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Elena Robu : « Ressusciter notre pays et lui donner la possibilité de construire un autre avenir »

• 18 novembre 2020 • Nicolas Bros
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La Moldavie vient d’élire sa nouvelle présidente, Maia Sandu qualifiée par les médias français de candidate pro-européenne. Nous avons souhaité discuter de cette arrivée au pouvoir avec Elena Robu, une journaliste moldave installée à Saint-Étienne depuis plusieurs années et qui dirige le site d’infos ER News.

Elena Robu, ici à Chisinau, la capitale de la Moldavie © ER News

Pouvez-vous me dire depuis combien de temps vivez-vous en France et à Saint-Étienne ? 

Je suis en France depuis 2017 et, depuis 2018 plus précisément, à Saint-Étienne.

Êtes-vous surprise par la victoire de Maia Sandu ?

Comme 97% de la diaspora moldave, j’ai espéré cette victoire jusqu’au dernier moment, sans en avoir la certitude. C’est un doute alimenté par les ingérences de la Russie dans la vie politique de chaque ex-pays soviétique. Sans faire référence aux États-Unis ou à l’Ukraine, on peut citer le cas le plus récent, celui de la Biélorussie, qui montre d’une manière évidente comment les élections peuvent être influencées.

Comme 97% de la diaspora moldave, j’ai espéré cette victoire jusqu’au dernier moment

Elena Robu
Elena Robu et Maia Sandu © ER News

Est-ce que cette élection peut changer la donne en Moldavie ? Pensez-vous que la Moldavie va pouvoir légitimement espérer une intégration à l’Union Européenne ? 

Si ces élections vont changer la donne ? Oui, certainement. La question à se poser est jusqu’à quel niveau. La fonction présidentielle en Moldavie est fortement contrainte. Pour rappel, en 2017/2018, le président Dodon a été suspendu 5 fois pendant « 5 minutes symboliques » par la majorité parlementaire pour faire voter des lois sur lesquelles le président et la majorité parlementaire étaient en désaccord. La Moldavie peut légitimement tout espérer à partir du moment où l’on se débarrasse de la mentalité socialiste et communiste qui règne dans notre pays depuis presque 30 ans d’indépendance. La question de l’intégration à l’Union Européenne reste complexe. Premièrement, la communauté européenne ne pourra pas intégrer la Moldavie, tant que la question de la région séparatiste transnistrienne ne sera pas résolue. Cette région constitue un intérêt historique pour la Russie et depuis notre indépendance, rien ne nous permet de dire qu’on aura gain de cause dans cette affaire dans un avenir proche. Pour rappel, cette région est sous influence russe depuis notre indépendance. Elle a servi de base militaire en qualité de porte d’entrée de la Russie sur l’axe Russie-Balkans et Russie-Europe, mais, actuellement, elle est plutôt utilisée pour le blanchiment d’argent venant de Russie et d’Europe. Certainement, le fait d’intégrer l’Union Européenne sera une étape historique pour la Moldavie, mais pour l’Union Européenne également. Cette intégration présente des avantages de chaque coté.

Maia Sandu a la réputation d’être une personnalité incorruptible. Est-ce que la corruption est une pratique répandue en Moldavie ? 

En effet, Maia Sandu à la réputation d’une personne incorruptible. Sa carrière politique a débuté aux cotés de l’ancien Premier ministre de la Moldavie, Monsieur Vladimir Filat, qui a entraîné la disparition d’un milliard d’euros de notre système bancaire. Toutefois, Maia Sandu a démontré sa volonté de ressusciter notre pays et lui donner la possibilité de construire un autre avenir, au bénéfice de chaque citoyen. La corruption est un phénomène qui a caractérisé chaque ex-pays soviétique, à mon sens. On l’a développé d’une manière indirecte dans l’ancien système soviétique à partir de l’école. C’est dommage de constater qu’à ce jour, notre pays est dirigé par cette génération éduquée sur cette mauvaise base. Cependant, la génération d’après les années 90 pourra faire changer cette situation déplorable par son expérience en Europe, où elle a pu voir un autre mode de vie. Presque 10% des Moldaves ont quitté le pays depuis 2000 et se sont retrouvés au cœur de l’Europe où ils ont pu voir comment un État peut fonctionner sur des principes démocratiques, sans corruption dégradante.

La question de l’intégration de la Moldavie à l’Union Européenne reste complexe.

Elena Robu

Cette élection peut-elle faire changer les relations avec la Russie ? Si oui, dans quel sens ? Et avec la Roumanie voisine ? 

Cette élection n’a pas pour but de changer les relations avec la Russie. Même si la Russie joue la carte de la puissance régionale et mondiale, elle a besoin de la Moldavie pour répondre à ses besoins en fruits et légumes, vins et autres produits issus de l’agriculture. Certes, la Russie pourra se réorienter vers d’autres marchés pour sanctionner le choix fait par les Moldaves vers un président contraire à ses souhaits, mais est-elle prête à faire ce pas dans le contexte de crise et de pauvreté qui persiste sur son territoire depuis de décennies ? Je suppose que le choix de maintenir des relations réciproques équilibrées sera un choix adapté de la part de chaque pays. Dans le cas contraire, la Russie risque de perdre une source agricole importante, or la Moldavie est en plein processus de réorientation de son export vers l’Europe.

La Roumanie constitue un sujet très sensible à ce jour. Maia Sandu a décliné sa campagne sur l’idée de l’indépendance de la Moldavie. Cette idée a constitué un pas stratégique intelligent. Les Moldaves ne sont pas prêts pour la réunification avec la Roumanie, notre pays d’origine avant la coupure historique de la Moldavie effectuée par Staline. Il faudra une période de transition pour conforter l’idée de cette réunification et cohabitation entre Roumains et Moldaves. Mais cette réunification est inévitable pour le bien de notre pays d’un point de vue historique, pour regagner nos frontières et d’un point de vue culturel, car ce dernier a énormément subi l’influence russe. En termes de balance commerciale, la victoire de Maia Sandu aura certainement un effet bénéfique sur celle-ci, inévitablement.

En tant que journaliste moldave, avez-vous déjà eu à vous entretenir avec Maia Sandu ? 

Oui, j’ai eu l’occasion d’échanger personnellement et de l’avoir comme invitée de mes talk-shows en ma qualité de modératrice sur les portails d’actualités et chaînes de télévision moldaves.

Est-ce que cette élection pourrait vous donner l’envie de revenir en Moldavie ? Pensez-vous que cela peut être le cas pour de nombreux Moldaves de la diaspora ? 

Personnellement, je me suis installée définitivement en France et ne pense pas que je reviendrai en Moldavie, sauf cas exceptionnel. Je me suis installée au sein de la diaspora et j’exercerai désormais ma profession de journaliste moldave, à coté de des autres journalistes stéphanois. Nos citoyens, moldaves ou français, sont à ce jour noyés dans une vague d’information quotidienne à laquelle la majorité d’entre eux ne font pas face et n’arrivent pas à cerner le vrai du faux. Ma mission pour les Moldaves et Français est de leur permettre de faire face à cette vague, de s’informer correctement en ayant une vision claire et précise de ce qu’il se passe autour d’eux. C’est un travail au bénéfice du citoyen.

La situation est sans doute différente pour les Moldaves qui n’ont pas réussi à trouver un pied à terre en Europe. Or c’est ce facteur de base qui va influencer la prise de décision d’un retour en Moldavie pour eux. Je ne pourrai pas donner un chiffre exact, mais selon une estimation, 10 à 15% de la diaspora pourrait revenir en Moldavie si le dispositif de Maia Sandu leur permet dans un avenir proche de vivre dignement là-bas.

Enfin, il existe des liens forts entre Saint-Étienne et la Moldavie. Savez-vous pour quelles raisons ?

Oui, il existe indéniablement des liens entre Saint-Étienne et la Moldavie. Mais je veux croire toute et d’abord que ce lien vient d’un fait inédit qui est le nom « Saint-Étienne » : le prince de Moldavie, symbole de la lutte pour l’indépendance de notre pays, s’appelle Saint-Étienne le Grand. Pour moi, c’est un lien qui me fait me sentir à Saint-Étienne comme chez moi, à la maison. Aussi, les relations diplomatiques entre la Moldavie et la France ont un certain historique depuis notre indépendance obtenue en 1991. Au sein de l’Assemblée Nationale française, il existe par exemple un groupe d’amitié présidé par Monsieur Jean-Michel Mis, un député stéphanois. L’image de la Moldavie à l’extérieur de ses frontières est développée par les Moldaves, mais ces derniers sont accompagnés par des consuls honoraires qui sont au nombre de 3 et dont un Stéphanois, Monsieur Christian Daudel, ex-professeur de l’université Jean Monnet, fait partie.

Elena Robu et le député stéphanois Jean-Michel Mis © ER News

D’autre part, de nombreuses villes françaises sont jumelées avec des villes moldaves. Andrézieux-Bouthéon est jumelée avec la ville moldave de Ungheni, grâce à une volonté réciproque des deux maires, Monsieur Jean-Claude Schalk et Monsieur Alexandru Ambros. Ce jumelage a permis, à plusieurs reprises, de faire venir des groupes de jeunes artistes moldaves pour des festivals et présentations de la culture moldave en France.

Christian Daudel (à gauche), consul honoraire de Moldavie à Saint-Étienne et Jean-Claude Schalk (à la droite d’Elena Robu), ancien maire d’Andrézieux-Bouthéon © ER News

À ce jour, la diaspora moldave et les Stéphanois, disposent également d’un portail d’actualités stéphanois www.ernews.fr dont je suis la fondatrice et la rédactrice en chef. Le portail met à disposition ses ressources pour assurer une information transparente et loyale pour les Moldaves, les Français et plus particulière pour les Stéphanoises et Stéphanois.

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