Saint-Étienne
dimanche 25 septembre 2022
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ArcomiK et Arts Burlesques : ça ne rigole pas au conseil municipal de Saint-Etienne

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Parmi les nombreux sujets abordés lundi au conseil municipal – sur lesquels nous reviendrons dans de prochains articles -, l’un d’eux n’était pas au programme officiel même si son irruption sur scène était toutefois attendu… Après l’article paru dans le Canard Enchaîné la semaine passée, l’opposition n’a évidemment pas manqué de pointer du doigt le refus d’attribuer cette année des subventions au festival d’humour ArcomiK, ex-Arts Burlesques, alors qu’une association GSM – créée juste avant ce refus et qui a récupéré l’appellation Arts Burlesques – en a parallèlement sollicitées… De quoi provoquer des vifs échanges avec la majorité soupçonnée par ses opposants de favoritisme.

Les faits sont « révélateurs d’une dérive inquiétante ». Il y avait plus qu’une note de gravité dans l’intervention adressée au maire Gaël Perdriau par Isabelle Dumestre, présidente du groupe Saint-Etienne Demain à propos de la polémique née autour du festival d’humour ArcomiK. « En pleine crise du Covid, alors que le monde culturel est déjà soumis à rude épreuve, M. Chassaubéné (adjoint à culture, Nldr) prend – seul – la décision de suspendre le soutien de notre  collectivité à un festival. Il ne s’agit pas d’un petit événement, ce festival étant ancré depuis près de 20 ans dans le paysage stéphanois, même s’il a récemment changé de nom (…). »

Plus grave encore pour l’élue d’opposition : « Votre adjoint prend en outre la liberté de solliciter un projet concurrent, sur les mêmes dates, le même contenu, sur la base des subventions ainsi retirées. Un projet bien concurrent donc, et certainement pas complémentaire. » Et d’appuyer ses propos en dégainant le calendrier pour contrer l’argument d’un positionnement de ce « projet concurrent » à la suite du refus des subventions : la lettre annonçant la fin de la subvention à ArcomiK serait, en effet, datée du 20 octobre 2021. L’association GSM, qui a sollicité des subventions aux montants très proches pour créer son propre festival reprenant le nom des Arts Burlesques, aurait, elle, été déclarée en préfecture le… 12 octobre.

« Dans le domaine marchand, on appelle ça délit d’initié » 

Cela ressemble beaucoup à du copinage, pour ne pas dire du clientélisme.

Isabelle Dumestre, présidente du groupe Saint-Etienne Demain

« Apparemment, au 12 octobre 2021, en dehors de M. Chassaubéné, seuls les fondateurs de l’association GSM disposaient de cette information. Ils l’ont eux-mêmes confirmé dans la presse : « on a été informés, on a saisi l’opportunité ». Je ne sais pas comment ça s’appelle dans le domaine public, mais dans le domaine marchand quand un investisseur utilise ainsi « des informations privilégiées dont ne disposent pas les autres investisseurs », on appelle ça un « délit d’initié ». Cela ressemble en tout cas beaucoup à du copinage, pour ne pas dire du clientélisme. » Ne voyant pas en quoi le projet culturel ou le tarif pratiqué par ArcomiK peuvent attirer un désaveu municipal, parlant même de copié/collé vis-à-vis du projet de GSM, Saint-Etienne Demain réclame une reprise en main du dossier par le maire.

Ainsi qu’une remise en question des pratiques dans le cadre des délégations confiées à Marc Chassaubéné. Les élus écologistes en ont rajouté une couche par la voix de Danielle Teil : « Nous apprenons que des subventions ont été refusées en amont des commissions décisionnaires qui devaient statuer le 21 janvier 2022 ! Un courrier de votre adjoint à la culture le 20 octobre 2021, indique, sans aucune explication, qu’aucune subvention ne sera versée à l’association ArcomiK. Un autre, tout aussi lapidaire, confirme le 28 décembre dernier que la Métropole supprime de la même façon la subvention demandée. »

« Le rôle des commissions est-il fictif ? »

Faut-il être « de votre bord » pour bénéficier de subsides ? 

Danielle Teil, élue d’opposition EELV

Les élus EELV estiment être en mesure d’avoir « des doutes » sur les raisons qui poussent à accorder – ou pas – des subventions aux associations. « Elles méritent toute la reconnaissance de la collectivité pour la qualité et la grande générosité de leur engagement pour la ville et ses habitants. Monsieur le Maire, le rôle des commissions est-il fictif ? Faut-il être « de votre bord » pour bénéficier de subsides ? » Visiblement tout aussi préparé que se adversaires à la joute verbale, Marc Chassaubéné, prenait la parole pour leur répondre : « Tout d’abord, merci pour la leçon de moral. Plutôt que par le Canard Enchaîné, il aurait été bien plus préférable que vous vous intéressiez au sujet par nos commissions en amont avant de prendre la parole de manière si péremptoire. »

En politique, « il vaut mieux savoir pour qui et pourquoi vous vous engagez », ajoutait alors l’adjoint à la culture appuyant sa défense sur un rappel historique du « festival des Arts Burlesques, devenu ArcomiK puisqu’il s’en prétend l’héritier. Les relations, contrairement à ce que vous dites, et depuis très longtemps, sont très obscures entre notre collectivité et les porteurs de ce festival dont l’actuel directeur Farid Bouabdellah réclame la succession entre système opaque et copinage malsain qui ont amené l’ensemble des financeurs à des décisions difficiles. » Marc Chassaubéné a rappelé que la municipalité Perdriau avait demandé dès son arrivée aux affaires en 2014 une séparation nette des activités entre MJC de Beaulieu, alors dirigée par Michel Mazziotta et secondé par Farid Bouabdellah, et le festival, celui-ci lui étant intimement lié, pour éviter « la contamination » financière du second par la première.

Une problématique vieille de plusieurs années ?

« Notre décision a justement permis de faire perdurer les Arts burlesques malgré le naufrage plus tard de la même MJC. Ce qui met à mal toutes les suppositions, toutes les accusations que vous faites sur une éventuelle décision politique, argue l’adjoint à la culture. Ce festival a perduré parce que nous l’avons souhaité, parce que nous avons forcé la structure à clarifier ses comptes et son existence. » A la fin des échanges musclés entre opposition et majorité, le maire Gaël Perdriau appuiera les propos de son adjoint en assurant que Michel Mazziotta l’avait soutenu en 2014.

Avant cela, Marc Chassaubéné avait rappelé que « malgré tout, nous avons souhaité accorder notre confiance au festival des Arts burlesques dont Farid Bouabdellah s’est emparé et est devenu le directeur prestataire grâce à une nouvelle activité de promoteur de spectacles dont nous peinons à définir les contours. Le festival devient alors ArcomiK. Nous avons appris plus tard que ce n’était pas stratégique mais dû au fait qu’il n’est pas propriétaire du nom et l’utilisait de manière abusive. » Selon l’élu de la majorité, le dossier déposé chaque année posait question aux partenaires de la commission d’attribution de subventions (professionnels et programmateurs du secteur ou encore le Département lui aussi financeur) : entre pertes récurrentes, déficit structurel, propositions d’accompagnement pour réduire la voilure ignorées.

« Ce n’est pas le fait du prince »

Le système était rodé, piégeant chaque année la commission, mise devant le fait accompli.

Marc Chassabéné, adjoint à la culture

« Ce n’est pas le fait du prince, les décisions sont communes et ils partagent notre point de vue ici », assure Marc Chassaubéné qui résume : « On privatise les bénéfices, on socialise les pertes et la collectivité n’a qu’à compenser. D’autre part, le projet culturel était défaillant comme le projet social : beaucoup d’affichage, peu de réalités. Tandis que les invitations pleuvaient sans logique avec une politique tarifaire dont on ne pouvait pas discuter. On me parle d’arrêt brutal mais il faut savoir que le système était rodé, piégeant chaque année la commission, mise devant le fait accompli avec une programmation et une ouverture de la billetterie annoncées en amont de sa décision. Alors cette stratégie de victimisation, de complot politique…»

Après cette longue réponse, Saint-Etienne Demain ne lâchait pas le morceau pour autant. Passons sur les accusations, venues aussi bien de droite ou de gauche, de mépris, d’incompétence, de dogmatisme, d’ignorance ou encore de suffisance qui ont alimenté hargneusement une bonne partie des 50 minutes d’échanges auxquels pouvaient assister les Stéphanois. Tout comme les débats sur ce qui fait ou non un bon journaliste… Et revenons sur cette fameuse date de création préalable de GSM pour porter un nouveau festival reprenant le nom des Arts Burlesques avant la décision de la commission. Isabelle Dumestre insistait sur ce fait au moment de reprendre la parole, demandant ce que du coup, allait devenir ce projet.

La décision sur les Arts Burlesques en suspens

Sur ce point, Marc Chassaubéné reconnaissait s’être « ému autour de lui, auprès de plusieurs partenaires » de la situation difficile autour du festival ArcomiK. « Dans ce milieu, les choses vont vite, et les informations ont pu ainsi se diffuser. Comme des documents, pourtant, confidentiels à ce sujet sont arrivés dans les mains de la presse et les vôtres. Mais échaudé par la polémique, le porteur du nouveau projet (Simon Javelle, par ailleurs patron de C’Kel Prod et programmateur du festival Paroles et Musiques, Ndlr) n’a dévoilé ni dates, ni programmation. » Par conséquence, la commission du 21 janvier a donc suspendu sa décision sur l’attribution de ces fameuses subventions publiques.

Celles accordées jusque-là à ArcomiK s’élevaient à 54 000 € pour la Ville et 9 000 € pour Métropole. L’édition 2022 de ce festival aura d’ailleurs de toute façon bien lieu, du 16 au 26 février à Saint-Etienne mais aussi à Saint-Chamond, Le Chambon-Feugerolles et Firminy.

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