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« Nous sommes la ville de l’innovation sociale »

• 30 novembre 2020 • Nicolas Bros
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Après le vote à l’unanimité lors du dernier Conseil municipal stéphanois, d’une motion de soutien de la démarche de l’eurodéputé Pierre Larrouturou concernant la taxation des flux financiers à un niveau européen et d’un vœu sur l’aide apportée à la population du Haut-Karabagh, nous avons voulu en savoir davantage sur ces questions en interrogeant Gaël Perdriau, le maire de Saint-Étienne.

Gaël Perdriau, maire de Saint-Étienne © NB / IF Saint-Étienne

Vous soutenez la démarche de l’eurodéputé du groupe S&D (Socialists & Democrats) Pierre Larrouturou qui milite pour une taxation européenne des transactions financières. Pourquoi ?

Tout d’abord car j’ai toujours placé l’Homme au cœur de l’action politique que je mène. C’est ce qui lui confère du sens. Quand on a cela comme ligne directrice, on se heurte très vite à un mur qui est celui de la finance qui a pris au fil des années une place beaucoup plus importante que ce qu’elle devrait être. Et à qui certains ont donné une place d’objectif alors que cela ne devrait demeurer qu’un moyen. C’est un outil qui doit servir l’économie qui elle-même doit servir l’Homme. Or les spéculateurs l’ont transformé en un moyen pour faire de l’argent.

On se heurte très vite à un mur qui est celui de la finance qui a pris au fil des années une place beaucoup plus importante que ce qu’elle devrait être.

Gaël Perdriau

Mais l’impact se ressent en local, car cela est un principe général. À l’échelle d’une métropole telle que celle de Saint-Étienne, on en ressent les conséquences ?

Bien sûr que l’on en ressent les impacts dans notre vie de tous les jours. Je vais prendre un exemple qui est d’actualité. Ce que nous avons vécu avec la saturation dans les hôpitaux. Si nous en arrivons là, c’est qu’il y a une quinzaine d’années a été mis en place un nouveau mode de gestion et de financement de l’hôpital qui s’appelle la tarification à l’acte, la T2A. Avec ce changement, on a transformé ce lieu en lieu de comptabilité des soins alors qu’il devrait être un lieu de santé. L’hôpital public a alors embauché davantage de personnel administratif que de soignants. On a inventé l’ambulatoire car il fallait aller très vite et ne pas faire rester trop longtemps les patients… Donc la finance a pris le pas sur ce pourquoi est fait un établissement de santé. Au-delà de l’hôpital qui est un service public de mission régalienne de l’Etat, on le trouve aussi dans les entreprises. Une entreprise qui gagne de l’argent peut aujourd’hui déposer le bilan et mettre des milliers de personnes sur le carreau. Tout simplement car le taux de rentabilité n’est pas suffisant. Il y a seulement une dizaine d’années, on avait 70% du chiffre d’affaires des entreprises qui étaient redistribués en salaires et 30% en bénéfices et dividendes. Aujourd’hui, le rapport est inversé. Cette place de la finance me pose question et je pense qu’il faut agir. Ensuite, nous sommes actuellement dans une situation internationale où l’on voit bien que les ressources naturelles que nous offre la planète sont limitées et que nous avons des besoins d’investir de manière massive dans le domaine de l’environnement, au même titre que la santé ou pour le soutien aux populations qui n’ont pas suffisamment de quoi se nourrir par exemple. La proposition de Pierre Larrouturrou me semble répondre à ces problématiques avec cette taxe de 0,1% sur les flux financiers, c’est-à-dire sur ces milliards d’euros qui circulent chaque jour sans créer un centime de valeur et qui profitent à l’enrichissement de spéculateurs.

Vous pensez que cette démarche pourrait aboutir ? Si oui, dans combien de temps ?

L’enjeu est important car cela représente 70 milliards d’euros à l’échelle de l’Europe. Nicolas Sarkozy en 2012, s’était montré favorable à cette taxe. François Hollande l’a mis en place fin 2012 quand il a été élu. Mais il avait un secrétaire général, Emmanuel Macron, qui était sûrement davantage l’ami des banques d’affaires et des financiers que du peuple français, qui a largement modifié cette loi, aujourd’hui toujours valide et qui est une taxe de 0,3% pour les 130 premières entreprises françaises cotées et qui capitalisent plus d’un milliard en bourse. C’est un premier pas mais ce n’est pas suffisant. En septembre 2017, lors d’un discours à la Sorbonne, Emmanuel Macron s’est montré favorable à cette taxe sur les flux financiers. Aujourd’hui, l’Allemagne, l’Autriche ou encore la Belgique y sont favorables… Mais le pays qui freine encore, c’est la France. Si Emmanuel Macron, les 10 ou 11 décembre prochains en Conseil européen, s’exprime de manière positive à la TTF (taxe sur les transactions financières, NDRL), il y a effectivement une forte probabilité qu’elle soit votée par l’Europe. Je crois ce combat juste et tout à fait réaliste.

Je ne suis pas quelqu’un de dogmatique. Je prends des positions en fonction de mes convictions et de ce à quoi je crois.

Gaël Perdriau

Ce combat va au-delà de vos positions politiques car il est porté par Pierre Larrouturou, un eurodéputé de gauche…

Oui tout à fait. Je ne suis pas quelqu’un de dogmatique. Je prends des positions en fonction de mes convictions et de ce à quoi je crois. Je trouve que ce que Pierre Larrouturou défend là est juste. D’ailleurs j’ai abordé cette question avec Christian Jacob [président du parti Les Républicains, dont Gaël Perdriau est vice-président, N.D.L.R.] lors d’un bureau politique des LR et il s’est montré très ouvert à cette question, promettant que l’on aborde cette question de fond. Il m’a notamment questionné à propos des conséquences éventuelles de cette taxe sur l’économie. Je lui ai envoyé une note argumentée pour lui répondre. La finance est utilisée comme une fin en soi et est en train de desservir l’économie réelle. Donc le projet de Pierre Larrouturou n’aura pas d’impact négatif sur cette dernière. Ensuite, les places boursières européennes sont aujourd’hui trop importantes pour que les investisseurs mondiaux s’en détournent même avec l’instauration de cette taxe de 0,1%.

Vous avez parlé d’un colloque international sur cette thématique qui pourrait se dérouler à Saint-Étienne en 2021 ?

Au-delà du soutien que les élus de Saint-Étienne ont apporté à l’occasion d’un vœu voté à l’unanimité lors du dernier Conseil municipal, j’ai inclus la volonté de créer un temps d’échange qui se déroulera à Saint-Étienne, avec la présence de Pierre Larrouturou, en 2021, dès que les conditions sanitaires le permettront.

Avec l’intervention d’acteurs internationaux et locaux ?

Exactement. Y compris avec des prises de paroles d’acteurs financiers qui viendront exposer leur point de vue. Je souhaite que Saint-Étienne se place à la pointe de cette question. Nous en avons plusieurs légitimités. Nous sommes la ville de l’innovation sociale : c’est ici qu’a été créé le système mutualiste, ici que Charles de Gaulle est venu développer son idée de la participation… Je pense que Saint-Étienne a effectivement toutes les raisons et toutes les ressources pour défendre ce genre de propositions.

Il y a tout d’abord une histoire très forte et ancienne entre l’Arménie et la France mais également entre les Arméniens et les Stéphanois.

Gaël Perdriau

Lors du dernier Conseil municipal, vous avez également souhaité apporter une subvention de 30 000 euros au Fonds arménien de France, pour appuyer le soutien de la Ville de Saint-Étienne à la population du Haut-Karabagh. Pourquoi cette association en particulier ?

D’abord parce que c’est une association reconnue internationalement, qui sait orienter les aides vers les besoins réels. C’est également une structure qui a été désignée par la France pour recueillir les fonds des collectivités.

Le fait de placer Saint-Étienne sur cette question du conflit dans le Haut-Karabagh, est-ce parce que vous ressentiez un manque d’action au niveau national ?

Il y a tout d’abord une histoire très forte et ancienne entre l’Arménie et la France mais également entre les Arméniens et les Stéphanois. J’ai signé une charte d’amitié avec la ville de Chouchi, qui a d’ailleurs payé très cher cette guerre. Cette charte venait s’inscrire dans une histoire entre les deux villes puisque Michel Thiollière [maire de Saint-Étienne de 1994 à 2008, N.D.L.R.] avait commencé à financer un centre de formation des apprentis sur place. À mon retour en 2018, j’ai écrit au président de la République qui représente notre pays dans le groupe de Minsk et qui depuis 30 ans a la responsabilité de trouver une voie pacifique aux différends politiques entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie à propos du Haut-Karabagh. Je constate simplement qu’il n’y a eu aucune avancée pendant toutes ces années. En 2018, j’ai demandé à Emmanuel Macron de profiter d’une période de paix dans le Haut-Karabagh pour aborder avec les partenaires russes, américains, turques et d’Azerbaïdjan, le sujet de la République du Haut-Karabagh et sa reconnaissance. Je n’ai pas eu de réponse. Il n’y a pas eu d’action. Je suis désolé. J’ai même dit, lors du dernier Conseil municipal, que j’avais honte de mon pays qui est resté silencieux pendant les 45 jours de combats, devant des images insoutenables. Il a laissé les djihadistes syriens s’introduire en Arménie pour massacrer hommes, femmes et enfants. Il a laissé les Russes se poser comme une force pacifique alors qu’il y aurait dû avoir l’intervention de l’OTAN ou de forces internationales dans cette zone. Désormais, Emmanuel Macron s’affiche comme le défenseur du patrimoine arménien dans le Haut-Karabagh. Je trouve cela indécent quand on a laissé massacrer des populations sans lever le petit doigt et que maintenant on met autour de la table des spécialistes du patrimoine et de la culture pour essayer de sauver des églises. C’est nécessaire, mais c’est tellement décalé… J’avais également écrit une tribune le 2 octobre 2020 dans la revue politique et parlementaire où j’appelais le président de la République à prendre ses responsabilités et à intervenir dans ce conflit. Cela n’a pas non plus été entendu. Il reste ce vœu que nous avons voté en Conseil municipal.


Pour en savoir davantage sur les propositions de l’eurodéputé Pierre Larrouturou, rendez-vous sur ces pages : ici et .

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