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jeudi 8 décembre 2022
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Compostage à Saint-Jean-Bonnefonds : à prendre ou à jeter ?

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À Saint-Jean-Bonnefonds, dans les quartiers de la Calaminière et du Fay, la colère et l’inquiétude montent depuis que la mairie planche sur l’installation d’une station de compostage de déchets verts sur un terrain à la jonction avec les communes de Sorbiers et la Talaudière. Après le projet de l’A45, ils craignent une nouvelle menace pour leurs habitations.

Ici, une photo du site du Chambon-Feugerolles, prise par les riverains de Saint-Jean-Bonnefonds.

« Nous ne sommes absolument pas contre le projet, mais contre cette implantation », explique une riveraine, s’exprimant au nom des habitants du Fay et de la Calaminière mais qui ne veut pas que l’on cite son nom. Dans ces deux quartiers, l’éventuelle l’implantation toute proche d’une station de compostage suscite l’incompréhension et les habitants ne décolèrent pas. Une pétition a même vu le jour, demandant l’abandon du projet en l’état, afin de trouver une solution qui convienne davantage à l’ensemble des parties. En cause, le risque de nuisances sonores, visuelles et olfactives.

Ça déborde !

Ce n’est une découverte pour personne dans cette histoire, nos déchets débordent. À partir du 31 décembre 2023, le tri des biodéchets à la source deviendra même obligatoire. Les producteurs non ménagers de plus de 10 tonnes/an de biodéchets sont, eux, déjà soumis à l’obligation de tri à la source. Mais le seuil va passer à 5 tonnes/an au 1er janvier 2023. Pour les collectivités locales, en charge des déchets, tout cela implique donc de trouver des solutions. La Métropole, qui travaille sur le sujet, affiche l’ambition d’atteindre les 6 000 tonnes de déchets organiques récupérés par an, en 2025. C’est pourquoi elle a retenu Compost’Ond pour la réalisation, depuis le mois de mars, d’une grande expérimentation auprès de 2 000 foyers de Saint-Etienne et Firminy pour le ramassage et traitement des biodéchets, avec des bacs fournis et enlevés par Compost’Ond.

La Société coopérative à intérêt collectif souhaite ouvrir cinq stations de compostage sur le territoire métropolitain d’ici 2025 et est donc à la recherche de terrains. « Compost’Ond est en prospection sur le territoire, précise Marc Chavanne, maire de Saint-Jean-Bonnefonds. Ils ont rencontré la maire de Sorbiers qui leur a proposé ce terrain, qui est deux fois plus important que ce que nécessite leur activité. Nos déchets représentent 250 kg par habitant. On ne peut pas continuer à tout mettre au fond d’un trou, sans fin. » Un terrain qui a la particularité d’appartenir à la Ville de Sorbiers mais de se trouver sur la commune de Saint-Jean-Bonnefonds.

« Pour la mairie, cela ne causera pas de nuisance, mais je suis tentée de dire au maire de mener à bien ce projet près de chez lui si un champ y est disponible. »

Une riveraine, s’exprimant au nom des habitants du Fay et de la Calaminière.

Le terrain de la discorde

En effet, c’est l’un des prédécesseurs du maire, Jean Damien, qui en a fait don à la municipalité de Sorbiers lorsque les mines se sont arrêtées. Et c’est le choix de ce terrain qui pose problème aux habitants du Fay et de la Calaminière : « Le terrain se trouve à la fin des communes de Sorbiers, Saint-Jean-Bonnefonds et La Talaudière. Il n’y a que des maisons, c’est la campagne proche de la ville, c’est pour cela que les gens ont choisi de s’installer ici. Pour la mairie, cela ne causera pas de nuisance, mais je suis tentée de dire au maire de mener à bien ce projet près de chez lui si un champ y est disponible. » Proposition à laquelle Marc Chavanne répond par la positive, si un terrain était libre à proximité.

Pour les riverains, qui entendent la nécessité de voir germer un tel projet, mieux vaudrait le faire éclore sur un autre terrain, qui serait davantage éloigné des habitations. « Les riverains disent qu’ils sont d’accord avec ce principe de compostage, reconnaît Marc Chavanne. Il se trouve que l’on est dans un cas d’école de ce qui se passe dans une commune. Composter, il faut le faire, mais ailleurs. On est juste à l’opposition entre l’intérêt général et l’intérêt particulier. » Alors pourquoi ne pas opter pour une zone industrielle ou une zone d’activité comme le préconisent les riverains ?

Les riverains se sont rendus sur le site de Compost’Ond du Chambon-Feugerolles pour y prendre des photos.

Le bruit et l’odeur ?

« Nous pensons qu’il existe des terrains plus adaptés à cette installation, comme dans une zone industrielle, à Méons par exemple », suggèrent les riverains. Pour le maire, si c’est ce terrain qui a été proposé, c’est qu’il est le seul à réunir les critères. « J’en ai cherché après cette pétition. Je n’en ai pas trouvé ! Si on a une autre solution, alternative, et si elle est meilleure, mais on ne s’accrochera pas à celle-ci. Même si demain il y a 50 signataires, et qu’ils souhaitent en parler, je rappelle que la mairie est ouverte, ils seront reçus. Si certains d’entre eux ont des propositions, nous sommes preneurs. »

Car il faut savoir que le projet a été présenté aux riverains le 13 avril dernier. C’est pourquoi certains sont allés visiter le site du Chambon-Feugerolles, sur demande, puis d’autres s’y sot introduits afin de savoir s’il générait des nuisances. « Les photos sont à pleureur. Ils sentaient l’odeur de leur voiture, avec les fenêtres fermées. Qu’en sera-t-il en pleine canicule, sous nos fenêtres ? Quand j’ai vu les photos du Chambon, je me suis sentie dépossédée de ma maison, sans avoir le choix alors qu’on se saigne toute l’année pour ça. » Chez Compost’Ond, on se veut rassurant sur le projet de Saint-Jean-Bonnefonds puis qu’il ne sera pas le même que celui de l’Ondaine.

« Nos bureaux seront juste à côté, donc s’il devait y avoir des nuisances liées aux odeurs, ce serait avant tout notre problème aussi. »

Lilian Roux, co-gérant de Compost’Ond.

Une structure 2.0

« Ils sentaient l’odeur de leur voiture, avec les fenêtres fermées, poursuit la riveraine. On a l’impression que la mairie nous l’impose, que c’est une obligation, et qu’on nous martèle que ça ne sentira pas mauvais. » Lilian Roux, co-gérant de Compost’Ond, a rencontré les riverains, à sa demande, afin de leur expliquer les spécificités du projet. L’équipe a précisé que le site du Chambon était un site pilote, entièrement auto-financé, sur lequel la société coopérative manquait de place et n’avait alors pas les moyens d’investir dans des installations de meilleure qualité.

« À Saint-Jean-Bonnefonds, la serre sera plus grande, plus basse, et fermée, précise Lilian Roux. Il y aura un espace bâtiment avec nos bureaux et un espace de tri qui sera à l’intérieur. Tout ce qui est en travail sera à l’intérieur. De ce fait, les serres ne seront pratiquement jamais ouvertes parce qu’on n’aura pas à travailler dessous. Nos bureaux seront juste à côté, donc s’il devait y avoir des nuisances liées aux odeurs, ce serait avant tout notre problème aussi. » Par ailleurs, les riverains pointent également le fait que les voiries ne sont, pour le moment, pas adaptées au passage des camions. Marc Chavanne le reconnaît volontiers, et assure que les aménagements seront faits si le projet devait être retenu. Car il rappelle qu’il ne s’agit pour l’heure que d’un projet.

Le terrain en question se trouve à l’entrée du quartier de la Calaminière. ©If Média/JT

À voter

« Lors de la dernière réunion de quartier on nous a informé que Compost’Ond souhaitait acquérir une partie du terrain à la mairie de Sorbiers, et nous, nous avons l’impression d’être pris au piège, que quoi qu’il arrive, cela va se passer comme ça. » Pour le maire au contraire, il ne s’agit pas de passer en force et assure que l’équipe municipale prendra le temps nécessaire à la réflexion. Pour ce faire, il souhaite faire inscrire le projet au conseil municipal quoi qu’il arrive. « Il n’est pas exclu que l’installation de Compost’Ond entraine une modification du PLU, explique Marc Chavanne. Cela passerait donc par une délibération au Conseil municipal. Mais, même s’il s’avère que ce n’est pas nécessaire, cette décision passera par le conseil municipal car ici, ce n’est pas le maire tout seul qui décide. Jérôme Désorme, de l’opposition, est venu me voir fin août. Je lui ai expliqué le projet, qu’il a bien compris. Il prendra ses responsabilités au moment du vote. »

Pour lui, il est clair que Compost’Ond a fait du chemin et que la station de compostage qui verrait le jour sur sa commune, si le projet était adoptée, serait davantage aboutie. « Nous ne proposons pas d’implanter quelque chose de nouveau mais de requalifier cet espace, de le rénover, le clôturer, le sécuriser et d’y installer une activité d’intérêt général qui se passera à l’intérieur, pointe Lilian Roux. On fait de petites plateformes pour justement limiter d’éventuelles nuisances. La parcelle est en plus très arborée, entourée de forêt ce qui limite encore les odeurs s’il devait y en avoir, sachant que si le projet se met en œuvre, nous planterions des arbres supplémentaires. » À Sorbiers, d’autres riverains se sont positionnés en faveur de cette installation et souhaitent s’investir via un financement participatif du projet.

Quels déchets ?

Riverains et coopérative ne sont d’ailleurs pas d’accord sur la distance qui séparerait la première maison de la station. Les habitants parlent de 50 mètres, quand Compost’Ond fait état de 150 mètres. Tout semble dépendre de si l’on mesure d’une clôture à l’autre, ou de la serre au mûr de la maison. Face aux inquiétudes des habitants, qui craignent notamment un passage incessant de camions, et un paysage défiguré, Lilian Roux indique : « Le site ressemblera à deux ou trois serres de même type que des serres de maraîchage, et à un bâtiment avec des panneaux photovoltaïques pour alimenter des camions électriques en direct. Le site représentera une cinquantaine de passages de petits camions par jour, qui passeront uniquement par la route de la zone industrielle, et non pas par celle qui amène aux habitations. » Environ 2 000 mètres carrés de surface de travail dont 1 500 mètres carrés de serres fermées constitueraient le site. L’espace total étant de 7 000 mètres carrés environ, Compost’Ond y voir l’opportunité d’être plus à l’aise et d’avoir une plateforme logistique.

Côté esthétique, le maire se dit aussi prêt à discuter de l’aspect des serres, mais en appelle à l’intérêt collectif. « Depuis des années, Compost’Ond récolte déjà nos déchets alimentaires, dans les cantines, pour les traiter au Chambon-Feugerolles. En terme de bilan carbone, on peut mieux faire. D’autant que le compost revient ici, pour être utilisé dans les serres de Chaney. Moi, je ne suis pas très fier d’envoyer mes déchets au Chambon. Et contrairement à ce que je peux entendre, il n’y aura pas de restes de steaks qui seront envoyés à la station de compostage. » Alors, compostera ou compostera pas ?



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