Saint-Étienne
jeudi 8 décembre 2022
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Comment va s’organiser le passage de la Flamme olympique dans la Loire ?

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La Loire fait partie de la soixantaine de Départements et territoires ultramarins ayant dit oui à l’accueil de la flamme olympique, estimant que les jeux en valaient la chandelle, c’est-à-dire 180 000 € TTC. Vendredi, l’assemblée départementale a voté cette somme et la convention la liant à Paris 2024. Si l’élaboration du parcours est encore à fixer – Saint-Etienne sera, sans surprise, la ville étape mais le tracé restera, lui, top secret jusqu’en avril –, sa lecture apporte des éléments nouveaux.

« L’échelon pivot ». C’est ainsi que Paris 2024 définit les Départements vis-à-vis du passage de la Flamme olympique. Voilà qui a dû faire plaisir aux membres de l’ADF (Assemblée des Départements de France) dont les compétences et la pertinence ont été malmenées cette dernière décennie par le législateur. La note exigée pour obtenir la flamme, beaucoup moins. Les 180 000 € TTC, si l’option « ville étape » est cochée et c’est le cas dans la Loire, a en effet enflammé la polémique en février. Beaucoup de Départements trouvaient la somme trop élevée, sinon trop uniforme vis-à-vis de leurs écarts de ressources, voire indécente par rapport à l’argent public au regard de l’immense business qui colle aux crampons de l’événement. La Loire n’a elle, que peu tergiversé, comme nous vous l’indiquions à l’époque, avant d’officiellement confirmer fin mars qu’elle serait bien de la partie.

En février, son vice-président aux sports Jean-Yves Bonnefoy estimait que « c’est cher, oui, mais ça vaut le coût. Le Tour de France coûte aussi aux collectivités locales (65 000 € pour un départ, 110 000 € pour une arrivée et 160 000 € pour un départ et une arrivée, Ndlr). Et dans ce cas-là, dans la Loire, une année sur deux ou trois. Le Département participe d’ailleurs aux frais pris en charge par les villes. » Or, aux yeux du Département, « les retombées de notoriété et économiques pour le Tour ne sont plus à démontrer ». Contrairement à ce qu’estime Patrick Clastres, historien du sport, auprès de nos confrères du Monde, selon la collectivité, les retombées économiques et la promotion du territoire via les JO valent l’investissement. 180 000 € TTC, « non pas pour faire de l’argent », s’est défendu Paris 2024 mais pour participer aux frais d’organisation, d’animations et de sécurisation dont la « majorité » – sans que cette proportion n’ait alors été précisée – est prise en charge par les sponsors privés.

Selon la convention, un exemplaire de la torche 2024 (« ou de sa réplique ») pourra être conservé par le Département. Elle est déjà passée dans la Loire à l’occasion des JO d’hiver : Grenoble 1967, Albertville 1992 où elle avait notamment traversé Saint-Chamond.

La convention avec Paris 2024 est votée

Sollicité à nouveau par If Saint-Etienne à ce sujet, Jean-Yves Bonnefoy ne la connaît pas non plus mais estime que « l’ADF ne s’est sûrement pas laissé avoir et a forcément regardé ça de près pour que notre prise en charge soit proportionnée ». Amaury sport organisation (Aso) qui est, elle, dans une logique forcément pécuniaire avec le Tour de France, a donc réclamé 160 000 € pour une arrivée et un départ à Saint-Etienne de la Grande boucle avec une distance totale d’environ 35 km parcourus en 2022 dans la Loire contre 25 km cumulés pour la flamme olympique. Plus long donc pour un parcours tout aussi, voire plus complexe à encadrer. Nous ignorons cependant l’utilisation de la somme donnée à Aso et les marges bénéficiaires éventuelles qu’elle procure… Ce qui fait dire à J.-Y. Bonnefoy : « Autant, je compare les retombées économiques avec celles du Tour de France, autant là, sur les frais d’encadrement et de sécurité, je ne m’y risquerais pas. »

Autant, je compare les retombées économiques avec celles du Tour de France, autant là, sur les frais d’encadrement et de sécurité, je ne m’y risquerais pas. 

Jean-Yves Bonnefoy, vp aux sports du Département de la Loire.

Vendredi, l’assemblée départementale de la Loire a en tout cas voté l’unanimité le bienfondé de cette somme (qui devrait, « au moins en partie », s’ajouter à son budget habituel aux sports et non s’en soustraire) et la convention la liant au comité d’organisation sur l’accueil du parcours de la flamme olympique. L’opposition est, ici, en phase avec la majorité. Régis Juanico, conseiller d’opposition et ex député très investi dans le sport était d’ailleurs d’une délégation d’élus ligériens venue rencontrer à Paris, le comité d’organisation et son président Tony Estanguet. Sa seule remarque concerne la nécessité de profiter de l’événement pour aller plus loin sur le développement de dispositifs favorisant la pratique sportive dans la Loire : « Il existe déjà des choses autour du sport-santé sur lesquelles s’appuyer. Il ne faut pas s’arrêter là et approfondir une politique transversale qui doit se pérenniser au-delà des JO : à travers nos bâtiments, les collèges oui mais aussi les Ehpad ou encore sensibiliser le public bénéficiaire du RSA. »

La dépense publique locale ira au-delà des 180 000 €

Le 21 septembre dernier, rencontre à Paris entre Tony Estanguet, président de Paris 2024 et une délégation d’élus ligériens. ©Département de la Loire

Reste que le jour J, l’argent public local dépensé sera, lui, sans doute supérieur à ces 180 000 € TTC. Car la convention dit que l’organisation « si le Département-étape le souhaite et dans le respect du cahier des charges, établies par Paris 2024, d’un événement spécifique, permettant, lors du passage du Relais de la flamme sur son territoire, de singulariser le Département-étape dans la programmation du Relais de la flamme » sera « à ses frais ». La Convention donne aussi « faculté pour le Département-étape, en concertation avec une ou plusieurs « villes-passage », d’organiser à ses frais une ou plusieurs célébration(s) « Sport & Culture » thématisée(s) autour du Relais de la flamme lors de son passage sur le territoire du Département-étape, (…), afin de valoriser les actions mises en place aux côtés de Paris 2024 (avec les établissements « Génération 2024 », les initiatives « Terre de Jeux 2024 », les artistes et les sportifs locaux, etc. » Impossible de valoriser ou compenser ces dépenses par un partenariat privé tiers.

Comme pour l’embauche des prestataires (logistique, hébergement, restauration, transports, communication, etc.) liées au parcours en soit mais aussi aux célébrations, Paris 2024 est déclarée seule compétente sur le choix d’entreprises partenaires. Il ne sera donc pas possible de tirer des revenus donc pour compenser les dépenses. S’il ne s’agit sûrement pas d’offrir un banquet à 1 100 € à chaque Ligérien, on voit cependant mal le Département se passer du coût d’au moins une opération de promotion ou refuser des festivités à sa population. « Rien n’est acté à ce stade mais oui, il est probable que nous organisions notre événement, on restera très raisonnable et on peut s’appuyer sur du partenariat existant comme l’UNSS. Il y a aussi, les sentiers de la flamme du comité olympique de la Loire, explique J.-Y. Bonnefoy. Pour les villes passages de la flamme et la ville étape, cela reste à discuter avec elles mais on peut imaginer que la prise en en charge de leurs événementiels et de leur encadrement peut être leur forme de contribution. » Qui seront-elles, justement ces « villes passage » ainsi que la ville étape où la flamme arrivera et repartira ? Sans surprise, cette dernière sera évidemment Saint-Etienne.

Saint-Etienne sera bien la ville étape de la flamme

« Nous n’en avons pas encore discuté avec elle et c’est Paris 2024 qui la désigne. Cependant, on ne voit pas comment ça ne pourrait pas être elle », précise le vice-président aux Sports. C’est en réalité déjà acté, assure à If la municipalité stéphanoise que nous avons sollicitée à ce sujet : « Saint-Etienne étant ville hôte des JO (Geoffroy-Guichard va accueillir des matchs de football), elle est ville étape de la flamme. Paris 2024 l’a confirmé à Gaël Perdriau », répond son service presse. Et pour les villes passages ? « Elles sont un certain nombre à avoir émis le souhait de voir passer la flamme. Il s’agit, comme pour Saint-Etienne, des municipalités ou intercommunalités labellisées terre de jeux*, répond J.-Y. Bonnefoy. Le tracé du passage de la flamme est co-construit avec Paris 2024. Il n’est pas encore fixé. » Et il ne sera pas révélé qu’en avril prochain et par le seul comité d’organisation, sa communication étant le point le plus sensible au sein de la convention au rayon « confidentialité » qui engage le Département-étape.

Saint-Etienne étant ville hôte des JO, elle est ville étape de la flamme. Paris 2024 l’a confirmé à Gaël Perdriau.

Ville de Saint-Etienne

La convention, votée vendredi, reste cependant encore à signer entre Georges Ziegler, président du Département et Tony Estanguet. Peut-être à l’occasion d’une visite dans la Loire de Paris 2024 qui devrait avoir lieu d’ici la fin de l’année. Mais le Département de la Loire a déjà fait des propositions pour le tracé il y a un mois : il aimerait voir « une quinzaine de lieux » parcourus mettant en valeur des sites emblématiques sachant que la convention évoque, elle, « environ dix communes traversées labellisées Terre de jeux » et un ou deux sites remarquables définis par le Département. Les deux peuvent cependant se confondre. Parmi les lieux emblématiques proposés : Le Corbusier, les Gorges de la Loire, le port de Roanne, Charlieu, la Cote roannaise, la Bâtie d’Urfé…

Six relais individuels et un autre collectif

La pentathlète ligérienne Elodie Clouvel, en octobre 2021, lors d’une cérémonie autour de labellisation Terre de jeux de collectivités de la Loire.

Le parcours doit durer une journée et cumuler 25 km. Il ne s’agira donc pas d’effectuer un cheminement continu mais des « sauts » hors tracé, assurés par le convoi de Paris 2024, entre les relais réellement effectués par les porteurs de flamme. Il y aura des relais individuels : six personnalités seront proposées par le Département faisant la place à la parité et au handisport. Pas forcément des sportifs : « On peut imaginer mettre en avant des pompiers du Sdis, du personnel soignant, précise J.-Y Bonnefoy. Les noms ne sont pas encore définis (ils devraient l’être l’été prochain, Ndlr). » Il y aura, aussi, un relais collectif mobilisant environ 25 participants. Autre engagement du Département : apporter à l’événement « sous son entière responsabilité », sa propre cohorte de bénévoles encadrants. Ceux-ci sont déjà engagés : 54 personnes (42 à l’origine) que la collectivité a en fait commencé à recruter dès fin 2021 avant même de dire oui au passage de la flamme et placés « en rodage » sur des événements. Les plus méritants seront sélectionnés pour participer à l’encadrement des JO en à Paris, du 26 juillet au 11 août 2024.

La flamme, elle, peut passer dans la Loire dès début avril 2024 et jusqu’à fin juillet même si logiquement, notre département ne devrait pas être l’avant dernière étape avant celle d’arrivée à Paris pour la cérémonie d’ouverture. Il faudra donc aussi éviter une collision, côté calendrier, avec d’autres événements majeurs, le Tour de France revenant par exemple dans la Loire presqu’une année sur deux en moyenne, et justement en juillet. Une problématique qui ne va pas se limiter à la Loire du coup. Une chose est certaine : la flamme n’arrivera pas chez nous à la suite de son passage dans un département voisin. Saône-et-Loire, Rhône, Puy-de-Dôme, Allier, Haute-Loire, Isère, Ardèche : tous ont dit « non » à Paris 2024.

* Selon la liste actualisée, 20 communes et quatre intercommunalités : Charlieu, Briennon, Roannais agglomération, Le Coteau, Roanne, CC du Pays entre Loire et Rhône, Unieux, Firminy, Le Chambon-Feugerolles, Roche-la-Molière, Saint-Genest-Lerpt, La Fouillouse, Saint-Just-Saint-Rambert, Bonson, Montbrison, Feurs, CC de Forez-Est, Saint-Galmier, Andrézieux-Bouthéon, Saint-Etienne, Saint-Etienne Métropole, Saint-Jean Bonnefonds, Saint-Chamond, Rive-de-Gier.

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