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Le projet de vélodrome patine à Saint-Etienne

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Clubs sportifs ou collectivités : la nécessité d’un nouveau vélodrome à Saint-Etienne met tout le monde d’accord. L’équipement actuel est trop vétuste pour le très haut niveau. Et il n’en existe pas de vélodrome couvert de haut niveau en Auvergne-Rhône-Alpes. Mais le dossier en passe de devenir une arlésienne s’il ne l’est pas déjà, reste bloqué entre incertitude sur le montant à investir et la prise en charge de la maîtrise d’ouvrage par le Département, la Ville, voire Métropole. Explications.

Le vélodrome de Méons, très vétuste, ne peut pas accueillir de compétition de haut niveau. © IF Media/Xavier Alix

Pour les JO 2024, on ne sera pas dans les temps. Aux yeux de l’Espoir Cycliste Saint-Etienne Loire (Ecsel), un vélodrome neuf et couvert aurait pu amener des délégations internationales à faire de Saint-Etienne leur base d’entraînement. Cela fait pourtant plus d’une décennie que l’un des deux principaux clubs de cyclisme de la Loire (côté roannais, il y a aussi le CR4C), milite activement pour la création d’un nouveau vélodrome.

Une sollicitation déjà présentée à la municipalité Maurice Vincent. Plus intensivement durant le premier mandat de Gaël Perdriau. Elle a été aussi amenée sur la table du Département et jusqu’à celle de la Région. Les trois collectivités accueillent l’idée favorablement. Depuis la destruction du Vel’D’Hiv en 1962, Saint-Etienne, qui se considère comme une capitale historique de cycle, ne dispose que de la piste Roger-Rivière, située au complexe de Méons. A l’air libre, dépourvu de gradins, l’équipement, déjà en partie rénové, construit sur du remblais a largement vécu. Ses virages s’enfoncent, son revêtement s’émiette. S’il accueille encore des entraînements et un Trophée annuel national des jeunes, il est définitivement impropre à une utilisation de haut niveau.

L’intérêt de l’anneau dépasserait le cycle

Ce n’est pas une exclusivité pour l’Ecsel que nous demandons. Le projet intéresse, par exemple, l’athlétisme.

Patrick Billet, vice-président de l’Ecsel

Mais des vélodromes, couverts, à la hauteur, il n’y en a pas légion dans l’Hexagone. Et même pas du tout en Auvergne-Rhône-Alpes, explique à IF Saint-Etienne Patrick Billet, vice-président de l’Ecsel : « Nous avons donc une carte à jouer avec notre positionnement géographique central au sein d’Auvergne-Rhône-Alpes. Un nouveau vélodrome, s’il devait se faire, pourrait ainsi être utilisé par des clubs de toute la région. D’ailleurs, nous ne sommes pas seuls sur cette demande, mais plus porte-parole de différents clubs de la Loire. Ce n’est pas une exclusivité pour l’Ecsel que nous demandons. Rien qu’à Saint-Etienne, il y a l’école municipale de cyclisme. On peut aussi penser aux activités des centres de loisirs, voire des événements d’entreprise, etc.»

L’espace central pourrait abriter des activités d’athlétisme en intérieur. Ici, l’actuel vélodrome de Méons. © IF Media/Xavier Alix

Car l’intérêt de l’anneau dépasserait en effet le seul cycle. « Le Coquelicot 42 (athlétisme, Ndlr) aimerait par exemple profiter de l’espace central entouré par la piste pour effectuer en intérieur du sprint, du saut, etc. Il a été à nos côtés lors de nos dernières sollicitations. Plutôt que de mettre 800 000 euros dans la rénovation estimée de la piste Roger-Rivière, qu’il faudra refaire régulièrement, allons-y franchement sur un nouvel équipement profitant au plus grand nombre », argue cet ancien professionnel, spécialiste de la piste et de la formation des jeunes au club. Combien cela coûterait-il ? « Tout dépend de l’ampleur que l’on voudra bien donner, à quel point il sera mutualisé avec ou non d’autres sports, la capacité éventuellement d’y créer des locaux de clubs, etc. »

L’Ecsel se base sur l’exemple du vélodrome Raymond-Poulidor, oasis dans un désert de cyclisme créé à Limoges il y a quelques années. Il aura finalement coûter environ 5 M€ selon l’Ecsel, couverture comprise avec pour une capacité de 1 500 spectateurs debout. « Rappelons aussi, qu’un tel équipement demande des coûts de fonctionnement moindres car il n’y a pas besoin de le chauffer. »

Qui doit être maître d’ouvrage ?

Je me suis officiellement engagé à aider financièrement le Conseil départemental. 

Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne

Au cours de la dernière session du conseil départemental le 22 octobre, le groupe d’opposition Loire en commun a interrogé la majorité sur ce projet. Une question qui découle d’une autre posée par le même bord politique à une autre majorité, celle du la municipalité stéphanoise par le conseiller départemental PS Pierrick Courbon, également élu d’opposition à la mairie. Lors du conseil municipal de Saint-Etienne le 27 septembre, Gaël Perdriau, le maire de Saint-Etienne lui avait répondu  : « Ce dossier a été abordé en tout premier lieu par le président du Conseil départemental qui l’a évoqué avec l’Ecsel, qui a fait ensuite le tour des différents partenaires pour savoir qui était prêt à y participer. Je me suis officiellement engagé à aider financièrement le Conseil départemental. »

Avant d’ajouter : « C’est donc à lui puisqu’il en est force de proposition d’en assumer la maîtrise d’ouvrage. Il sait pouvoir compter sur le soutien vraisemblablement aussi de la Métropole. (…) La Région serait également prête à participer. La balle est dans le camp maintenant du Conseil départemental.» Le programme de candidature puis le plan de mandat 2020/2026 de la municipalité évoquent succinctement « l’étude d’un nouveau vélodrome ». Sollicitée par If pour étayer sa position, elle n’a pas souhaité aller plus loin qu’un e-mail confirmant « avoir répondu à une proposition que le Département de la Loire a fait à l’Ecsel de construire un vélodrome. Il a été donné un accord, comme l’a d’ailleurs fait la Région pour le cofinancer au côté du Département.»

Une incertitude sur l’ampleur, donc le prix

Mairie et Département se renvoient la balle. Dans ces conditions, l’équipement n’est pas prêt de sortir de terre.

Pierrick Courbon, conseiller municipal et départemental PS d’opposition

Le 22 octobre, dans sa réponse à l’opposition, qui venait justement de citer les propos de Gaël Perdriau prononcés un mois plus tôt, la majorité départementale ne s’est pas positionnée sur le notion de maîtrise d’ouvrage. Ce qui fait dire à Pierrick Courbon : que « mairie et Département se renvoient la balle. Dans ces conditions, l’équipement n’est pas prêt de sortir de terre ». Dans sa déclaration, le président Georges Ziegler a cependant bien confirmé « l’intérêt que nous accordons naturellement à ce dossier ».

C’est « le sens des propos que j’ai tenus à Gilles Mas (alors président de l’Ecsel, Ndlr) avec lequel nous avons évoqué un projet de construction à hauteur de 3 M€. Il s’avère cependant aujourd’hui, d’après les informations dont je dispose, qu’un nouveau montant de construction de l’ordre de 13 M€ soit envisagé. Compte tenu du plan de financement qu’il reste à affiner, tant au niveau des partenaires sollicités que du montant de l’enveloppe allouée, vous comprendrez qu’à ce stade je ne puis me prononcer plus précisément sur un soutien départemental concernant ce projet. » (…)  « Dans ce contexte, et malgré l’intérêt de cette opération, il me semble quelque peu prématuré de vous faire part, de manière définitive d’un engagement formel de notre collectivité. »

Un projet concurrent soutenu par la Région dans le Rhône

Quand nous avons été voir la Région, on nous a dit que notre projet était trop modeste... 

Patrick Billet, vice-président de l’Ecsel

Alors 3, 5 ou 13 M€ ? Interrogé sur ce point, Patrick Billet estime qu’il y a sans doute un malentendu avec les pouvoirs publics. « Il y a plusieurs hypothèses. Quand nous avons été voir la Région, on nous a dit que notre projet était trop modeste… 13 M€, c’est l’hypothèse très très haute, toutes options. Dans le cadre d’une mutualisation très poussée de l’équipement, y compris avec d’autres sports, avec une jauge haute de capacité d’accueil de spectateurs. Mais nous ne nous permettons pas de poser de telles exigences sur la table. Et nous n’avons sûrement pas à l’esprit d’opposer mairie et Département pour en tirer profit. »

Patrick Billet ajoute : « La seule chose que nous souhaitons, c’est que Saint-Etienne accueille le vélodrome de haut niveau qui manque à notre région. Si ce n’est pas chez nous, cela se fera ailleurs.» Des projets concurrents seraient en effet mis sur la table dont un très ambitieux à Meyzieu dans le Rhône. Porté par le club Lyon Sprint Evolution, il s’élèverait, lui, à 25 M€. Et il bénéficierait aussi de l’oreille tendue de la Région. Laurent Wauquiez avait d’ailleurs marqué de sa présence une présentation en février 2020. Un autre projet émanerait, lui, de Montélimar.

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