Saint-Étienne
samedi 24 février 2024
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Gilles Artigues : « Il n’y a pas d’autre vérité »

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Mediapart, Envoyé spécial, France info, Le Progrès, TL7, Activ radio… Nous ne sommes évidemment pas les seuls à nous être entretenus cette semaine avec Gilles Artigues. If Saint-Etienne, comme les autres, avait tenté d’avoir sa version des faits, logiquement en vain. C’est accompagné de sa femme et de son fils, que l’élu nous a proposé de lui-même d’enchaîner ce matin avec notre rédaction pour longuement détailler sa vérité.

Gilles Artigues : « Aujourd’hui, je peux mettre des mots sur tout cela. » © If Média/Xavier Alix.

Vis-à-vis des médias aussi bien nationaux que locaux, vous sortez cette semaine de plus de neuf mois de silence à la suite de la première publication de Mediapart. Pourquoi maintenant ?

« Depuis le début de l’affaire, j’ai reçu logiquement énormément de sollicitations systématiquement déclinées. J’ai dit que je m’exprimerai au moment venu. Pour parler de manière forte et légitime, il fallait que l’enquête ait avancé, que les choses soient bien figées par rapport aux mises en examen, que mon statut de victime soit confirmé. On y est. D’autre part, j’ai entendu des choses blessantes, choquantes encore récemment de la part de Gaël Perdriau qui répète que tout cela est en réalité « une autre histoire » que celle décrite par les médias, que la vérité sortira un jour. S’il s’agissait d’une autre histoire, alors il n’aurait pas été en garde à vue, encore moins mis en examen. Il y a aussi ce qui est actuellement fait à Lionel Boucher : je suis scandalisé, dans un pays de libertés, de le voir sanctionné pour son courage, sa position claire et ferme où il a toujours rappelé qui était la victime : moi. Il y a enfin, un travail avec des médecins, des psychologues qui a avancé : aujourd’hui, je peux mettre des mots sur tout cela. » 

Au moment des sollicitations de Mediapart qui ont précédé la première publication fin août, cela n’était pas le cas…

« Antton Rouget (principal journaliste de Mediapart derrière l’enquête, Ndlr) me contacte en juin 2022 en me disant qu’il souhaite me voir pour une enquête sur la vie municipale à Saint-Etienne. J’ai décliné : j’étais terrorisé par le chantage que je subissais depuis des années mais je ne pensais pas que son enquête me concernait directement. Je me disais qu’il devait s’intéresser à Gaël Perdriau, parce que ce dernier était « ministrable » ou plutôt croyait l’être et le laissait entendre. Antton Rouget est revenu, plus précis, commençant à me parler du piège que j’ai subi, puis d’un potentiel détournement de fonds… Je l’ai rencontré début juillet. Mais je ne voulais pas témoigner : je ne savais pas quels éléments ils avaient, je pensais que personne ne me croirait, j’avais peur du scandale et croyais jusque-là que je devrais vivre seul avec ça jusqu’à la fin de mes jours. L’été fut épouvantable : je n’en ai parlé à ma femme puis mes enfants que le 22 août après avoir engagé Me Buffard, quatre jours avant la première publication et quelques jours après que Mediapart – où cela a d’ailleurs fait un long débat vis-à-vis de l’exposition de ma vie privée – m’a informé qu’ils allaient publier. »  

« Ce déni persistant rajoute à la souffrance » 

Le choc a dû être considérable, comment allez-vous aujourd’hui ?

« Bien sûr, ce fut un tsunami dans notre famille qui, cependant, a non seulement enfin pu comprendre mon comportement étrange, souvent absent, renfermé depuis plusieurs années mais a aussi, immédiatement fait bloc. Malgré le choc, très vite ma femme m’a dit : « On va se battre ». Le seul reproche que Mireille m’a fait, c’est de ne pas lui en avoir parlé plus tôt. Depuis, ils sont là, me soutiennent à 100 %. Aujourd’hui, je me sens libéré d’un poids mais cette affaire a failli me conduire au suicide plusieurs fois… Cela reste encore compliqué. Très compliqué. Entre la médiatisation nationale, mon nom qui restera associé à cette affaire à jamais. Quand vous tapez « sextape dans Google », il y a Gilles Artigues qui sort désormais… Et puis il y a ce déni persistant, encore et encore qui rajoute à la souffrance… »

Depuis la première minute de la médiatisation de cette affaire, Gaël Perdriau ment.

Vous parlez bien sûr du discours de défense de Gaël Perdriau qui clame inlassablement sa pleine innocence, promet que la vérité réside dans « une autre histoire », que les enregistrements entendus ont été soigneusement sélectionnés dans la masse, hors contexte, et que nous finirons par avoir les éléments aux mains des juges le disculpant… Que vous inspirent ces déclarations ?

« Depuis la première minute de la médiatisation de cette affaire, Gaël Perdriau ment. Je ne bafoue pas la présomption d’innocence en affirmant que dans cette affaire, ce n’est pas parole contre parole. Ce sont bien les voix de Gaël Perdriau et Pierre Gauttieri qui me menacent dans ces enregistrements. Il n’y a pas « d’autre vérité ». Je ne comprends pas ceux qui le croient après tant d’enregistrements successifs (les siens et ceux de Gilles Rossary-Lenglet, Ndlr) perquisitions, gardes à vue, une enquête, des mises en examen. Les juges n’auraient en réalité pas d’éléments sérieux alors que le maire est sous-contrôle judiciaire, a dû payer 60 000 € pour rester libre ? Dans ce cas, on ne serait pas là. Antton Rouget me confiait qu’il était fréquent pour eux de recevoir des plaintes de chantage mais jamais, et de loin, ils n’avaient eu autant d’éléments aussi nombreux, aussi probants. Quant à minimiser le fait qu’il est « juste » mis en examen pour chantage… Chantage, c’est sept ans de prison, l’inéligibilité, 100 000 € d’amende ! Et son statut de témoin assisté sur les détournements, ce n’est pas rien et ça peut vite, très vite évoluer. On a là, la défense d’un désespéré dans le déni, qui ne peut plus s’appuyer que sur un noyau de fidèles qu’il doit tenir. Par les promesses ou la menace, je ne sais pas… »

« C’était quasiment chaque semaine »

En plus de vos proches de l’UDI, Lionel Boucher et Denis Chambe, neuf élus de la majorité ont appelé dès septembre au retrait, voire à la démission pour certains d’entre eux, un peu plus tard. Mais 32 autres élus restent invariablement à ses côtés. Pensez-vous qu’ils puissent encore revenir sur leur position ?

« J’ai encore espoir que ce soit possible. Il y a des gens parmi eux qui me doivent beaucoup, parce que j’ai donné leurs noms en 2014 au moment de notre accord d’union avec Gaël Perdriau. Ils m’ont beaucoup déçu. C’est une chose que l’on cherche à vous acheter, c’en est une autre de se vendre. J’ai beaucoup appris sur la nature humaine… Ils n’ont pourtant rien à perdre : désormais, il suffirait que quatre d’entre eux se réveillent pour mettre Gaël Perdriau en minorité, qu’un autre maire de cette majorité soit élu et qu’ils poursuivent le travail sans lui. Je sais aussi que plus d’un commencent enfin à douter, se lasser des éléments qui s’accumulent, qu’on leur cache alors qu’il est censé leur avoir tout dit. Comme tout récemment les 60 000 € pour rester libre. Rappelons que fin juin, le conseil municipal doit voter à bulletins secrets sur ce qu’ils veulent faire à Lionel Boucher… Pour revenir à l’un des arguments de Gaël Perdriau qui consiste à dire que les enregistrements entendus ne sont que des extraits hors contexte, sachez que j’en ai fait effectivement sept ou huit et que je n’aurais aucun problème à les voir intégralement diffusés. Cela l’enfoncerait. Il y a les passages durs sur moi, cette affaire. Il y a ceux, odieux, méprisants, attaquant toujours la vie privée sur beaucoup de personnes dont une bonne dizaine de ses 32 fidèles avec qui il joue actuellement au gentil puisqu’il en a besoin … »  

J’ai fait effectivement 7 ou 8 enregistrements et je n’aurais aucun problème à les voir diffusés en intégralité. Cela l’enfoncerait.

Selon vous, Gaël Perdriau est-il à coup sûr à l’initiative de la commande de cette vidéo ou l’aurait-il seulement utilisée ?  

« Sincèrement, je ne sais pas. Sur cet aspect précis, c’est la Justice qui le dira. Mais ce qui est certain, ce que j’assure, c’est qu’il était au courant, la connaissait et m’a fait chanter avec pendant des années en me pourrissant la vie. Ce ne sont pas seulement les menaces assenées dans deux réunions, celles que vous avez pu écouter via Mediapart, c’était quelque chose de permanent, presque chaque semaine. Aussi bien en réunion de majorité qu’en tête à tête, chaque semaine, au moment d’aborder un dossier de ma délégation, un problème politique, j’étais systématiquement humilié, rabaissé, traité de paresseux, de déloyauté. C’était un tribunal. »

« Tout va se confirmer début 2017 »

Gilles Artigues, aux côtés de sa femme et de son fils : « Cette affaire, ce n’est pas parole contre parole ». ©If Média

Quand et comment cela a-t-il commencé ?

« La vidéo a été tournée en janvier 2015. Ais-je été drogué ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que je me rends dans la chambre de quelqu’un de confiance, proche de ma famille avant qu’on aille dîner, qu’il me fait boire plusieurs verres, moi qui ne bois jamais, que je discute avec l’escort et après je ne me souviens plus de rien… En regardant les 30 minutes de rushs avec le juge, je vois bien que je ne suis pas dans mon état normal, j’agis comme un automate. Même s’il ne s’est rien passé de plus qu’un massage. Je ne m’attendais à rien quand Samy Kéfi-Jérôme me montre en septembre 2016 son montage et expose son chantage (son renoncement aux législatives 2017 en lui laissant les sénatoriales, Ndlr), le coup de « la laisse ». La surprise est totale et j’ai envie de me jeter sous le tram en sortant. Comme vous le savez, cet échange a lui aussi été enregistré : une vidéo, dont personne n’avait connaissance avant que les enquêteurs ne la trouvent dans son propre ordinateur. Elle démonte au passage l’argument de Samy Kéfi-Jérôme comme quoi il m’avait piégé pour que je cesse de le harceler, lui faire des avances. Il a brandi des captures de textos pour soi-disant le prouver : oui, ces échanges existent : simplement des plaisanteries entre nous. Point. »

Là, ça a commencé : il vient me voir et me dit : « Je te préviens, c’est la dernière fois, sinon, je diffuse les images que tu sais ». 

Et avec Gaël Perdriau ?

« Au départ je crois que cela ne concerne que Samy Kéfi-Jérôme et moi. Je n’en parle à personne, pas même à ma famille. En décembre 2016, je me décide à exposer la situation, en tête à tête, avec Gaël Perdriau. Il écoute, feint d’être étonné mais… pas plus. Il ne bouge pas le petit doigt, ne demande aucune explication à Samy Kéfi-Jérôme, ne serait-ce qu’entendre sa version en ma présence, rien ! Je suis déboussolé, cela éveille un doute en moi. Tout va se confirmer début 2017 en réunion de majorité où j’exprime une position différente du maire, sur un dossier, un désaccord très classique entre centre droit et droite. Là, ça a commencé : il vient me voir et me dit : « je te préviens, c’est la dernière fois, sinon, je diffuse les images que tu sais ». Puis ce fut régulièrement, parfois très clairement en réunion privée, comme celles d’où viennent les enregistrements, ou en prononçant « Théo » (prénom de l’escort boy, Ndlr) dans un couloir, près de moi, ici ou là, comme un avertissement. »

« Je n’ai pas de raisons de partir : je suis la victime »

Le temps de la justice sera encore long et si 29 conseillers restent acquis à Gaël Perdriau, la situation actuelle, pourtant intenable, va s’éterniser pour encore des mois, voire plus… Qu’allez-vous faire désormais alors que vous poursuivez votre propre activité d’adjoint à distance ?

« Il souhaite finir le mandat, effectivement. On verra ce que décide la Justice d’ici là. Moi, je n’ai pas de raisons de partir : je suis la victime. Quelqu’un de téléguidé en séance à Métropole a demandé que l’on me baisse aussi mes indemnités puisqu’on baissait celles de Gaël Perdriau. On ne s’attaque pas à une personne malade, qui plus est à sa tâche. Si je vais revenir au moins à Métropole ? Cela dépend aussi de la décision des médecins qui m’interdisent d’aller en mairie et là-bas. Je ne sais pas à ce stade. Je vis au jour le jour : c’est déjà une grosse épreuve d’en parler tout le long de cette semaine. Et Gaël Perdriau a interdiction de me rencontrer où que ce soit. Je ne sais pas encore si je resterai à l’issue de tout ça en politique ou non. Mais personnellement, je ne suis pas dans un sentiment de vengeance vis-à-vis de quelqu’un ou du milieu politique. Je réaffirme que la politique reste quelque chose de noble, avec énormément de gens engagés pour le bien commun : il n’y a pas que des tordus, surtout des gens investis pour le collectif. »

Si Gaël Perdriau aimait Saint-Etienne comme je l’aime, il prendrait la seule décision radicale qui convient : s’en aller

Et Saint-Etienne dans tout cela ? Comment la vie publique pourra-t-elle se relever de ce séisme aux répliques qui n’en finissent plus ?

« C’est un terrible gâchis pour Saint-Etienne. Les voyants étaient au vert à partir de 2014… Que Gaël Perdriau se soit abaissé à ça… Je ne comprends pas, si ce n’est que c’est la folie du pouvoir. Nous ne sommes beaucoup opposés avec Michel Thiollière mais toujours sur un terrain politique, sur des idées. Là, cette histoire est tellement loin des Stéphanois, à 1 000 lieux de nos valeurs, de fraternité, de solidarité. Si Gaël Perdriau aimait Saint-Etienne comme je l’aime, il prendrait la seule décision radicale qui convient : s’en aller. »

Un site à son initiative de lutte contre le chantage

Vous dites ne pas être dans une vengeance personnelle et souhaitez d’ailleurs tirer de tout cela un combat, mener une cause pour les autres ?

« Avec ma famille, nous avons mis en ligne jeudi soir le site LCCII.fr pour « Lutte Contre le Chantage à l’Image Intime ». Je pars du principe que ce que j’ai enduré doit servir à d’autres, doit être utile. Il y a dans ces pays, des personnalités politiques ou d’autres, nombreuses, qui subissent ça et n’ont pas eu… disons la « chance », avec le recul, d’une médiatisation, d’éléments de preuve comme moi. Il convient de les aider, les accompagner, les conseiller. C’est l’idée. Nous verrons jusqu’où ça ira, à voire pour une association. C’est peut-être aussi l’occasion de revoir notre système juridique pour ce genre de situation : plus de sévérité, plus de rapidité dans un cas comme celui-ci, paralysant pour une collectivité. Et aussi dans ce sens-là encore, même s’il y a la jurisprudence Balladur avec les ministres (démission si mise en examen), fixer des règles claires. Mais notre démarche commence par un recueil de témoignages : depuis hier, nous avons déjà reçu des centaines de messages. Hier soir, nous avons cumulé 7 000 connexions en 2 h, jusqu’à 1 000 simultanément. »

« Tout a été fait pour que je perde en 2017 »

Nous avons pu voir dans Envoyé spécial que vous rencontrez une seconde fois Samy Kéfi-Jérôme à l’automne 2016 et vous ne semblez pas céder du tout au chantage dans ce nouvel extrait de votre premier enregistrement, lui disant même de diffuser cette vidéo, comme d’ailleurs plus tard, lors de vos échanges enregistrés avec Gaël Perdriau et Pierre Gauttieri. Vous dites même en avoir déjà parlé à votre femme, alors que c’était faux. Était-ce du bluff ?

« Oui. Avec Samy Kéfi-Jérôme, c’était en octobre 2016 place Dorian en sortant d’une discussion que nous tenions depuis la mairie, il a ressorti lui-même le sujet pour me demander si j’avais réfléchi à son « contrat ». Mais j’avais prémédité un enregistrement : on était passé par le garage et j’avais pris de quoi le faire dans ma voiture l’air de rien. Je me suis mis en colère. En réalité, je suis terrorisé par la situation mais je ne veux pas montrer cette peur : il ne faut pas qu’il pense que ça marche, que je suis sous emprise alors que c’est bien déjà le cas. Je vais agir pareil plus tard dans avec Gaël Perdriau et Pierre Gauttieri.»  

Pourtant vous vous êtes quand même finalement présenté aux législatives ?

« Oui. J’ai décidé d’y aller malgré tout, mais le contexte a alors pas mal bougé entre l’affaire Fillon pour la droite sur les Présidentielles et la vague macronienne. Alors effectivement, même si au début Samy Kéfi-Jérôme me lance un « réfléchis bien », les menaces ne sont pas mises à exécution et, en échange au contraire, on me fait signer un accord, par écrit, pour garantir mon soutien aux Municipales 2020 et le fait de ne pas présenter une liste distincte, même si je n’en avais d’ailleurs pas envie, en échange des Législatives. Cependant, j’ai appris ensuite que tout a été fait dans mon dos en 2017 pour que je perde : une personne qui m’était acquise, chargée de la distribution de tracts par exemple a été retournée contre moi pour ne pas faire son travail de campagne…

Notre « accord » ne sera pas respecté en réduisant sous la menace les personnes de mon entourage en 2020 sur sa liste. Ainsi qu’en 2022, souhaitant me représenter avec l’investiture, le soutien de l’UDI et des LR. Ils m’ont alors humilié en réunion de majorité, mis plus bas que terre, reproché d’échanger avec François Bayrou, un ami de toujours ! La réunion était terrible avec des échanges de sourires carnassiers entre Perdriau et Gauttieri pendant que la plupart des élus regardaient leurs pompes. Jean-Pierre Berger en a rajouté pour prendre ma place après avoir déclaré qu’il ne m’avait jamais senti vis-à-vis de mes positions dans cette majorité. C’est là que Gaël Perdriau m’a dit que je ne pouvais plus être 1er adjoint.. »

« Gaël Perdriau se sentait tout puissant »

D’où cette décision surprenante au printemps 2022 ?

« Nous nous sommes vus en tête à tête, j’ai cédé sur cette demande de quitter mon poste de 1er adjoint mais je lui dis : « Comment va-t-on expliquer cela ? Les gens ne vont pas comprendre ! ». Il me répond : « Tu n’as qu’à dire que tu es malade, que tu as un cancer tiens ! » J’étais au fond du gouffre par rapport à mes convictions. Je préfère annoncer un projet professionnel à la majorité. Mais je ne l’avais pas encore ! C’est en cherchant que j’ai trouvé le poste à la direction diocésaine de l’enseignement catholique d’Albi. »

Selon vous, y a-t-il eu d’autres pressions politiques liées à ce chantage ?

« Si Lionel Boucher et l’UDI ont été exclus de la liste de droite des Départementales menée par Georges Ziegler, c’est en raison des pressions de Gaël Perdriau. Ce dernier lui a dit que pour ce qui était des Stéphanois de sa liste, c’est lui qui décidait, point. Et il n’y aurait pas de Lionel Boucher et d’UDI. Je ne faisais rien, j’avais peur que la vidéo soit diffusée à titre anonyme, que je sois démuni pour l’expliquer. Lionel ne comprenait pas. Gaël Perdriau se sentait tout puissant, dans une impunité totale, titulaire d’un droit de vie ou de mort sur tout le monde. Énormément de gens en ont souffert, pendant des années : des élus, des cadres, des agents, des techniciens. Une souffrance énorme a été causée qui plus est, sous couvert d’un discours humaniste, donneur de leçons, nous culpabilisant. C’était un système broyant les hommes et les femmes. En utilisant systématiquement les rumeurs ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que, sans cesse, et en présence d’autres personnes, des individus à la mairie étaient attaqués, insultés sur leur vie privée. »  

Il a justement fallu que Laurent Wauquiez soit insulté dans un enregistrement pour que certains élus LR du Département appellent à sa démission sans, pour une partie d’entre eux, l’avoir fait jusque-là… Cela vous a déçu ?  

« Effectivement, un certain nombre de personnes m’ont déçu par rapport à ça. Maintenant, mieux vaut tard que jamais… Après, à droite, chez les LR, il y a eu aussi plusieurs voix pour immédiatement me soutenir, je pense à Dino Cinieri ou Jean-Pierre Taite pour ne citer qu’eux. Je tiens aussi à saluer les élus des groupes d’opposition de la municipalité stéphanoise ou à des maires de métropole. »

Comment perceviez-vous Gaël Perdriau de ses débuts en politique à 2014 ?

« Comme quelqu’un avec qui il fallait travailler pour en finir avec les divisions du passé ayant amené la perte de la mairie en 2008. La candidature de Françoise Grossetête dont il avait été directeur de campagne en 2007 avait été lancée pour me faire perdre parce que j’étais passé Modem aux côtés de François Bayrou à la suite des Présidentielles cette année-là. Je le connaissais aussi comme mon conseiller délégué à Beaubrun-Tarentaize quand j’étais adjoint à la politique de la ville en 1995 : il n’était pas très loyal… Mais bon, j’avais vu pire en politique. Il n’avait été intégré à l’équipe qu’à la faveur d’une démission et avait été battu deux fois aux Départementales, ce dont il tirait un certain ressentiment. En 2013/14, encore peu connu, il avait besoin de moi pour les Municipales et j’ai accepté, moi qui avais été député, vice-président du Département, moi qui avais une histoire avec les Stéphanois. Ce qu’il n’avait pas. Aussi, j’ai bien voulu partir sur l’idée d’être 1er adjoint et lui maire pour que nous l’emportions mais en existant, en amenant 12 personnes à mes côtés qui ne sont plus que cinq-six aujourd’hui, dont certains retournés contre moi… La campagne s’était bien passée. Les gens étaient agréablement surpris : « on dirait deux frères », disaient certains de nos sympathisants ! »   

Et cette période des « bons sentiments » apparents a continué jusqu’au chantage ?

« Non. Dès la première minute où Gaël Perdriau a été élu, j’ai compris que ça n’allait pas bien se passer, que nous n’étions pas le duo présenté, travaillant main dans la main en respectant chacun le poids politique et les positions de l’autre. Mais que ce serait lui et Pierre Gauttieri qui prendraient les décisions unilatéralement. Un directeur de cabinet a été viré comme un mal propre très rapidement. Et j’ai la conviction qu’il souhaitait m’éliminer politiquement immédiatement. A l’époque, je n’avais aucune raison de ma laisser faire. Pierre Gauttieri prenait fortement ombrage de mes positions, de me rebellions. »

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