Saint-Étienne
samedi 2 juillet 2022
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Sur la pollution de l’air en 2021, la Loire s’en sort plutôt bien mais…

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Le Rhône, l’Isère ou encore la Haute-Savoie font nettement pire : en 2021, la Loire a subi moins « d’épisodes de pollution atmosphérique » qu’en 2019 et même 2020 selon le bilan d’Atmo AuRa1. Ses émissions de polluants – en recul, stables, sinon en légère hausse – continuent de suivre la tendance de fond baissière depuis la fin des années 2000. Mais les valeurs réglementaires en vigueur devraient devenir bien plus strictes d’ici 2 ans. C’est déjà le cas de celles de l’OMS selon lesquelles l’exposition des populations est bien plus forte…

Atmo AuRa1 ne le cache pas, ni même le minimise. Au contraire, c’est l’organisme régional lui-même, à travers ses commentaires et même des graphiques spécifiques, qui le met en avant dans son bilan 2021 : l’OMS (Organisation mondiale de la santé) recommande depuis peu de nouvelles valeurs d’exposition limites des populations. Elles sont désormais quatre à cinq fois plus sévères pour trois des polluants principaux suivis que celles réglementaires en vigueur dans l’UE, déterminant les vigilances et alertes pollution à partir des mesures relevées par les stations d’Atmo AuRa. Définies par Bruxelles, ces dernières ont pourtant vu, elles aussi, leurs niveaux d’exigence augmenter à plusieurs reprises depuis la fin des années 2000.  

A ce stade de l’année du moins, la météo de 2022 risque de se révéler plus favorable qu’en 2021 aux émissions de polluants. ©If Média/Xavier Alix.

Alors si dans la Loire comme dans l’ensemble de la région, indéniablement, « la qualité de l’air s’améliore depuis 15 ans » et qu’en 2021 « le respect de la réglementation en vigueur est atteint sur de nombreux départements (dont la Loire, Ndlr) », le pourcentage de populations exposées à des dépassements des valeurs telles que recommandées par l’Organisation mondiale de la santé est, lui, très loin d’être rassurant. Selon les indicateurs de l’OMS, 99,2 % des Ligériens ont ainsi été exposés l’an passé à une « pollution chronique » aux particules très fines, les PM2,5 (100 % pour Saint-Etienne métropole 97 % au niveau régional). C’est 62,6 % en ce qui concerne le dioxyde d’azote, le NO2 (96,5 % sur Saint-Etienne métropole ; 59,1 % au niveau régional).

Pas de rebond significatif de la pollution en 2021 dans la Loire

C’est bien moindre pour l’ozone (O3) avec 2,1 % des Ligériens exposés de manière chronique (0,3 % des métropolitains stéphanois) contre 5,93 % des habitants de la région, une « large » vallée du Rhône ainsi que l’agglomération franco-valdo-genevoise concentrant de manière flagrante les populations exposées à ce polluant dit « secondaire ». Il n’est, en effet, pas émis directement par les humains mais formé à partir d’une combinaison nos polluants avec des conditions météo favorables (le réchauffement climatique l’augmente ainsi) et l’activité de la flore. L’UE ira-t-elle jusqu’à se caler ses indicateurs sur ceux de l’OMS ? Atmo AuRa annonce en tout cas que la réglementation est « en cours de révision avec un projet de directive européenne qui sera soumis à consultation début 2023. Des seuils plus stricts devraient être appliqués dans les années à venir ».

Reste qu’après les effets relativement positifs des deux confinements – le premier strict, l’autre beaucoup ou moins –  de 2020 sur la pollution atmosphérique du département, 2021 n’a pas donné lieu à un rebond significatif des émissions de polluants dans la Loire où Atmo AuRa dispose de cinq stations de mesure adaptées à chaque polluant : « Avec 5 jours en vigilance pollution activés en 2021 (25 à l’échelle régionale, 17 en Isère et dans le Rhône, 18 en Haute-Savoie, Ndlr) dont aucune journée concernant l’ozone, la Loire est restée relativement préservée cette année ». Il y en avait eu 9 en 2020, 17 en 2019 et plus de 30 en 2013. Les concentrations de particules fines (PM10) et très fines (PM2,5) sont cependant en légère hausse en 2021, et revenues au niveau de 2018 (rappelons que les premières ont été presque divisées par deux entre 2007 et 2019) sans dépassement des valeurs réglementaires. Elles sont, les seules responsables, cette année, de ces 5 jours de vigilance pollution dans la Loire. Cette légère hausse vient des épisodes d’importation de sables sahariens.

D’où viennent les polluants émis dans la Loire ?

Car l’hiver doux, relativement pluvieux, a favorisé des conditions météos « dispersives » et limité le recours aux chauffages défaillants. Une météo qui a aussi permis de limiter les niveaux d’ozone. En 2021, l’été assez pluvieux et plutôt frais a réduit leurs concentrations à un niveau pas vu depuis 2010 (assez stable depuis 2011, l’ozone a atteint un pic en 2018 et 2019 dans la Loire). Quant au dioxyde d’azote (NO2), leur émission est restée stable dans la Loire entre 2020 et 2021. Notons que par rapport à 2007, l’an passé, le département en concentrait 37,5 % de moins. Ce polluant n’a plus été responsable d’une journée de vigilance depuis 2013. « Les émissions des différents polluants dans la Loire montrent une activité industrielle mineure dans la pollution produite. Les quantités de polluants émis sont aussi proportionnellement inférieures à la population résidente », observe Atmo AuRa.

Contribution de la Loire dans les émissions régionales (2019).

Sur cette infographie ci-dessus, on peut lire la « contribution » de la Loire à l’émission totale de la région sur chaque polluant. Une contribution légèrement inférieure à son poids en AuRa, du moins démographique. COVNM : Composé organique volatil non méthanique ; NOx : oxyde d’azote (monoxyde et dioxyde confondus) ; PM10 : particules fines ; PM2,5 : particules très fines ; NH3 : ammoniac ; SO: dioxyde de soufre.

Contacté par If Saint-Étienne, Cyril Besseyre, correspondant d’Atmo AuRa pour l’Auvergne et la Loire, estime « que la Loire est à sa place vis-à-vis du contexte régional au regard de sa population, de son relief. Et oui, les chiffres sont plutôt satisfaisants. »

Cette infographie ci-dessous permet, elle, de visualiser pour chaque polluant, la responsabilité proportionnelle (en pourcentage) 2019, dans la Loire, des différentes activités humaines dans leur émission respective et, derrière, dans le cumul des différents gaz à effets de serre.

Polluants et climat : l’effet rétroactif

Ce n’est bien sûr pas un scoop : dans son analyse, Atmo AuRa rappelle qu’amélioration de la qualité de l’air et lutte contre le changement climatique sont indissociables.  « L’évolution de la qualité de l’air résulte de la combinaison des émissions de polluants dans l’air et des conditions météorologiques. » Or, nous émettons justement les polluants qui réchauffent le climat. Réchauffement qui favorise les feux de forêt, la formation et l’accumulation de… polluants. Un cercle vicieux.  « Il est maintenant avéré que le changement climatique a des incidences sur certains polluants de l’air et sur les pollens. »

Certains polluants de l’air comme le carbone suie ou l’ozone, ont aussi un effet sur l’accroissement de l’effet de serre. Ces polluants de l’air viennent s’ajouter aux trois gaz à effet de serre généralement considérés : dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote. Le transport routier représente la première source d’émissions de gaz à effet de serre en Auvergne-Rhône-Alpes, suivis par les activités agricoles, l’industrie et le résidentiel. Ces quatre secteurs d’activité sont également responsables d’émissions de nombreux autres polluants de l’air, réglementés ou non.

L’air polluée tue des centaines de Ligériens par an

Quels effets sur la santé humaine ? Ils avaient été mesurés pour la première fois localement en 2014 à partir de données compilées de 2009 à 2011 prenant en compte des chiffres hospitaliers. L’étude de l’Institut de veille sanitaire (INVS, devenue Santé publique France) régionale menée en 2014 avait conclu pour la Loire aux décès de 213 personnes par an dans le Sud Loire dus aux seules particules fines et très fines. Une mise à jour récente, publiée en octobre 2021, toujours par Santé Publique France (là sur des données 2016-2018) relève cette fois-ci qu’en Auvergne-Rhône-Alpes, 4 300 décès seraient attribuables chaque année à une exposition aux particules fines (PM2,5) et 2 000 à une exposition au dioxyde d’azote (NO2). A l’échelle de la Loire, ces chiffres sont respectivement de 397 et 214. Ce qui ne signifie pas forcément une augmentation : le territoire sondé est plus large, la méthodologie différente et s’ajoute le NO2.

Vue sur l’agglomération stéphanoise. En sud Loire, la pollution atmosphérique tuait au moins 213 personnes par an il y a 10 ans. Ces données ont été mises à jour par Santé publique France ©If Média/Xavier Alix.

Seule certitude à ce sujet, la pollution atmosphérique coûte en vies et en argent public (ne serait-ce qu’en raison des hospitalisations) : 331 M€ par an selon l’étude de 2014 pour le seul sud Loire. Il y a aussi, au rayon santé, le développement des pollens de la plante envahissante qu’est l’ambroisie. Chaque année en France, 20 % des enfants et 30 % des adultes souffrent d’allergies au pollen. Or, le pollen de l’ambroisie est très allergisant et responsable de diverses pathologies, notamment respiratoires. Le nombre de jours avec un risque allergique considéré comme significatif (égal ou supérieur à 3 sur 5) en Auvergne-Rhône-Alpes est un peu moins important en 2021 qu’en 2020, mais reste élevé avec des zones au centre de la région proches de 50 jours.

L’impact de l’ozone sur les végétaux désormais mesuré

La présence d’ambroisie est ainsi généralisée sur l’ensemble de la région, avec une présence accrue du nord de Lyon et des plaines de l’Ain jusqu’au sud de la région. Les départements les plus touchés sont le Rhône, la Drôme, l’Ardèche et le Nord de l’Isère. « La Loire reste relativement épargnée, mais entourée de l’Allier et du Rhône où l’ambroisie est bien installée, sa situation est fragile. Le nombre de jour maximum touché par un risque allergique égal ou supérieur à 3 (sur 5) est ainsi proche de 30 au nord du département », note Atmo AuRa. Si l’on parle santé des animaux et des plantes maintenant, autre fait acté : au niveau local, de manière aiguë ou chronique, les polluants atmosphériques ont des répercussions importantes sur les cultures et les écosystèmes (faune et flore).

Les émissions globales de gaz à effet de serre (GES) du département sont en forte baisse depuis 2005.

Atmo AuRA.

Pour la première fois, le bilan d’Atmo AuRa le met en évidence. Maladies, déclin de certaines espèces animales pollinisatrices, difficultés de certaines espèces à se reproduire ou à se nourrir, eutrophisation des milieux due aux retombées d’azote affaiblissements des végétaux et enfin, à l’heure où l’on prend conscience que l’abondance alimentaire aura peut-être une fin, baisse des rendements. En 2010, une perte de rendement du blé tendre de 15 % soit 6 millions de tonnes de grains non produits était imputable à la pollution de l’air en France pour un milliard d’euros perdus !

Le point noir régional reste les transports routiers

Atmo AuRa a mis en évidence un indicateur d’exposition de la végétation à l’ozone en 2021.

Afin d’illustrer l’impact, Atmo AuRa a mis en évidence un indicateur d’exposition de la végétation à l’ozone en 2021. Une valeur à ne pas dépasser pour la protection de la végétation et des écosystèmes basée sur une exposition cumulée, en journée, de mai à juillet sur 5 ans. Sur 67 345 km2 de zone écosystème (zones non urbaines de cultures ou de nature) dans la région, 13 %, soit 8 998 km2 étaient en dépassement. Dans la Loire, ce dépassement est bien plus réduit mais bien existant : 2 % % du territoire – 4 458 km2 de zone en écosystème sur 4 805 km2 – est soumis à des niveaux d’ozone impactant pour la végétation. Dans la Loire, ce sont les cultures et la nature du Pilat rhodanien, marge de la vallée du Rhône, qui sont de loin les plus touchées.

La lecture de ce bilan peut une fois de plus plomber notre vision de l’avenir. Mais la bonne nouvelle, que l’on considère ou non que la réaction n’aille pas assez vite, c’est que l’émission de polluants s’est réduite de manière significative entre 2005 et 2019 dans la région comme dans la Loire. « Les émissions globales de gaz à effet de serre (GES) du département sont en forte baisse depuis 2005 », met en avant Atmo AuRA. A l’échelle de la région en 2019, les GES avaient reculé de 3 % par rapport à 2015 et de 13 % par rapport à 1990. Les émissions des bâtiments résidentiels et tertiaires, sont en baisse de 12 % par rapport à 2015, représentent un quart des GES émis en région. En revanche, le point noir, à l’échelle de la région, reste les transports routiers, constituant plus du tiers des émissions, et en hausse de 3 % par rapport à 2015.

« Ce qui est mis en œuvre fonctionne »

Il faudra sans doute mettre la barre bien plus haut en se rapprochant des valeurs de l’OMS. Mais on voit que l’on peut agir.  

Éric Fournier, président d’Atmo AuRa

Reste que la tendance à moins d’émissions prouve que l’on peut agir. Selon le programme pour l’environnement de l’ONU, améliorer la qualité de l’air constitue une réponse rapide et efficace pour limiter les effets du changement climatique : « La bonne nouvelle est que les modifications immédiates des niveaux de pollution atmosphérique ont également des effets immédiats. » Depuis 2007, les efforts des sphères publiques et privés entrepris dans le transport routier (renouvellement du parc, plus propre, généralisation des filtres à particules en 2011, voitures électriques etc.), l’industrie et le secteur résidentiel (renouvellement des appareils de chauffage au bois) ont fait reculer de 50 % des oxydes d’azote de 2005 à 2019 dans la Loire et de 31 % les particules fines.

« Le résultat des politiques publiques croisées qu’il convient de poursuivre, estime Éric Fournier, président d’Atmo AuRa, aux côtés de son directeur Didier Chapuis lors de la présentation de ce bilan jeudi dernier. « Ce qui est mis en œuvre fonctionne. Il faudra sans doute mettre la barre bien plus haut en se rapprochant des valeurs de l’OMS. Mais on voit que l’on peut agir », insiste Éric Fournier. Le maire de Chamonix-Mont Blanc, conseiller régional « spécial » de la majorité Wauquiez chargé de l’air, du climat et de l’énergie cite un exemple de chez lui, très connu de son département. Celui de la vallée de l’Arve (Haute-Savoie) où l’action publique a particulièrement aidé les particuliers à remplacer leur utilisation de chauffages très défaillants, émettant des particules fines.

L’encadrement législatif se veut plus exigeant. Réel et suffisant ?

Cette infographie ci-dessus montre la réduction du volume émis par chaque polluant relevé dans la Loire entre 2005 et 2019 et la confronte aux objectifs de 2030. On peut en déduire, par rapport à ces derniers, que nous sommes plus que dans les temps pour le dioxyde de soufre (SO2), dans les temps pour le COVNM et le NOx. Beaucoup moins pour les particules très fines et encore moins pour ce qui est de l’ammoniac (NH3)…

Et qu’elle soit suffisamment efficace ou non, la législation de lutte contre les émissions se veut toujours plus exigeante. Après les PPA (plan de protection de l’atmosphère) dans les années 1990 La loi de transition énergétique pour la croissance verte (août 2015) a instauré l’élaboration de Plans climat air énergie territoriaux (PCAET) pour toutes les collectivités de plus de 120 000 habitants (plans souvent lancés avant 2015), dans le but affiché « d’associer qualité de l’air aux enjeux climatiques et de transition énergétique ». Mais aussi la révision des objectifs de réduction des émissions polluantes dans le cadre du Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (Prepa) ou encore la possibilité pour les maires de mettre en place des zones à circulations restreintes (devenues des ZFE à la suite de la loi d’orientation des mobilités).

La loi NOTRe (août 2015) a, elle, instauré l’élaboration d’un Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet) pour chaque région française. « Ce schéma permet d’associer les enjeux conjoints de l’air, du climat et de l’énergie. Ainsi à l’échelle d’une région et de ses intercommunalités, le Sraddet et les PCAET sont les deux outils de planification qui permettent d’aborder de manière cohérente et harmonisée les enjeux croisés air-climat énergie », insiste Atmo AuRa dont les dirigeants rappellent cependant que leur organisme est d’abord un outil au service et non derrière la décision politique.

1 Issu de la fusion d’Air Rhône-Alpes et Atmo Auvergne en 2016, cet organisme, sous statut associatif, est l’observatoire agréé par le gouvernement pour notre région. Ses membres et/ou financeurs sont de nombreux services de l’Etat, les collectivités locales (Région, Départements, intercommunalités, quelques communes), des CCI et entreprises (beaucoup de transporteurs et d’industriels, en particulier la chimie de la vallée du Rhône…), des associations et des scientifiques.  

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