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jeudi 8 décembre 2022
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Risque de feux de forêt : hélas, on dirait bien le Sud

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L’organisation du Sdis de la Loire vis-à-vis de ce risque est cependant depuis longtemps analogue à celle d’un département méditerranéen. Si bien que sa mobilisation, sa vigilance et les moyens mis en œuvre ont permis d’éviter le pire dans le département, en particulier lors de cet ardent été 2022. Jusqu’à quand ? Le risque des feux de forêt se montrant toujours plus évident, les pompiers de la Loire approfondissent leur préparation.


L’incendie spectaculaire de La Valla-en-Gier en septembre 2020. Une scène que l’on croyait appartenir à la Méditerranée. ©François Perrot/Sdis42

Actuellement, le Sdis serait incapable de faire de même. Ce n’est ni une question de moyens, ni une question de compétences mais de ressources en eau : début novembre, le niveau du barrage de la Rive, au pied de La Valla-en-Gier, était si bas que les CCGC (Camion-citernes grande capacité), ces gros porteurs d’eau alimentant les « camion-citernes feux de forêts » (CCF) arrosant au plus près de l’incendie, n’y auraient pas accès pour faire le plein. L’automne est pourtant très avancé mais la sécheresse, elle, est coriace. A la fin d’un été 2020 d’un genre déjà très sec, ce n’était heureusement pas le cas, pas à ce point du moins. En septembre de cette année-là, les Ligériens avaient été très marqués par une scène que l’on croyait appartenir au pourtour méditerranéen : celle d’un grand incendie sur le versant forestier sud du Pilat, très visible depuis l’axe de communication A47/RN88.

Il sera l’objet d’une lutte difficile trois jours durant, les lieux du sinistre situés sur le territoire de La Valla-en-Gier étant très difficiles d’accès. Bilan : 35 ha de forêt brûlés, 200 pompiers mobilisés. Et un sacré avertissement. On est certes loin de l’immense incendie de Burdignes en 2000 lorsque 1 800 ha étaient partis en fumée avec pas moins de 1 300 personnes sur le terrain. Mais, ensuite, de 2001 à 2008, aucun incendie de forêt majeur n’a été relevé par le Sdis 42 (Service départemental d’incendie et secours). Tandis qu’à partir de 2009 et les 50 ha détruits à Périgneux dans le sud des Monts du Forez, les sinistres ont tendance à s’accumuler. Essentiellement dans le Pilat : 15 ha à Planfoy en 2011, une trentaine d’hectares dans diverses communes l’été suivant, 62 ha (et 150 ha parcourus par le feu) à Châteauneuf en 2015, deux fois 10 ha incendiés en 2015 à Véranne, et Doizieux. 10 ha à nouveau à Saint-Appolinard en 2017…

« Le risque remonte le nord »

Les coteaux du Pilat sont particulièrement et de plus en plus exposés. ©François Perrot/Sdis42

2018 et 2019 ont été calmes malgré leurs canicules respectives. 2021 a été pluvieux. Et l’été 2022, si sec, si chaud après une fin d’hiver et un printemps sans eau ? 133 ha selon un bilan à affiner dont 21 de plus d’1 ha et un de 40. Pas si mal en réalité au regard des conditions. Il faut dire que « notre doctrine est depuis longtemps calée sur celle d’un département méditerranéen ou du Sud-Ouest », explique le capitaine Jean-Baptiste Merley, référent départemental feu de forêt au Sdis. La Loire compte 150 000 ha forestier (31 % de la surface du départemental) dont 21 % sont composé de pins, les plus inflammables des conifères. « Le risque se situe traditionnellement sur les massifs sud : vers les Gorges de la Loire, les coteaux du Pilat, du moins jusqu’à une certaine altitude, environ 900 m normalement. C’est un peu moins vrai sur les monts du Forez même si les contreforts exposés de Sail et Boën sont à surveiller, décrit Jean-Baptiste Merley. Mais oui, on constate avec le temps que le risque remonte le nord. »

Les pompiers de la Loire n’ont jamais été autant en alerte que ces dernières années dans les secteurs autour des barrages nord du Roannais, comme autour de Villerest où les départs de feux estivaux sont de plus en plus nombreux. Et normalement, « si la « saison » du risque incendie va de mi-juin à mi-septembre, ces dernières années à part en 2021, c’est davantage dès début juin et jusqu’à fin septembre, ajoute le capitaine Merley. Cette année, on était en surveillance absolue le fameux week-end du 17 au 19 juin et on a constaté des départs de feux, sans conséquences jusqu’à fin octobre avec une météo presque estivale… » Reste que la Loire n’a pas encore connue de grandes catastrophes. Rappelons déjà que c’est essentiellement l’Humain l’étincelle, de manière accidentelle (comme à La Valla en 2020) mais aussi criminelle. « A ce niveau, nous ne sommes pas encore victimes de déséquilibrés comme, hélas, dans le Sud. Mais je pense, aussi, que la vigilance des gens dans leur comportement s’est beaucoup accrue », positive Jean-Baptiste Merley.

Une vigilance jamais vue

Les moyens aériens sont organisés à l’échelle nationale. ©François Perrot/Sdis42

Peut-être aussi que les pompiers de la Loire sont déjà bien pourvus et organisés face au risque. Pour Jean-Baptiste Merley, « il y a clairement un avant et un après la départementalisation des services incendies il y a une vingtaine d’années. Nous comptons 550 pompiers professionnels et 1950 volontaires dans la Loire mais tous, sans exception, sont formés à être équipier de feu de forêt, le niveau 1 (650 le sont sur les niveaux au-dessus de 2 à 5, habilités ainsi à encadrer à leur échelle les opérations, Ndlr). Ce qui n’est pas le cas dans tous les départements. D’ailleurs, nous envoyons régulièrement des pros et des volontaires aider nos collègues du Sud de la France (au total cet été, 292 pompiers en détachement pour 72 jours cumulés, Ndlr). Cela participe à renforcer ou donner une expérience de terrain. Et pas des moindres. » Niveau matériel, « nous avons été bien pourvus ces 20 dernières années, en particulier dans les années 2000 » : 129 véhicules spécifiques (75 sont des 4×4 de patrouillage ou commandement de colonnes) dont 4 gros porteurs d’eau, les CCGC cités plus haut, bientôt 6 avec deux nouvelles acquisitions en cours.

Volontaires ou pros, tous les pompiers de la Loire, sans exception, sont formés à être équipiers de feux de forêt.

Capitaine Jean-Baptiste Merley

Les moyens aériens – canadairs ou dashs – s’envisagent, eux, à l’échelle nationale depuis la base de Nîmes. Pour Jean-Baptiste Merley, le Département est bien pourvu pour répondre au risque, même s’il est indéniablement montant au regard du réchauffement climatique. A propos de moyens, le Sdis déploie désormais, du moins comme l’été dernier, très régulièrement selon les données météo, trois groupes d’intervention (4 CCF + 1 4×4) prêts à partir au sud, au centre et au nord du département. La vigilance est de mise comme jamais. C’est elle qui a permis que 95 % des départs d’incendie de l’été dernier aient été éteints avant qu’ils ne brûlent un hectare. Plus de matériel impliquerait, derrière, plus d’hommes et femmes. Et si les effectifs sont relativement satisfaisants, « ce n’est vraiment pas évident de recruter, surtout en milieu rural, note Jean-Baptiste Merley. Nous pourrions potentiellement accueillir des dizaines de personnes de plus chaque année. Alors, oui, si le risque continue de croître à ce rythme, la question des moyens se posera aussi. »

Des moyens de prévention qui se renforcent

Enjeu essentiel pour le Sdis : connaître les chemins et clairières des forêts. ©François Perrot/Sdis42

En attendant les pompiers de la Loire renforcent leur politique et moyens de prévention. Ce qui signifient des rapprochements plus approfondis sinon inédits avec des partenaires en première ligne sur le sujet. La collaboration avec Météo France va par exemple se renforcer. La Loire, avec l’Isère, a été retenue pour une expérimentation à l’échelle du quart sud est de l’Hexagone, pour produire des cartes départementales en temps réelle autour du risque de feux de forêt. Les échanges avec l’ONF (Office national de la forêt) eux aussi vont s’intensifier et s’officialiser tandis que vont s’initier des relations avec le CRPF (Centre régional de la propriété forestière) pour les domaines privés. Il s’agit de connaître davantage la physionomie des forêts, leurs chemins, leurs clairières pour déployer le plus efficacement et au plus près possibles le matériel et les hommes.

Idem du coup pour un rapprochement avec le milieu agricole, à même d’apporter ses connaissances du terrain quand il ne s’agit pas concrètement de coups de main. Plus de connaissances des forêts pour les pompiers et, côté forestiers comme les agricultures, autour de la prévention du risque dans leurs pratiques professionnels ainsi que leurs capacités à se muer en donneurs d’alerte. Espérons maintenant et au printemps avant tout de la pluie et encore de la pluie. Mais aussi que la prise de conscience et les renforcements des dispositifs soient suffisants avant qu’un arrêté préfectoral d’interdiction de fréquenter des semaines durant les massifs du Pilat et/ou les Gorges de la Loire ne tombe l’été prochain. Hélas, oui on dirait bien le Sud…

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