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Dans la Loire, le BTP est en situation de « plein emploi »

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A un tel point que 600 postes ne trouvent pas preneurs. A l’occasion d’une signature de convention de partenariat avec la Banque de France, la Fédération du bâtiment et des travaux publics (FBTP) de la Loire a fait le point sur la situation conjoncturelle de son secteur dans le département. Encore plus que la pénurie de matières premières, c’est le manque de main d’œuvre qui empêche de profiter pleinement d’un climat des affaires au beau fixe.  

©Vero Martin / Hans Lucas.

« Je ne connais pas une entreprise, pas un seul artisan ayant des salariés, qui ne soit pas désespérément en recherche, au minimum, d’un apprenti. Mais jusqu’aux ingénieurs, il y a des postes de tous niveaux à pourvoir. » 600 postes environ, précise Didier Brosse, le président de la FBTP Loire. Quand 300 par an sont proposés en moyenne ces dernières années par le secteur. Celui-ci pèse dans le département 5 800 entreprises pour 16 000 salariés et 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires.  

Dans la Loire, « le bâtiment est clairement en situation de plein emploi », constate Didier Brosse, frustré par une autre donnée : « Les 2 700 demandeurs d’emploi actuellement répertoriés dans notre domaine sur le département. Bien sûr, nous travaillons avec Pôle emploi pour s’adresser à eux. Et nous avons, aussi, tout à fait conscience de notre déficit d’image. » Alors Didier Brosse le clame : « Ce que nous proposons, ce ne sont ni des postes précaires, ni des postes mal payés. Les conditions de travail se sont améliorées, nos métiers se sont numérisés et nous offrons une bonne protection sociale. Enfin, nous jouons un vrai rôle d’ascenseur social. »

Deux problématiques se combinent

Ce déficit de main d’œuvre est valable à l’échelle nationale. Selon les dernières enquêtes de terrain de la Banque de France, 59 % des chefs d’entreprise du bâtiment disaient y être confrontés en octobre contre 47 % en mai. C’était 61 % en juillet. Les efforts effectués au niveau de l’apprentissage commencent-ils à payer ? Dans la Loire, la FBTP s’est penchée sur les 120 jeunes titulaires d’un CAP issus de son CFA adossé qui « s’évanouissent » chaque année dans la nature. « Nous sommes parvenus à en récupérer une soixantaine cette année. Il s’agit d’apprentis en rupture, mal orientés ou ayant perdu en chemin l’entreprise qui les accueillait, décrit Didier Brosse. Concernant le CFA, nous avons 1 000 apprentis entre Saint-Etienne et notre antenne du Roannais. Ce sera d’ailleurs un défi de mon mandat de passer à 1 300. »

Car au-delà du contexte, la population des entreprises du BTP est vieillissante. Et Didier Brosse d’ajouter : « Nous avons un réel rôle d’intégration au niveau de l’immigration. C’est une marque historique du BTP dans la Loire et cela reste valable aujourd’hui, en ce moment même. Oui, il y a des échecs mais il y aussi beaucoup de réussites avec des gens motivés, travailleurs. Je préfère voir le verre à moitié plein. » Il y a le manque de ressources humaines. Il y a aussi celui de matières premières. Là aussi, la problématique selon la Banque de France est en recul : 58 % des chefs d’entreprises concernées en octobre dans le bâtiment contre 62 % en septembre (50 % en mai). La combinaison des deux évoquées depuis des mois a-t-elle mis des entreprises de la Loire sur la paille ?

Des indicateurs au vert sur les logements

Dans la Loire, le nombre de défaillances au sein du BTP s’est avéré historiquement bas au 2e trimestre

Tristan Vacheron secrétaire général de la FBTP

« Nous ne connaissons pas précisément d’entreprises qui ont mis la clé sous la porte pour ces raisons. Mais les deux problématiques sont clairement un frein. » Plus encore en raison de la pénurie de main d’œuvre que les matériaux, souligne la FBTP. Sur ce sujet, « en s’organisant davantage, en anticipant, on s’en sort même si ce n’est pas simple ». Il y a en tout cas de quoi rager au regard du climat économique général et du BTP en particulier dans la Loire. Seulement 2,7 % de ses entreprises sont en défaut de paiement du PGE (Prête garantie par l’Etat). « Le nombre de défaillances s’est avéré historiquement bas au 2e trimestre avec 57 cas. Une baisse de 48 % par rapport à la même période l’an passé », souligne Tristan Vacheron secrétaire général de la FBTP.

Certes, sur les 12 derniers mois, les mètres carrés réalisés dans la Loire pour des activités sont en recul : – 12,5 % pour les constructions neuves (207 000 m2) . Et – 26 % pour celles autorisées (327 000 m2). « Mais nous sortons de grands projets structurants, comme Steel par exemple », tempère Tristan Vacheron. Ce dernier insiste plutôt sur les 3 100 logements construits ces 12 derniers mois (+ 27 %) et les 4 200 autorisés (+ 19 %). « Ce sont des indicateurs qui ont mis du temps à être positifs dans le département. C’est enfin le cas. » Ce que ne vient pas gâcher les chantiers de rénovation, en progression aussi si on se fie au montant accordé par le dispositif MaPrimRénov (32,74 M€) dans le département avec 2 909 dossiers fin septembre dans la Loire, en progression de 50 % par rapport à la même période sur 2020. ©

Une convention entre la FBTP et la Banque de France

Christine Gord, directrice de la Banque de France dans la Loire a signé, mardi, une convention avec Didier Brosse, président de la FBTP.

L’organisation à laquelle adhèrent 760 entrepreneurs et artisans de toute taille employant 10 000 salariés a relevé auprès de ces derniers une visibilité du carnet de commandes dans la partie bâtiment qui invite à l’optimisme. Notamment du côté du gros œuvre, « un très bon signe ». Un tiers d’entre elles ont de la visibilité au-delà de six mois, un autre entre trois et six et le troisième entre un et trois. Point noir en revanche : les travaux publics (TP). Dans ce secteur, la visibilité ne va que d’un à trois mois. Inquiétant car « on manque de perspective sur des chantiers structurants ».

Affichant un souci pédagogique croissant, la Banque de France dont les services sont gratuits dans la cadre de sa mission de service public à l’économie, a signé mardi, dans ce contexte, sa première convention de partenariat avec la FBTP Loire. D’autres pourraient suivre à terme avec d’autres organisations sectorielles. Dans la Loire, on pense à l’UIMM forcément. Surtout que son système de cotation des entreprises – valable à partir de 750 000 € de chiffre d’affaires – à partir de leur bilan qui permet aux créanciers d’évaluer leur santé financière va évoluer « pour se rapprocher des standards européens. Ils sera plus fin, passant de 13 à 22 crans ». Cela va réclamer échanges, explications et la nécessité de rassurer.

Davantage d’échanges pour mieux anticiper

La convention signée mardi par Didier Brosse et Christine Gord, directrice de la Banque de France de la Loire vise justement à organiser deux sessions d’informations par an à destination des adhérents de la FBTP. Sur des thèmes en lien avec ses domaines de compétences : cotation donc, traitement des incidents de paiement, médiation du crédit etc. Un de ses intervenants pourra intervenir au conseil d’administration de la FBTP pour y faire des points conjoncturels.

Et inversement, un représentant de la fédération viendra deux fois par an à la Banque de France pour faire part de ses analyses et remontées de situation. Enfin, les deux partenaires feront la promotion des aspects économiques et financiers de la gestion d’entreprise. Cela par une voie ludique via, par exemple, le jeu Aventure entrepreneur

La Banque de France utilise des jeux pour faire progresser la culture financière de nouveaux chefs d’entreprise.
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