Saint-Étienne
dimanche 14 avril 2024
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Gilles Rossary-Lenglet, politiquement très incorrect (1/2)

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Gilles Rossary-Lenglet : « Je ne suis pas immoral, je suis amoral » ©If Saint-Etienne/Julie Tadduni
Gilles Rossary-Lenglet : « Je ne suis pas immoral, je suis amoral »

Disons-le d’entrée : If ne vous régalera pas ici d’un scoop fourni par Gilles Rossary-Lenglet autour de l’instruction. Celle, en cours, sur l’affaire de chantage à la vidéo intime dans laquelle Gaël Perdriau reste présumé innocent. A la Justice de trancher le contraire ou non. En revanche, qui est Gilles Rossary-Lenglet ? Comment décrit-il sa vie, son parcours, ses motivations, ce cheminement qui l’a amené à provoquer cet hallucinant séisme juridico-politique ? Si nous avons, comme tant d’autres, tenté d’obtenir ses propos au gré des rebondissements de l’affaire en soi, ce fut en vain. A la suite d’une première rencontre, celui qui se désigne comme « le plombier » à défaut de maîtrise d’ouvrage nous a proposé de réaliser son portrait… Volet 1 (volet 2).  

Certes, il y a l’ego. Doublé d’un certain pathos aussi et pas des plus dissimulés. Au gré de nos rencontres, Gilles Rossary-Lenglet nous l’a balancé lui-même, conclusion parmi tant d’autres dépouillées d’ambages : « Vous avez compris : je ne me prends pas pour une merde… » De notre côté, ne nous prenons pas pour d’autres : pas certain qu’If Saint-Etienne soit la meilleure scène d’exposition pour justement faire « matcher » au mieux cet ego. Alors pourquoi ce portrait ? Plutôt, pourquoi nous avoir sollicités nous ? Nous lui avons posé la question, à plusieurs reprises. « Il y a une question de confiance… Mais dans mon esprit, plus globalement, il s’agit de donner ma vérité sur qui je suis, ce que j’ai fait et mes intentions : l’inscrire sur le web, via votre site local, c’est en laisser la trace permanente aux Stéphanois, c’est donner une repartie pour toujours à tous ceux qui disent n’importe quoi, à tort et à travers, sur moi pour me nuire et/ou minimiser ce qui s’est passé. »

Ce n’est pas à un « repenti » que Saint-Etienne a affaire. Déjà parce qu’il n’a pas décidé de balancer, pris par la patrouille. La patrouille, il est allé la chercher lui-même en frappant à la porte de Mediapart. Eléments tout cuits en main, prêts à faire chauffer. Cela fera 2 ans fin mars. « Je ne suis pas quelqu’un de bien, je suis coupable mais moi, j’assume. Je vais très probablement faire de la prison et heureusement. En revanche, de tous les protagonistes, depuis le début, je suis le seul à dire toute la vérité, rien que la vérité. A chaque nouvel élément qui sort, ce que j’ai dit se vérifie. Et ce n’est pas fini… » Un homme coupable oui. Et pas des plus recommandables à en croire les quelques échos entendus sur lui « avant ». Plus encore avec ceux volontairement recueillis « après ». Inconnu du grand public stéphanois jusqu’à la publication initiale de Mediapart, mais comme la majorité des acteurs politiques locaux dont beaucoup ne demandent d’ailleurs pas mieux, Gilles Rossary-Lenglet l’était davantage du microsome politique et culturel stéphanois…

« On s’est toujours méfié de lui » 

Gilles Rossary-Lenglet. ©If Saint-Etienne/Julie Tadduni

« On s’est toujours méfié de lui » ; « On se disait entre nous : attention à ce que vous dites, c’est sans doute une taupe » ; « Ce n’est pas une personnalité fiable vous savez, c’est évident, vous voyez bien » ; « c’est un fantasque qui cherche toujours à manipuler ! »… Le rapide bilan descriptif invitait à se sentir presque… intimidé, disons-le, au moment de rencontrer ce grand gaillard vacillant d’1,90 m dont les mots aussi bien que les maux peuvent se redouter. On s’en veut encore d’avoir rendu inévitable l’évitable « vous enregistrez là ? », lancé banalement à notre première rencontre, l’œil accroché à son portable. LA question que tout étranger lui pose désormais au moment d’entamer un dialogue. « Non, rassurez-vous », nous avait-il dit, un rien las, lors de cet échange « à blanc ». Oui, en revanche, a-t-il averti pour les suivantes, à notes réelles, « parce que le sujet, c’est un portrait. Pas de publier des éléments de l’instruction en cours. Alors je me protège au cas où, justifie-t-il. Je ne pense pas que ça vous dérange, n’est-ce pas ? ».

Quel est le parcours de ce quinquagénaire barbu manifestement cultivé, subtil, assenant des sorties tour à tour délicates et brutales ? Lui qui dit avoir suivi un temps (et on le croit sur parole) les cours Florent à Paris, se voyant crédible dans la peau d’un acteur – c’est là, peut-être, son seul regret -, comment en est-il venu à tenir ce rôle-là, dans ce monde-là ? Un monde qu’il voit façonné, mais comme ailleurs, peu importe l’échelle, par les intrigues de pouvoir, les coups bas. Lui qui a importé à Saint-Etienne – il dit en avoir réalisé d’autres mais pas dans la Loire – un savoir-faire revendiqué en « barbouzage »… Bref, qui est Gilles Rossary-Lenglet ? Un homme manifestement blessé dans son ego. Blessé dès l’enfance même, telle qu’il la raconte, lorsque l’on finit par avoir les détails d’un passé désastreux au berceau. Les racines paternelles sont ligériennes mais ce fils unique est né en 1971 à Montereau-Fault-Yonne, près de Fontainebleau, en Seine-et-Marne.

Gilles Rossary-Lenglet : « Nous habitions Unieux »

« Ma mère était institutrice dans le public, mon père travaillait dans le transport. J’avais 4 ans et demi quand il a été muté dans la Loire. Nous avons alors habité Unieux. Mon père est vite devenu un géniteur tant je lui étais indifférent… Ce que je lui ai ensuite bien rendu ! Ils ont divorcé et, même si ma mère travaillait dans le public, ce n’était alors pas très bien vu de la plupart des gens. Quoi qu’il en soit, elle s’est ensuite remise avec quelqu’un qui, lui, s’est montré très violent avec moi. » Aussi bien physiquement que psychologiquement. « Seul » : Gilles Rossary-Lenglet prononce vite le mot à l’esquisse de sa jeunesse. Seul et désabusé par les adultes censés le protéger. « Je me suis fait violemment insulter et agresser, une fois à 13-14 ans devant ma mère, enseignante de maternelle et un ami à elle, psychiatre, assistant social. Des métiers piliers de la protection de l’enfance. Ce n’était pas une première. » A partir de là, « j’ai compris qu’il y avait l’écran affiché, le décor et, derrière, la réalité, les faits, ce que je vivais. Et c’est le cas, certes, plus ou moins, de tout le monde… »  

Je sais que je ne suis pas une bonne personne. Mais ne venez pas me parler de morale. Je ne suis pas immoral mais amoral. C’est différent.

Et dès lors, « j’ai décidé que moi, je ne ferai plus jamais semblant. Je serai direct, nature. Ça explique, oui, la manière dont je me suis construit ». Ce sont ces dernières phrases, qu’il faut retenir, insiste-t-il. Et non interpréter cette confidence comme un rodage de circonstances atténuantes aptes à un argumentaire de défense judiciaire façon série B. Cela, même si sa bisexualité comprise et assumée très tôt que ne dissimulait pas « une allure efféminée » l’a aussi abonné à la violence du collège puis du lycée. Jusqu’à s’en faire briser des doigts. « Je sais que je ne suis pas une bonne personne. Mais ne venez pas me parler de morale. Je ne suis pas immoral mais amoral. C’est différent. C’est ainsi que je vois la société : personne, absolument personne n’est totalement innocent. Pour moi, le gamin qui a torturé un oiseau est aussi un salaud. Alors, les gentils, les méchants… Est-ce que je deviens d’un coup quelqu’un de bien pour vous, si je mets dans la balance mes maraudes, ces gens à la rue par – 15° que j’ai accueillis spontanément chez moi pour une nuit ? »

« Le sale gosse qui fait ce qu’il veut » 

Nous aurions aimé – sans doute naïvement – axer entièrement ce portrait, là-dessus : pourquoi et comment a-t-il rejoint le côté obscur, celui des « méchants » ? Nous avons renoncé. Avec Gilles Rossary-Lenglet, du mal ou du bien, il n’y a pas d’axe. L’intéressé nous l’a d’ailleurs rappelé : il a été toute sa vie et reste dans la mesure du possible « le sale gosse qui fait ce qu’il veut ». Tout simplement parce que l’arène de la vie le légitime. Même si, il l’assure : « Je ne ferai jamais de mal en premier, à quelqu’un qui ne m’a absolument rien fait, sinon à des proches ». Et Gilles Artigues alors ? « Gilles Artigues, une victime ? C’était pour moi, une cible comme tant d’autres potentielles appartenant un milieu qui, derrière les apparences, se montre sans pitié. Rappelons qu’il est et a été un vrai politicien et tout ce qui va avec… Cela, bien avant Gaël Perdriau. Même de nos jours, il reste bien plus un politicien que Gaël. Il n’a jamais cessé de l’être. »

Gilles Artigues, une victime ? C’était pour moi, une cible comme tant d’autres potentielles appartenant à un milieu qui derrière les apparences, se montre sans pitié.

Gilles Rossary-Lenglet.

Alors pas de « scrupules » puisqu’ils ne se justifient pas. Ce n’est même pas du cynisme aux yeux de Gilles Rossary-Lenglet. C’est de la « realpolitik » : « C’est quelqu’un qui a tenu des positions anti-mariage pour tous, qui a dénoncé à l’Assemblée des campagnes d’affichage publiques parce qu’elles mettaient en scène des personnes homosexuelles. Cela malgré ses mœurs que nous connaissions déjà tous mais qu’il n’assumait pas. Dans le milieu gay, on appelle ces gens qui n’assument pas des « honteuses ». Ok, l’être c’est une chose. Mais ensuite, allez à militer contre les droits des homosexuels… » Reprenons le fil de la bio : nullissime à l’école malgré d’excellentes dispositions qui, en 2024 en ferait un candidat tout trouvé au « Hpéisme », Gilles Rossary-Lenglet décide de plaquer l’école en fin de Seconde. « La plupart des gens pensent que j’ai bac + 8, je n’ai que des équivalences mais pas un seul diplôme direct. Ma culture, je me la suis faite tout seul. »

Gilles Rossary-Lenglet, voyant et très couru

Que faisait-il dès lors de ses 16 ans ? « Déjà de la voyance. Oui, je suis voyant. Je ne le fais plus mais je l’ai longtemps fait », envoie-t-il, visage amusé à l’idée de déstabiliser son interlocuteur. Souvent à juste titre. « Croyez en ça, en mes dons ou pas. J’en ai, ce n’est pas une filiation. Ça m’est venu tout seul, comme une évidence, comme on est attiré par la peinture. A 10 ans, j’ai commandé mon premier jeu de tarot. A partir de là, je me suis plongé à fond là-dedans. Et je le faisais déjà pour des profs au collège. Dès cette période, j’ai commencé à en tirer des revenus mais je n’ai jamais été un charlatan ou même abusif avec ça afin de rendre, comme tant d’autres, la clientèle dépendante. » Nous ne développerons pas plus. Si ce n’est pour signaler qu’au-delà de lui apporter des revenus, jusqu’à en devenir « très confortables », l’art de la prédiction fut un atout fondamental pour orienter sa vie. A 18 ans passés, se sentant « étouffé », lui et son « air poupon » décident de claquer la porte de l’Ondaine et d’aller à Cannes, après avoir lancé une fléchette sur une carte de France, comme dans une fiction.

A Paris, les portes se sont ouvertes à ce jeune singe savant de Province que j’étais, remettant le gratin à sa place. Car, déjà, je ne mentais pas.

Sa participation atypique au regard de son style et de sa jeunesse lors d’un festival international de la voyance au Palais de la Croisette fait un tabac. Il est le petit surdoué au bagout étonnant, différent, que tout le monde veut voir. Sa seconde vie vient de commencer. Il noue des contacts, brode des connaissances, parfait son Anglais et envoie rapidement Cannes aller se faire promener. Direction New-York 2 ans et demi où il continue à étendre sa clientèle, son réseau, ses activités aussi. Puis de fil en aiguille, le récit l’embarque dans des allers/retours entre la Grande et Pomme et Paris où il s’installe définitivement à 22 ans. Il y restera 10 ans. « J’ai alors beaucoup, beaucoup fréquenté le milieu de l’audiovisuel, du showbiz. Je me suis retrouvé invité dans dîners où mon absence de timidité, ma repartie amusaient un certain Paris qui s’ennuyait. Les portes se sont ouvertes à ce jeune singe savant de Province qui remettait le gratin à sa place. Car, déjà, je ne mentais pas. On tentait bien le dîner de cons avec moi. C’était même le défi assumé d’une amie de parvenir à me coincer. Raté. »

La Dolce Vita version Gilles Rossary-Lenglet

Durant toute cette période, « j’ai eu beaucoup de liaisons, des hommes, des femmes aussi. Je me suis énormément amusé, j’ai été un très gros consommateur de sexe et de drogues ! J’ai beaucoup travaillé aussi même si j’étais très libre de mon quotidien. Pas que comme voyant, aussi et entre autres, comme rapporteur d’affaire ou encore en tant que secrétaire personnel d’une dame très très fortunée. Ce qui m’a fait pas mal voyager. » La Dolce Vita version Gilles Rossary-Lenglet l’amène aussi à suivre les fameux Cours Florent. Il arrête pour un amoureux, apprenti comédien lui aussi, qui lui demande de devenir son agent en raison de son carnet d’adresses. « C‘était incompatible avec le fait de jouer. Dommage : mon professeur me voyait infiniment plus de talent que lui… Je ne m’arrête pas plus sur les victoires, que sur les défaites. Je ne m’attarde pas davantage sur des regrets. Mais il est vrai que là… »

C’est encore à Paris, en 2001 qu’il rencontre et se met rapidement en couple avec Samy Kéfi-Jérôme. A l’évocation de ces souvenirs, le visage de Gilles Rossary-Lenglet, alternant sans relâche le sombre et une joyeuse désinvolture, s’illumine un peu. Le portait devient double, le « je » devient « nous ». Il semble qu’il ait été heureux. Samy Kéfi-Jérôme a la vingtaine de l’étudiant. Il est armé de bagout aussi, fils d’une famille assez aisée dont le père est restaurateur. Leur rencontre fortuite dans un bar où il faisait de « extras » comme serveur, cette irruption dans une soirée festive mal partie le sort de sa bouderie pour une histoire de 13 ans. Encore amoureux de ce « sourire sublime » Gilles Rossary-Lenglet ? « Non. Et non, je n’ai pas tout révélé par déception ou vengeance amoureuse. Cette idée, c’est n’importe quoi. Quand Samy fait appel à moi pour la vidéo, cela fait déjà un an que nous ne sommes plus ensemble. On n’était déjà plus amoureux depuis un moment quand nous nous sommes séparés en 2014. Nous sommes restés un an en colocation, pour amener ça en douceur vis-à-vis de notre entourage et… pour notre chien, un terre-neuve, en fin de vie. »

La suite dans un second épisode.       

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