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jeudi 8 décembre 2022
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L’économie de la Loire va plutôt bien… du moins jusqu’en juin

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Epures, l’agence d’ingénierie urbaine des collectivités locales ligériennes et ses cinq partenaires – Elo, l’Ursaff, la CCI, la CMA, rejoints depuis cette année par l’université Jean-Monnet – viennent de publier l’étude annuelle toujours plus précise des Evolutions économiques dans la Loire. Elle porte sur les données consolidées de 2021 globalement positives. En revanche, les premiers éléments de 2022 (sur 6 ou 8 mois) intégrés à l’analyse présentent déjà, des signes de ralentissement, voire d’alerte…

« La vraie crise économique, elle est pour 2021 », avertissait la Chambre des métiers et de l’artisanat (CMA) Loire à la parution de la même étude annuelle orchestrée par Epures en décembre 2020. Entre des aides gouvernementales qui ont joué les prolongations et une réelle reprise, freinée même par les pénuries matérielles et humaines, ce ne fut finalement pas le cas. Question de temps ? Si les données de 2021 et leurs analyses démontent une nette sortie de crise l’an passé (baisse du taux de chômage, + 6,8 % de PIB, effectifs privés en augmentation), malgré le plus gros déficit commercial import/export depuis au moins 20 ans, les signaux de repli sur la fin du premier semestre 2022, à la veille de subir réellement l’ahurissante hausse du coût énergétique sont bien là : « Après un bon début d’année 2022, les chiffres partiels pour cette année montrent le basculement dans une nouvelle période d’incertitudes pour les acteurs économiques du territoire avec en toile de fond le conflit en Ukraine, les difficultés d’approvisionnement en matières premières, une inflation galopante et une crise énergétique. » 

La photographie 2021 de l’économie ligérienne est assez positive à une grosse exception près : la pire balance commerciale des 21 dernières années… Image par More On (https://melovess.com) de Pixabay

Les défaillances d’entreprises sont en hausse et le taux de chômage a légèrement remonté entre le 1er et le 2e trimestre 2022 (de 7 % à 7,3 %). Malgré tout, le PIB devrait augmenter de 2,6 % en 2022 selon l’Insee, avant possiblement un net fléchissement en 2023 et une croissance de seulement 0,5 %. Chaque année, au gré du renforcement des échanges de données entre ses partenaires, l’étude publiée par Epures est un peu plus précise, un peu plus « fraîche » aussi vis-à-vis d’un monde aux tendances toujours plus promptes à l’instabilité. 24 ans maintenant que les décideurs publics (et privés) de la Loire bénéficient de cet outil présenté par ses protagonistes comme unique en France à l’échelle d’un territoire départemental.  

Les effectifs salariés privés au plus haut depuis 10 ans

Ils s’élèvent à 189 500 au 31 décembre 2021. Par rapport à 2020, ils augmentent ainsi de 2,54 %, soit une hausse plus faible que celle de la France (+ 3,7 %) et que celle de la région (+ 4,7 %). Mais c’est malgré tout le retour d’une hausse qui avait été constante depuis 2015 (les effectifs étaient tombés à 182 000 en 2014). 2021 présente même le meilleur total de la décennie avec 1 000 emplois de plus qu’en 2011 (à l’époque cependant, la Loire comptait 16 000 habitants de moins). Si on se concentre du 30 juin 2021 au 30 juin, 2022, la hausse a aussi été effective : + 1,2 % soit un gain de 2 360 postes. Analyse des partenaires : « Le tissu de TPE/PME (leur concentration sur le bassin stéphanois est la plus grande du pays après l’Ile-de-France, Ndlr), plus industrielles qu’ailleurs, souvent sous-traitants ou même sous-traitants de sous-traitants, explique sans doute une hausse moindre en périodes de croissance mais aussi un recul moindre en cas de crise que d’autres territoires. »

Dans la Loire, si on affine à l’échelle des intercommunalités, toutes ou presque ont vu leurs effectifs salariés privés progresser entre 2020 et 2021. Saint-Étienne Métropole qui compte pour plus de 61,4 % de ces emplois progresse d’1,8 %, Roannais agglomération de 3,9 % et Loire Forez de 4,9 %. Forez Est (+ 3,3 %), Charlieu Belmont communauté (+ 4 %), le Pays d’Urfé (+ 5,2 %), Vals d’Aix et Isable (+ 0,3 %), les Monts du Pilat (+ 0,4 %), le Pilat Rhodanien (meilleur taux avec + 7,8 %) augmentent aussi. Seuls les Monts du Lyonnais et le Pays Entre Loire et Rhône (Copler) restent parfaitement stables. Du 30 juin 2021 au 30 juin 2022, c’est cependant et globalement moins glorieux : un seul recul cependant (-2,8 % sur la Copler) mais Saint-Etienne Métropole doit se contenter de + 0,4 %. La meilleure hausse est pour les Monts du Pilat (+ 4,4 %) qui fait nettement mieux. A noter aussi que Forez Est fait légèrement mieux avec + 3,5 %.

Les déclarations préalables à l’embauche sont là mais la précarité avec

Forcément au regard du contexte ayant suivi le plus dur du Covid en 2020, l’étude constate une hausse assez spectaculaire des déclarations préalables à l’embauche (DPAE) entre 2020 et 2021, c’est-à-dire de 18,5 %. Mais en valeur absolue on est encore en bien en dessous, de l’ordre de 14,4 % de la meilleure année de la décennie écoulée à ce sujet : 2016 (la pire étant évidemment 2020). C’est cependant au-dessus de 2011 et 2012 et, bonne nouvelle, la tendance à la hausse se poursuivait sur les huit premiers mois de l’année 2022 avec + 19 % par rapport aux huit premiers de 2021. En revanche, sur cette même période il s’agit de CDD courts de manière écrasante : à 65 % pour seulement 19,5 % de CDI en 2022 pour déjà des proportions respectives de 61,6 % et 19,88 % en 2021.

« Une hausse importante des CDD courts, plus particulièrement dans les services et l’industrie » est constatée par les partenaires de l’observatoire qui soulignent un contexte « plus que jamais incertain, une visibilité totalement absente poussant à la prudence dans les embauches ». Cela, alors même que la pénurie de main-d’œuvre correspondant aux besoins s’est aggravée : « 63 % des projets de recrutement sont jugés difficiles (par les chefs d’entreprises interrogés par Pôle emploi, Ndlr) en 2021 contre seulement 50 % les années précédentes. » En 2021, les DPAE ont été portées à 74 % par les services (hors intérim) et seulement à 8 % par l’industrie qui pèse pourtant près de 25 % des emplois salariés privés dans la Loire… On comptait 24 520 projets de recrutement en 2021 selon l’étude BMO de Pôle emploi, à 32 % dans les services aux particuliers, 19 % dans les services aux entreprises, 18 % dans l’industrie, 14 % dans le commerce, 11 % dans l’agriculture, 6 % dans la construction.

Dans la Loire, l’industrie fait de la résistance

Véritable locomotive de l’activité économique globale et pourtant trop longtemps jeté en pâture à une logique aussi absurde que suicidaire de délocalisation, le secteur industriel conserve une part prépondérante, en particulier la métallurgie, dans la Loire largement au-dessus de la moyenne nationale, avec 24,6 % des effectifs salariés contre, certes 37 % en 1997 mais 26 % en 2011. La grande saignée est donc apparemment passée et en espérant qu’une nouvelle n’ait pas lieu, l’industrie ligérienne continue à faire de la résistance. « Il faut aussi mettre dans la balance le fait que les industries de nos jours sous-traitent beaucoup de services annexes. Les employés de ménage, par exemple, viennent systématiquement de sociétés extérieures et ne sont donc plus comptés comme salariés de l’industrie », nuancent les partenaires de l’étude.

On constate, en tout cas, de 2020 à 2021 une hausse des établissements privés industriels (2 410, soit + 1,2 %, 700 créations, soit + 16,1 %) pour 47 020 salariés (+ 0,9 %). Plus de la moitié travaillent sur Saint-Etienne Métropole (+ 0,3 % en 2021 mais – 0,4 % entre le 30 juin 2021 et le 30 juin 2022) tandis que Roannais Agglomération (6 800, + 3,4 % et du 30 juin 2021 au 30 juin 2022 + 3,9 %), Loire Forez (5 820, +1,1 % et + 0,8 %) et enfin Forez Est (5 200, +1,2 et +2,7 %) concentrent l’essentiel du reste. Du 30 juin 2021 au 30 juin 2022, la hausse des établissements (+1,2 %) comme de postes (+ 0,8 %, d’abord grâce à l’agroalimentaire) s’est poursuivie. Inquiétude très locale : la pénurie de terrains disponibles pour l’industrie entraînant des débats complexes autour de l’artificialisation des sols et de probables futurs blocages sur les projets d’aménagement.

Tous les secteurs d’activité voient leurs effectifs progresser

Dans le secteur des services privés, si la Loire comptait 97 130 salariés en 2019, ils ne sont plus que 93 220 en 2021 mais avec une hausse de 3,5 % par rapport à une année 2020 très difficile (pour 10 890 établissements, + 4,2 %). Leurs poids au sein des effectifs salariés ligériens – 49 % – recule par rapport à 2019 (51 % ; 42 % en 1997). Du 30 juin 2021 au 30 juin 2022, ils continuent à augmenter.  Le commerce compte 32 800 salariés pour 4 650 établissements en hausse respective entre 2020 et 2021 de 2,2 % et 3,9 % mais avec un recul des créations d’1,3 % repartant à la hausse de 1,8 % si on les observe du 30 juin 2021 au 30 juin 2022 avec une hausse des postes qui se poursuit.

La construction est, elle, représentée dans la Loire par 30 710 salariés (+ 3,4 %) travaillant dans 2 810 établissements (+ 4,3 %) avec une forte progression des créations (+ 11,2 %, elles n’ont jamais été aussi nombreuses en dix ans). Du 30 juin 2021 au 30 juin 2022, si l’augmentation du nombre d’établissements se poursuit à 3,8 %, elle est moindre sur les effectifs (+ 0,9 %) portés par les « travaux spécialisés » tandis que le nombre de salariés dans la « construction de bâtiment » recule légèrement. Si on isole l’artisanat, on se rend compte qu’il concentre 15,3 % des emplois salariés du département avec 29 080 salariés (+ 3,8 %), 20 330 établissements (+ 5,5 %), en forte progression y compris par rapport à 2019 (26 300 salariés alors) témoignant d’une tendance de fond hors covid qui d’ailleurs ne se dément pas du 30 juin 2021 au 30 juin 2022 avec des proportions assez analogues à la seule année 2021.

Création/radiation d’établissements : l’alerte est là…

Les créations globales d’entreprise sur les huit premiers mois de 2022 sont similaires à celles de 2021 : c’est-à-dire « intenses » à la fin de l’hiver et au printemps, logiquement en recul au milieu de l’été et, à nouveau, « en forte hausse en septembre ». 10 646 établissements ont été créés en 2021 dans la Loire (+ 14,2 %), soit entre 2020 et 2021, près de 1 324 créations supplémentaires. La création d’entreprises, relativement stable de 2011 à 2014, tombée à 5 590 en 2015 enchaîne sa 6e année de hausse consécutive avec une forte accélération à partir de 2019. En revanche, le nombre de créations est, il y a peu, tombé de manière spectaculaire, c’est-à-dire en octobre 2022, se dissociant complètement de la courbe de 2021 (un peu plus de 60 créations contre 250 il y a un an !). « Contenu au printemps », le nombre de radiations, lui, explose en juin 2022 – en 2021, c’était en août – avant de fortement retomber en juillet, pour depuis réaugmenter chaque mois. Ce qui n’était, là aussi, pas le cas en 2021…

Plus de radiations, moins de créations en 2022 : indices d’un ralentissement, pour ne pas dire plus, de l’activité globale qu’il convient cependant de nuancer en raison de l’enthousiasme fané du statut d’auto-entrepreneur qui explique cette forte hausse des créations ces dernières années et, au moins en partie, leur chute et celle des radiations. Un probable effet « désenchantement » et retour à la réalité de l’auto-entreprenariat souvent très difficile à maintenir comme une activité ne se limitant pas à un complément.

…aux côtés d’une balance commerciale au déficit record

Il faut remonter à 2015 pour voir les exportations dominer sur les importations dans la Loire. Elle l’était alors pour la 4e année consécutive après une explosion des échanges internationaux au début des années 2010 à la suite de leur forte chute dûe à la crise de 2008. En rechute, et tombée au plus bas en 2017, la balance commerciale, loin de ses valeurs positives (et bien au-dessus de la période 2012-2015) des années 2000, avait retrouvé l’équilibre ou presque en 2018 (- 600 000 €) et en 2019 (+ 83 000 €), avant de replonger en 2020 avec un déficit de 85 millions d’euros. Encore le Covid ? Oui et au jeu de la pandémie, ce sont les exportations qui ont le plus reculé en 2020 (- 12 %) pour une valeur totale de biens échangés de 3,7 milliards d’euros alors que simultanément les importations régressaient moins vite (- 8,2 %) pour une somme cumulée proche de 3,8 milliards d’euros. En 2021, on revient aux proportions de 2019 en termes de volumes d’échanges. Cependant, la balance devient nettement négative : – 350 M€ ! Soit avec 4,12 Md€ exportés et 4,47 Md€ importés, la pire année des deux dernières décennies.

Allemagne (19 %), Italie (13 %), Espagne (10 %) sont le trio des pays les plus clients de la Loire. Quand l’Allemagne, l’Italie et la Chine sont ses trois premiers fournisseurs. Des podiums identiques pour des proportions quasiment identiques à 2020. Produits chimiques, engrais, plastiques et caoutchouc synthétique sont à la fois ce qui s’importe (11 %) et s’exporte le plus (17 %). Idem avec la seconde place dans les deux cas, tenus par les produits alimentaires : 11 % des importations et 10 % des exportations. Coutellerie, outillage, quincaillerie correspondent à 7 % des importations. Même taux pour la 3e catégorie de produits les plus exportés : il s’agit de nos machines et équipements d’usage général.

L’étude complète, en particulier les fiches secteur par secteur, est téléchargeable sur le site d’Epures.

Un observatoire « unique » à cette échelle en France

Les représentants des six structures partenaires réunis pour leur convention mardi. ©If Média/Xavier Alix

C’est en 1998 qu’Emplois Loire Observatoire (Elo, structure associative créée par des anciens cadres supérieurs de Casino) et Epures ont mis en commun leurs compétences au profit d’un dispositif partenarial d’observation économique, du territoire.

23 ans plus tard, élargie à toute la Loire, sa synthèse annuelle est présentée comme unique, à cette échelle en France, quant à la richesse, la précision et le croisement de ses données, toujours plus récentes entre recueil, analyse et publication. Il faut dire que le partenariat s’est très vite étoffé pour rassembler les structures locales qui réalisent de l’observation économique : d’abord la CCI, devenue depuis délégation Loire de la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne puis, en 2010, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA) Loire avant l’Urssaf Rhône-Alpes en 2012. En 2021, l’Université Jean Monnet a effectué son retour parmi eux.

Une première convention signée

« Avec cette étude macroéconomique, nous sommes pile dans l’objet d’Epures : aider les décisionnaires à mieux orienter l’action publique économique de leurs territoires », relève Jean-Pierre Berger, élu stéphanois et président d’Epures, créée en 1967, sous statut associatif. 90 collectivités territoriales et acteurs socioprofessionnels publics du territoire y adhèrent. Mardi 22 novembre, à l’issue de la présentation des évolutions 2021, les six partenaires ont pour la première fois cadrer leur collaboration par une convention. Non pas pour satisfaire une maniaquerie technocratique, assurent-ils, mais pour sécuriser et rendre leurs échanges de données encore plus logiques, rapides et efficaces.

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