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dimanche 25 février 2024
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A Veauche, Urgo Medical n’en finit pas de tisser sa croissance

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A l’occasion d’une visite des élus du Département de la Loire dans le canton d’Andrézieux-Bouthéon, Urgo Medical, division de l’ETI que sont les Laboratoires bourguignons Urgo dédiée à la production des bandes de cicatrisation vendues aux professionnels, a ouvert ses portes. Agrandi l’an passé, le site continue à se développer et à recruter, surfant sur la croissance des ventes de son produit phare : UrgoK2.  

Urgo Medical veut pourvoir d’ici 2026 plusieurs dizaines de postes. ©If Média Xavier Alix

On y ourdit, on y tisse, on y tricote : c’est pour cela que le groupe Urgo est là. « L’implantation dans la Loire ? Il s’agissait alors dans l’objectif de diversifier nos activités d’être au plus près d’un savoir-faire textile », explique Guirec Le Lous, président actuel de d’Urgo Medical et futur président du groupe Urgo tout court dont il est copropriétaire avec ses frères, alternant à la présidence depuis qu’ils ont succédé en 2019 au père fondateur, Hervé. Urgo s’est installé à la fin des années 1990 dans le petit site industriel de Veauche, opportunité* entre deux lotissements caractéristiques de la petite cité forézienne. Au sein du grand paquebot de la production pharmaceutique qu’est de nos jours Urgo – ETI de la banlieue dijonnaise, le siège est à Chenôve, qui compte 3 500 collaborateurs, 750 M€ de chiffre d’affaires en 2022, 20 sites industriels et est présente d’une manière ou d’une autre dans 20 pays –, l’usine veauchoise ne représente qu’une division.

Mais quelle division : celle très spécifique consacrée à la réalisation de produits dédiés à la cicatrisation sur ordonnance vendus aux pharmacies, sinon aux hôpitaux en plein développement. L’essentiel de l’activité du groupe – la division Urgo HealthCare – porte, elle, les produits de pharmacie courante accessible directement. Urgo, de nos jours estampillé de son petit bonhomme bleu pressé, sorte d’équivalent d’un bibendum Michelin côté soignants, a d’abord été une marque de pansements lancée par le grand-père en 1958 Jean, pharmacien. Elle sera reprise par son fils, Hervé, véritable créateur du groupe éponyme dans lequel il va intégrer les vitamines Juvamine qu’il avait lancées à la fin des années 1980 (pour les plus de 30 ans, souvenez-vous de cette pub bien de son époque : « Sijuvasbien, c’est… »), première intégration et diversification qui en annonçait bien d’autres : Mercurochrome en 1996, Marie-Rose et Super Diet en 1997 puis côté complément alimentaire Herbesan, OM3 ou encore Alvityl en 2007 avant l’alcool de menthe Ricqlès puis le charbon végétal de Belloc en 2009.

Une production qui colle à une R&D soignée

Les machines textile ne manquent pas à Veauche. ©If Média Xavier Alix

Le groupe grossit donc, étape par étape, revendiquant d’avoir conservé son propre appareil de production (85 % de made in France) durant une époque quelque peu négligente question souveraineté industrielle, tout en investissant massivement dans la R&D. Entre autres pour développer des pansements innovants permettant « de cicatriser et d’améliorer significativement la vie des patients souffrant de plaies graves et invalidantes ». La découverte de la technologie lipido-colloïde en 2000 sera décisive : elle amorce l’activité « cicatrisation » avec « le tulle « gras non gras au toucher » pour soigner et soulager les brûlures. L’entreprise Urgo Medical, dédiée au développement de pansements médicaux va pouvoir décoller. Les innovations s’enchaînent dans le domaine des plaies chroniques – ulcères de jambe, plaie du pied diabétique, escarres – avec des bandes de compression pour le traitement des ulcères veineux de jambe, pathologie qui concerne.

Il faut en moyenne 7 mois pour qu’un patient cicatrise d’un ulcère veineux. Notre solution permet de diviser ce temps par deux.

Guirec Le Lous, président d’Urgo Medical

Ce sont ces bandes, baptisé UrgoK2, que produit le site « textile » de Veauche. « Il faut en moyenne 7 mois pour qu’un patient cicatrise d’un ulcère veineux qui touche 450 000 personnes par an en France. Notre solution permet de diviser ce temps par deux », précise Guirec Le Lous. De quoi faire économiser significativement à l’assurance maladie (24 M€ par mois !) Une performance issue de sa R&D qui fait l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue scientifique The Lancet en 2017. Ce ne sera peut-être pas la seule si elle parvient à mettre au point ce projet fou de peau artificielle qu’est Genesis et qui ferait alors rentrer le groupe dans une autre dimension : un pari lancé dans ses murs il y a 2 ans, suivi de près par la BPI et soutenu par Région Bougogne Franche-Comté. La recherche chez Urgo qui sort 15 brevets par an occupe 200 personnes par an et bénéficie de 80 M€ d’investissement de 2020 à 2030.

15 % de ventes en plus chaque année

Guirec Le Lous, président d’Urgo Medical et Philippe Kamanova, directeur du site. ©If Média Xavier Alix

Le développement industriel, de toute façon intimement lié, n’est pas en reste avec 300 M€ mis sur la table sur la même période dont environ 30 M€ investis rien que pour Urgo Medical d’ici 2026. Il faut dire que le rythme de croissance annuel du site veauchois est encourageant : en vigueur depuis presqu’une décennie, il est de 15 %. Cet investissement sur plusieurs années s’est traduit par le doublement de sa surface concrétisé l’an passé, passé ainsi de 6 000 à 12 000 m2 après avoir déjà été agrandi précédemment. De nouveaux équipements continuent à rejoindre le parc machines tandis que les ressources humaines ne manquent pas de travail : alors que son directeur Philippe Kamanova espère la « délocalisation » de l’assemblage en kits de ses produits, actuellement assuré en Côte-d’Or d’ici un an, le site devrait employer avec des contrats en « i » 200 personnes d’ici 2026 contre 110 en 2022 et même une cinquantaine il y a moins d’une dizaine d’années.

Du moins, il espère. Car comme ailleurs, la main d’œuvre qualifiée dont l’entreprise a fortement besoin ne tricote pas les rues. A priori, le décrochage du panneau appelant tisseurs et conducteurs de machines mis en évidence devant le site n’est pas pour demain. Mais Urgo peut compter sur sa propre école de formation, petit campus sur place délocalisé de son université, dont 7 alternants sont sortis diplômés en 2022. Ce sera 10 en 2023.

* En 1997, Urgo a ici pris le contrôle à 100 % du laboratoire Molypharm, premier fabricant français de bandes extensibles, commercialisées sous la marque Nylex.

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