Saint-Étienne
dimanche 29 janvier 2023
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La grève à GRDF ne manque pas de gaz dans la Loire

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Accompagnée de très près par la CGT qui a refusé l’accord national signé par les autres syndicats, une grève sur l’augmentation salariale, partiellement suivie, touche depuis un mois GRDF dans la Loire. Comme 89 autres en France, son site de Saint-Etienne, le principal du département, fait l’objet d’un piquet de grève et d’opérations de filtrage. Jean-Luc Mélenchon en personne devrait venir le visiter vendredi…

Devant le tribunal de Saint-Etienne le 2 décembre : un leader gréviste a, en effet été assigné en Justice. Photo transmise par la CGT.

Un soutien de marque était dans les tuyaux jeudi. Sauf empêchement de dernière minute, Jean-Luc Mélenchon, leader des Insoumis, en visite à Saint-Etienne pour un meeting au Centre des Congrès ce vendredi soir doit passer encourager et donner de sa visibilité aux grévistes de GRDF en milieu d’après-midi sur le site même de leur mouvement, rue Bénévent à Saint-Etienne. C’est là, à deux pas de Geoffroy-Guichard, que GRDF compte son principal site ligérien (en dehors des centres secondaires de Roanne, Montbrison et Genilac) où travaillent environ 140 personnes (sur 170 dans la Loire), dont une quarantaine de techniciens pour qui il s’agit de leur base de travail. Mais le bâtiment abrite aussi, les services de planification, d’ingénierie, de pilotage du réseau local ainsi que de relations clients. Le dernier service cité ne doit pas manquer d’appels de Ligériens mécontents en ce moment. Un mois que le fonctionnement de GRDF dans la Loire est plus que perturbé.

« Si les urgences et les opérations de maintenance indispensables sont assurées, environ 1 000 demandes de clients, particuliers ou professionnels, à des nouveaux raccordements sont en attente, nous précise Christophe Leroy, directeur territoriale Auvergne, Loire, Drôme, Ardèche à qui nous avons posé la question de l’impact de la grève. D’habitude, nous nous engageons à répondre à une demande de raccordement en moins de 5 jours et les cas qui y font exception sont rarissimes. Forcément avec le froid, le mécontentement est encore plus fort. » Le 18 novembre, à l’issue de négociations hexagonales annuelles, « anticipées par la direction nationale au regard du contexte », précise encore Christophe Leroy, trois syndicats (FO, CFDT, CFE) signaient un accord d’entreprise. Pas la CGT qui dit représenter à lui seul tout de même 46,58 % des personnels ayant voté pour désigner leurs représentants et qui avait, elle aussi anticipé en lançant une grève préventive dès le 15.

518 M€ de dividendes payés aux actionnaires en 2022

Aux yeux du syndicat, « l’augmentation de 2,3 % obtenue est nettement insuffisante et pas du tout à la hauteur des revendications des agents et de la CGT. La revendication est légitime : cette année GRDF a remonté à la maison mère (Engie) 518 M€ sous forme de dividendes ! Une augmentation de 2,3 % à GRDF coûterait seulement 3 % des remontées de dividendes par an, soit 16 M€ pour tous les agents, une goutte d’eau dans la situation du groupe. » Aussi, la CGT exige une augmentation de salaire de 4,6 %, « soit 2 niveaux de rémunération au même titre que les collègues d’Enedis, service commun de la distribution du gaz et de l’électricité, et d’autres entreprises du secteur de l’énergie ». Précisons, à notre tour, que la flambée des prix du gaz n’est pour rien dans les, dividendes. GRDF étant distributeur pas fournisseur de la matière première en tant que filiale d’Engie dont l’Etat n’est plus actionnaire qu’à hauteur de 20 % à peine.

Une augmentation de 2,3 % à GRDF coûterait seulement 3 % des remontées de dividendes par an soit 16 M€.

CGT Loire

Pour Christophe Leroy, avec des investissements sur le terrain dépassant le milliard d’euros chaque année, « il est logique que les actionnaires aient des retours ». Pas à cette hauteur pour Simon Depalle, membre de la CGT et porte-parole des grévistes. « On ne veut pas de primes mais une vraie augmentation vis-à-vis de l’inflation. Ce que l’on demande, ce n’est pas grand-chose en comparaison de cet enrichissement. Ce sera encore plus en 2023 : 555 M€ après le vote d’avril dernier : Surtout que les augmentations de tarifs de GRDF aux clients prennent en compte l’inflation alors que la qualité des services et de nos conditions de travail se dégradent depuis des années. Dans la Loire, on a fermé les sites de Saint-Chamond, Firminy et Montbrison est sous-dimensionné alors que paradoxalement, on justifie ça par des objectifs de capacité d’interventions plus rapides ! Et ce n’est pas fini : d’ici 2024, 500 postes doivent être supprimés dont probablement une dizaine dans la Loire et on continue à donner des centaines de millions d’euros aux actionnaires ! »

Opération gratuité pour 1 500 foyers

La grève n’est pas que le fait de la CGT, assure Simon Depalle : « Moins d’un quart des agents en lutte ici sont adhérents. A peu près 50 % des agents nous soutiennent plus ou moins activement dans la Loire. Certains débrayent, s’arrêtent ponctuellement, ce n’est pas évident en raison des familles à charge, des pertes de salaire. Alors malgré la caisse de solidarité, nous ne sommes que quelques uns à suivre une grève complète depuis des semaines. » Les grévistes annoncent avoir lancé une opération gratuité du gaz pour 1 500 foyers de la métropole stéphanoise, habitant des HLM. Il s’agit des conduites d’alimentation spécifiques à des cuisinières dont les compteurs récemment installés sont séparés du reste. La direction n’infirme ni ne confirme, elle, cette opération, pas plus qu’un projet de suppression de postes.

Au total, l’augmentation ne se limite pas à ces 2,3 % mais s’élève à 12 % en comptant les primes qui comptent pour 3,4 % sur ce pourcentage.

Christophe Leroy, directeur territoriale GRDF

En revanche par la voix de Christophe Leroy, elle conteste fermement un manque de considération vis-à-vis de ses salariés :  « Au total, l’augmentation ne se limite pas à ces 2,3 % mais s’élève à 12 % en comptant les primes qui comptent pour 3,4 % sur ces 12 %. Oui, à Enedis, les 4,6 % correspondent à une progression de deux niveaux de rémunération quand le résultat de nos négociations n’en donne qu’une soit, + 2,3 %. Mais s’y ajoutent, chez nous, des augmentations spécifiquement liées à l’inflation ainsi que 2,2 % (toujours sur ces 12 %, Ndlr) à la discrétion des équipes managériales. Enfin, de nouvelles mesures devraient être prises au regard du pouvoir d’achat dans les mois qui viennent par rapport aux augmentations du coût de la vie. Le dialogue social est là. Dans ces conditions, on peut comprendre que nous demandions la reprise du travail et le respect de l’accord signé par la majorité des représentants syndicaux pesant 53 %. »

Un syndicaliste assigné en Justice

Le piquet de grève devant le site de GRDF à Saint-Etienne. Photo transmise par la CGT.

Surtout que le site stéphanois fait l’objet de blocages selon la direction : « Les entrées et sorties de 70 à 80 véhicules sont filtrées par les grévistes, parfois même carrément bloqués, ce que nous avons fait constater par huissier de Justice. » Et même plus puisque Simon Depalle s’est vu personnellement assigné en justice le 1er décembre. La CGT l’interprète clairement comme une « tentative d’intimidation », de « répression » même visant à « criminaliser l’action syndicale » afin de casser le mouvement et sa solidarité « en le décapitant ». « Rien de personnel, il fallait un nom selon les formes juridiques et nous n’empêchons pas ni même intimidons la grève mais considérons que l’on n’a pas à empêcher les autres de travailler s’ils le veulent. »

Mais le 2 décembre la Justice n’a pas tranché en faveur de la direction comme l’annonçait trois jours plus tard la CGT Loire dans un communiqué : « Notre grève est licite, nous n’avons commis aucun abus du droit de grève, notre direction est déboutée de toutes ses demandes, notre camarade est blanchi et la direction doit lui verser 1500 € de l’article 700 du Code de la procédure civile. Sans triomphalisme mais avec la conviction inébranlable que notre cause est juste, on poursuit notre mouvement et on maintient notre piquet de grève et toutes nos revendications. »

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