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lundi 22 avril 2024
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Carte scolaire : chaque année, le casse-tête de l’équité

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Au mois de février, la carte scolaire 2024-2025 de la Loire était dévoilée. Ainsi à la rentrée, 55 classes devraient être fermées et 52 vont ouvrir, dans un département qui perdra 568 élèves. Des arbitrages que l’inspection académique doit faire chaque année en prenant en compte divers paramètres, non sans parfois provoquer l’incompréhension des parents, et la grogne des syndicats.

A l’école Violette Maurice à La Talaudière, les parents se mobilisent contre le passage de sept à six classes. ©Camille Thizy

A la rentrée prochaine, il y aura 50 000 élèves de moins dans les écoles françaises. Les Français ont moins d’enfants, et les écoles ont donc moins d’élèves. Et la Loire n’échappe pas à la tendance. Il y a quelques semaines, les contours de la carte scolaire 2024-2025 étaient dévoilés, avec sa présentation au Conseil départemental de l’Éducation nationale. A la suite de cela, plusieurs voix se sont élevées côté parents et syndicats, pour dénoncer la fermeture de classes sur le territoire. Alors qui décide et comment ?

Une pièce en trois actes

Pour le comprendre, nous avons rencontré Thierry Dickelé, inspecteur académique de la Loire, qui a accepté de nous expliquer comment était établie la carte scolaire. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de données chiffrées. « C’est un processus qui s’étale de la rentrée scolaire, jusqu’à la suivante. A la rentrée N-1, vous avez un constat d’effectifs qui nous dit là où sont les élèves, puis une préparation de la rentrée scolaire qui se fait en trois temps. Une partie avec les collectivités locales, les inspecteurs, les directeurs d’écoles, pour envisager le nombre d’élèves qui seront présents à la rentrée suivante. Puis un travail technique et quantitatif, pour savoir ce qu’on doit ouvrir et fermer au moment des instances qui se concluent par le CDEN (Comité départemental de l’Education nationale, Ndlr) au mois de février, et une régulation au mois de juin qui confirme ou infirme les effectifs d’un certain nombre d’écoles et fait les quelques ajustements nécessaires. ». Pour Thierry Dickelé, l’idée est qu’élèves, enseignants, directeurs, maires… chacun sache ce qu’il en sera à la rentrée au moment où il part en congés.

Perte d’élèves

Le dernier temps se déroule lors de la rentrée scolaire même, avec la particularité qu’il ne se décide aucune fermeture de classe à ce moment de l’année, même si les élèves manquent. « Si deux ou trois familles quittent la commune et qu’il y a sept ou huit élèves de moins, on ne ferme pas, on retravaille cela pour l’année suivante. En revanche, avec sept ou huit élèves de plus, on fait une ouverture. Le processus se termine avec le constat fin septembre, et on reprend pour l’année suivante ». Néanmoins, la Loire perd des élèves. A la rentrée 2024, ils seront 568 de moins dans les classes ligériennes du premier degré, après une perte de 774 élèves l’année précédente.

Malgré cela, aucun poste n’a été perdu dans la Loire, mais il a fallu faire des ajustements… Au total, 55 classes fermeront leurs portes à la rentrée et 52 ouvriront.  « Sur la Loire, si on prend tout le centre, on a une perte d’élèves et un tissu d’écoles fragiles. Quand bien même, nous ne fermons pas les classes que nous pourrions quantitativement fermer. A titre d’exemple, sur le centre Loire, c’est 9,5 postes qui ont été préservés, et 7 l’année dernière, pour offrir une meilleure qualité d’enseignement ». Car le nerf de la guerre est bien là.

©Camille Thizy

En équilibre

« On oscille sans arrêt, pour maintenir une équité territoriale, sur l’ensemble du département, qui compte quand même 466 écoles, développe l’inspecteur académique de la Loire. Il faut toujours trouver un équilibre entre petites et grandes écoles, entre milieu urbain et rural ». A l’échelle du pays, la Loire s’en sort bien, et ferait même partie des départements privilégiés. Pour Nicolas Coudroy, professeur des écoles, représentant du Snudi FO, il s’agit pourtant de l’arbre qui cache la forêt. Pour lui, le combat ne se joue pas au niveau local, puisqu’il concède que le dialogue avec la Direction des services départementaux de l’éducation nationale de La Loire est globalement fluide, et que les moyens dont elle dispose sont contraints par les budgets académiques et nationaux.

« La baisse démographique profite à leur politique. Elle permet un désengagement faible de la puissance publique qui ne se verra pas trop, voire passera comme une amélioration dans certains cas, précise-t-il. Mais qui cache aussi un large désinvestissement dans le même temps sur des segments plus discrets tel que l’inclusion, le remplacement des enseignants, les lycées professionnels… Dans la facture globale, à la fin, ça baisse. Avec des groupes de niveaux qui sont antagonistes avec le concept d’inclusion ».

L’arbre qui cache la forêt ?

Des ajustements qui auront lieu au mois de juin, il n’attend plus grand-chose. « Inévitablement, si on ouvre quelque part, on ferme ailleurs, donc difficile d’en attendre quelque chose, ou peut-être sur les listes complémentaires, lance-t-il. C’est sur les publics fragiles qu’il y a un désinvestissement. La proportion des élèves handicapés a été multipliée par 10 ces dernières années. Or, le nombre de places en IME est resté parfaitement constant. Il n’est donc plus rare de trouver des élèves polyhandicapés à l’école. Ils sont certes accompagnés au mieux, mais c’est d’une grande violence pour tous ».

Quant à l’avenir, il ne le voit pas d’un bon œil non plus, depuis l’annonce faite par Bruno Le Maire de réaliser 10 milliards d’euros d’économies sur la dépense publique. « Cela se décline concrètement par des coupes impactant très fortement l’Education nationale avec – 692 millions sur l’ensemble des postes ». Du côté des parents d’élèves, on a du mal à entendre certains choix. Qu’ils soient de La Talaudière, de Sury-le-Comtal, ou encore de Saint-Jean-Bonnefonds, nombre d’entre eux nous ont contacté pour nous communiquer leurs revendications et leurs actions. Avec certains arguments que nous avons soumis directement à l’inspecteur académique.

Il y a une équité républicaine que je dois faire respecter sur le département et j’y tiens fortement.

Thierry Dickelé, inspecteur académique de la Loire.

Penser équité

En effet, des parents nous ont exposé le cas de logements sociaux en construction sur une commune et qui devraient sensiblement augmenter la population d’élèves. « Malheureusement, nous sommes obligés de regarder cela quand les élèves arrivent, répond Thierry Dickelé. Nous ne maîtrisons pas en amont quelles familles vont arriver. Cela s’est passé l’année dernière, dans une commune où 38 élèves sont arrivés. Et bien nous avons ouvert les classes afférentes à la rentrée. Et si les effectifs augmentent dans l’année scolaire, nous mettons un renfort supplémentaire. Mais les compter avant serait complexe car on n’est pas toujours sûrs que cela se réalise. Et si ça ne se réalise pas, ce sera un endroit où l’on a mis un poste alors qu’un autre en aurait eu besoin ». Il assure comprendre les familles, mais leur demande d’attendre le mois de juin pour ce type d’ajustements. Par ailleurs, il doit avoir une vision à une échelle plus large.

5,79 professeurs pour 100 élèves

« Il y a une équité républicaine que je dois faire respecter sur le département et j’y tiens fortement. Si des élèves ne sont pas au rendez-vous en septembre, et que je ne fais pas de fermeture comme je l’ai dit, ils seront en moyenne 17 par classe. Mais il faudra ajuster l’année suivante et ils seront 23 ou 24. Les parents diront que c’étaient mieux à 17, et je le comprends ! Mais en même temps, cette classe que je récupère, je la mets dans un autre endroit ».

Dans la Loire, il précise essayer de ne pas dépasser les 27 voire 28 élèves par classe, mais regarde davantage le taux d’encadrement qui relate le nombre de professeurs pour 100 élèves. Sur six ans, le département a perdu 3 104 élèves passant de 60 227, à 57 123. Dans la même période, le taux d’encadrement est passé de 5,47 enseignants pour 100 élèves, à 5,79 pour la rentrée prochaine. Peut-être jusqu’à ce que Bruno Le Maire en décide autrement…

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