets, ce qui n’est pas toujours le cas en France. A Saint-Etienne, les relations sont très fluides entre la faculté de médecine, l’université et le CHU, ce qui est très positif pour notre territoire et affirmer le positionnement de ces différents établissements. Cela permet à Saint-Etienne d’être attirante pour les professionnels de santé.

Sur ce dernier point, dans les grands axes qui composent cette nouvelle convention se trouve justement l’attractivité pour les hospitalo-universitaires. Y-a-t-il de nombreux médecins formés à l’extérieur qui choisissent de venir s’installer sur le territoire stéphanois ?

Le CHU s’est beaucoup ouvert ces dernières années. Par exemple, le chef de service de chirurgie cardiaque et celui de chirurgie digestive sont originaires de Clermont-Ferrand, le chef de service de gastro-entérologie est quant à lui de Grenoble. On pourrait multiplier les exemples de praticiens qui viennent d’environnement différent de celui du CHU de Saint-Etienne, de même que le CHU exporte des talents. Et c’est exactement cela que nous devons favoriser, à savoir ouvrir notre établissement à l’extérieur et que ce dernier puisse essaimer à l’extérieur du territoire afin de garantir des filières, des travaux en commun sur des projets de recherche qui sont aujourd’hui tous a minima multicentriques, c’est-à-dire impliquant plusieurs établissements et pouvant permettre une visibilité au niveau international.

CHUSE
Le Pr Thierry Thomas, président de la Commission médicale d’établissement du CHU, Olivier Bossard, directeur général du CHU, et le Dr Xavier Simoens, président de la Commission médicale d’établissement de l’ICLN, ici en décembre 2021. © JT/If Saint-Etienne

Vous avez signé la quatrième convention hospitalo-universitaire depuis 1972. Pourquoi n’y-a-t-il eu que quatre conventions en 51 ans ?

Actuellement, chaque convention est signée pour cinq ans, il devrait donc y avoir un renouvellement avec un rythme de deux par décennie. Qui dit cinq décennies, dit 10 conventions. Les raisons de n’en avoir eu que quatre sont tout d’abord que les premières signées n’étaient pas encadrées dans leurs durées. Ensuite, nous n’avons pas eu de convention hospitalo-universitaire dans le précédent quinquennat compte tenu de la crise Covid. Le travail entamé n’a pas abouti et nous avons une sorte de trou dans la raquette et les orientations de la précédente convention se sont alors poursuivies. C’est aussi pour cela qu’avec Philippe Berthelot, nous voulions marquer le coup et dire que la crise était derrière nous. Nous voulions donc une convention dense, avec de nombreuses annexes qui déclinent les feuilles de route. La rédaction de cette convention a été faite de manière très simple et il a été facile d’aboutir à un texte commun aux trois parties.

L’impact de l’inflation est d’environ 25 millions d’euros pour le CHU.

Vous parlez de la fin de la crise Covid mais cette dernière a vu d’autres soubresauts arriver comme l’inflation ou la crise de l’énergie. Comment se porte le CHU de Saint-Etienne dans cette période incertaine ?

Le CHU de Saint-Etienne, comme tous les hôpitaux de France, n’est pas épargné par ce que vous appelez les soubresauts. L’impact de l’inflation est d’environ 25 millions d’euros pour le CHU. Les mesures prises par les pouvoirs publics après le Ségur de la santé représentent aussi environ 20 millions d’euros de surcoût pour le CHU. Mais je dois dire que la situation du CHU est plutôt bonne par rapport à ce que l’on peut constater pour l’ensemble des établissements hospitalo-universitaires en France.  On reste avec une situation financière saine et positive qui nous permet d’investir. Nous allons mettre 25 millions dans les équipements médicaux et non-médicaux, ainsi que dans les travaux d’entretien de nos bâtiments. On réfléchit aussi à l’avenir avec les premiers questionnements quant au Schéma directeur immobilier du CHU. On en a déjà discuté avec l’Agence régionale de santé. On voit se dessiner des grands axes autour de la cancérologie, de la chirurgie et la réinstallation des services du bâtiment C, le principal de l’Hôpital Nord. Tout ceci est dans la continuité de ce qui a été fait précédemment, comme le transfert de la psychiatrie en particulier sur Nord et sur Bellevue, le transfert de l’activité de gériatrie de la Charité vers Bellevue qui va débuter puisque le bâtiment va entrer en construction, le projet femme-mère-enfant dont on a choisi les trois architectes qui vont être en concurrence… Mais au-delà de tout ceci, on veut réfléchir à ce que sera le CHU dans 15 ans et donc c’est l’objet de ce schéma directeur tout comme nous avons un schéma directeur du système d’information qui vise à garantir la meilleure utilisation possible des outils informatiques au profit des soignants. Nous continuons donc d’avancer et ce malgré les soubresauts. La meilleure illustration en est le comité projet que nous avons créé, se réunissant tous les 15 jours. Ce dernier étudie à chaque fois au moins deux projets soumis par les équipes de soins, preuve que personne ne baisse les bras et que tout le monde veut adapter l’offre et continuer de faire du CHU un établissement d’enseignement, de recherche et de soins.

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