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lundi 15 août 2022
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Pas de répit pour les blaireaux !

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Un arrêté préfectoral daté du 30 mai autorise, une nouvelle fois, une période complémentaire de la vénerie sous terre du blaireau, du 1er juin au 15 août dans la Loire. Une nécessaire régulation pour la préfecture et les chasseurs mais injustifiée selon la LPO Loire et FNE. D’autant plus qu’elle est cruelle, s’insurge l’association dont le référé au Tribunal administratif de Lyon a été rejeté le 20 juin.  

Le blaireau est-il assez nuisible dans la Loire pour le réguler autant ? ©LPO Loire

Le sujet est récurrent. Il revient chaque année ou presque sur la table de la préfecture. Pourtant, « le blaireau, de ce qu’on en sait a un goût ignoble, ironise Patrick Balluet, président territorial de la LPO (Ligue de protection des oiseaux) Loire. Alors, on ne le chasse sûrement pas pour le manger ! » Contrairement à ce qu’indique son nom, son association ne cherche pas à protéger que les seuls volatiles mais bien toute la biodiversité. Aux côtés de  la LPO Loire FNE (France Nature environnement) Aura, elle s’est lancée une fois de plus dans une procédure judiciaire pour faire annuler un arrêté préfectoral daté du 30 mai autorisant une période complémentaire de la vénerie sous terre du blaireau, du 1er juin au 15 août.

Cette pratique consiste à poursuivre, par des chiens introduits dans les terriers, les blaireaux tandis que les chasseurs agréés – les opérations sont encadrées la Fédération de chasse – creusent jusqu’à les atteindre avant de les extirper à l’aide… d’une pince de métal puis de les achever à coup de fusil, sinon de couteaux… Qu’est-ce que nos blaireaux ligériens ont fait pour mériter un sort pareil ? « C’est bien la base du problème : pas grand-chose apparemment, assure Patrick Balluet. On ne conteste pas qu’il puisse y avoir ici ou là des dégâts sur des cultures ou des terriers qui gênent certaines activités : on serait prêt à intervenir pour les déplacer, trouver des solutions. Mais quand on demande des données chiffrées précises sur l’étendue des dégâts occasionnés justifiant ça, on ne reçoit aucune réponse. »

Une espèce qui n’est pas classée comme nuisible

Pour prolonger ou non le droit à la vénerie sur la période estivale préfecture suit en cela l’avis de la DDT Direction départementale des territoires en lien avec les agriculteurs et la Fédération de chasse. Nous avons sollicité la préfecture de la Loire à plusieurs reprises pour avoir les éléments dans la Loire sur la vague de dégâts de la part de cette espèce – elle  n’est d’ailleurs pas considéré comme une espèce susceptible d’occasionner des Dégâts : ESOD (ex « nuisibles ») – , qui donc, justifierait l’arrêté. En vain. Selon Patrick Balluet, c’est clair : « Il s’agit d’un prétexte faisant écran à la volonté de prolonger un loisir durant l’été le plus possible. Ça les amuse, c’est tout. A la commission départementale de la chasse et faune sauvage en mai, il nous a été rétorqué à nos protestations que les chasseurs n’avaient pas à se justifier. « C’est une espèce chassable, on la chasse ». » La DDT avait lancé une consultation publique en mai par web qui sur la période complémentaire de la vénerie sous terre.

« Les dégâts ? Il s’agit d’un prétexte. Ça les amuse, c’est tout.»

Patrick Balluet, président de la LPO Loire

Celle-ci selon la LPO, aurait donné 491 contributions retenues dont 92,46 % se prononçant comme fortement défavorables. Même si interrogée sur ce point, l’association reconnaît avoir fortement mobilisé ses sympathisants à ce sujet, elle y voit un « flagrant dénis de démocratie ».  « En accordant cette prolongation de période, la préfecture autorise donc la chasse de jeunes blaireaux non sevrés et non émancipés, une démarche contraire à la loi (article L. 424-10 du Code de l’environnement) qui « interdit de détruire (…) les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée ») » car, ajoute le président de la LPO Loire « même si une partie des petits sont déjà sevrés au début de l’été, tous restent dépendants de leurs parents. Il faut attendre fin septembre-début octobre pour que la totalité ne le soient plus. On ne parle pas de souris là ! »

Les procédures ne sont pas terminées 

Parallèlement à un recours engagé avec les associations déjà citées ainsi qu’avec AVES et l’ASPAS pour demander l’annulation totale de cette autorisation, le Tribunal administratif de Lyon devait se prononcer sur une attaque en référé (procédure d’urgence). Par une décision rendue le lundi 20 juin, le juge des référés a rejeté la demande des trois associations considérant « qu’elles n’avaient pas apporté la preuve que le déterrage du blaireau durant une période complémentaire portait atteinte à l’état de conservation de l’espèce dans la Loire ». Pour autant, remarque l’association « le juge ne s’est pas prononcé quant à l’atteinte portée par le déterrage aux jeunes non émancipés durant la période et qui aurait pu justifier l’urgence invoquée par nos associations ».

Les procédures ne sont pas terminées : « Nous avons contesté l’arrêté sur le fond, pour que la chasse du blaireau par vénerie sous terre ne soit plus prolongée de façon systématique chaque année. Dans d’autres départements (Haute-Garonne, Marne, Haute-Vienne), la jurisprudence a été rendue en faveur de la sauvegarde de cette espèce. La France fait partie des derniers pays européens à persécuter les blaireaux avec des pratiques barbares d’un autre âge ! C’est aussi la seule à autoriser leur déterrage en pleine période d’élevage des jeunes par rapport au reste de l’Europe. » En mars 2022, la ministre de la Transition énergétique répondait à ce sujet au sénateur EELV de l’Isère Guillaume Gontard à propos de la cruauté de la vénerie sous terre du blaireau. Elle indiquait, entre autres, que la « vénerie sous terre est une pratique de chasse ancienne, strictement encadrée et contrôlée ».

« Il peut présenter un risque sanitaire »

Ajoutant : « Le blaireau a un comportement et un mode de vie qui ne permet pas facilement les opérations de contrôle des populations. En effet, il a principalement une activité nocturne et passe l’essentiel de la journée dans son terrier. La chasse n’étant autorisée que de jour (une heure avant le lever du soleil au chef-lieu du département jusqu’à une heure après son coucher), le contrôle des populations de cette espèce n’est réalisable que dans ce laps de temps. Permettre la maîtrise des populations de cette espèce est nécessaire parce que les galeries du blaireau peuvent endommager les infrastructures hydrauliques ou de transports ainsi qu’entraîner des dommages au matériel agricole (effondrement des galeries au passage d’engins). »

Permettre la maîtrise des populations de cette espèce est nécessaire.

Barbara Pompili, alors ministre de la Transition écologique en mars 2022 au Sénat

Selon le ministère, « il peut également présenter un risque sanitaire pour le bétail par la transmission de la tuberculose bovine. Pour autant le blaireau est une espèce fragile avec un faible taux de reproduction, c’est pourquoi la réglementation a évolué pour mieux encadrer cette pratique. Ainsi, l’arrêté du 18 mars 1982 relatif à l’exercice de la vénerie a été modifié en février 2014 pour rendre obligatoire l’utilisation de pinces non vulnérantes destinées à saisir l’animal au cou, à une patte ou au tronc. De plus, afin de limiter ses souffrances, il rend la mise à mort de l’animal capturé immédiate dès lors que celui-ci n’est pas relâché. Il a aussi permis un meilleur encadrement des armes utilisées pour la mise à mort (arme blanche ou arme à feu exclusivement) et prescrit la fin des opérations de déterrage en cas de présence d’une espèce protégée et dans les 24 h qui suivent la chasse, la remise en état du site de déterrage. »

Des évolutions législatives pour réduire les actes de cruauté

L’interdiction des championnats et compétitions, ainsi que la possibilité pour le préfet de suspendre ou de retirer l’attestation de meute en cas de manquement aux prescriptions réglementaires, ont également été ajoutées. Une nouvelle modification a été réalisée en avril 2019 pour limiter les souffrances infligées à l’animal en interdisant l’exposition de l’animal capturé aux abois ou aux morsures de chiens, avant sa mise à mort. En application de l’arrêté de février 2014, « les actes indignes de la part des équipages sont verbalisables et doivent être rapportés aux agents en charge de la chasse, des sanctions étant prévues. »

Combien y a-t-il de blaireaux dans la Loire ? Sont-ils menacés ? « Difficile à dire. On y travaille de notre côté mais il faut du temps, répond Patrick Balluet. Ce que l’on sait sur les effectifs vient des chasseurs. » Leurs estimations, selon la LPO, donneraient une population stable de quelques milliers d’individus pour environ 300 éliminés par an par 28 « équipages » agréés de vénerie actifs dans la Loire. « Le blaireau, comme toutes les espèces joue un rôle dans l’écosystème : omnivore, il est « utile » en mangent insectes, serpents, verres de terre, est charognard à l’occasion, souligne Patrick Balluet. Il a toujours été là : pourquoi le réguler ? »   

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