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RTE va fermer son site de Roanne : des salariés de la Loire sous haute tension

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Soufflant depuis l’Ouest, un mouvement national de grève au sein de Réseau de transport de l’électricité (RTE) portant sur des revendications salariales a atteint la Loire en avril. S’y ajoute pour le « Groupe maintenance réseaux du Forez Velay », basé à Saint-Etienne, 75 salariés, la fermeture d’une antenne à Roanne qui devrait pousser cette grogne menée par la CGT à se durcir dans le département et retarder des chantiers de maintenance. Explications.  

Des salariés du site votant la reconduction de la grève le 5 mai dans le cadre d’une AG. Photo transmise par la CGT.

« Une insulte ». Voilà comment la CGT dit avoir vécu l’augmentation de 0,3 % octroyée au niveau national en 2022 « quand l’inflation a atteint 4,8 % sur un an en avril ». Aux yeux du syndicat, le gel, depuis 10 ans, du salaire national de base des industries électriques et gazières a « dévalorisé les métiers hautement qualifiés qui assurent la fiabilité du réseau électrique français ». Créé en 2000 puis devenue filiale d’EDF (qui a 50,1 % des parts), transformé en société anonyme en 2005 (à capitaux publics majoritaires), dans le cadre du processus européen de séparation de l’exploitation et de production de l’électricité en France, Réseau de transport de l’électricité (RTE) est le gestionnaire responsable du réseau public de transport d’électricité haute tension – plus de 50 000 volts – en France métropolitaine.    

Malgré 397 M€ de dividendes, « des embauches trop près du Smic »

La société est actuellement touchée par une grève nationale partielle lancée fin février parmi les salariés de la maintenance de l’Ouest et depuis étendue à toutes les régions. C’est le cas au sein du « Groupe maintenance réseaux du Forez Velay » depuis le 4 avril. « Les bas salaires de l’entreprise, embauchés à peine au-dessus du Smic, revendiquent le maintien de leur pouvoir d’achat et la reconnaissance de leur niveau de technicité », argue la CGT qui se dit seul syndicat présent sur le site. Or, pour la CGT, RTE a largement les moyens de répondre aux revendications. Selon le syndicat, le résultat net de l’entreprise aurait augmenté de 27 % en 2021 à hauteur de 661 M€. Les actionnaires – Caisse des Dépôts et Consignation, CNP Paribas, EDF – ont encaissé 397 M€ de dividendes cette année.

75 salariés environ sont rattachés au Groupe maintenance réseaux du Forez Velay dont le principal site est implanté à Saint-Etienne, au bord de la RN88, aux installations très visibles 5 rue Nicephore-Niepce (cf. photo ci-dessous). Mais il compte aussi des antennes au Puy-en-Velay et jusque-là, à Roanne, pour des interventions les plus rapides possibles sur leurs secteurs respectifs. Or RTE va fermer le site roannais où travaillent quatre personnes, annonce la CGT. Inacceptable pour les représentants du personnel et élus du syndicat contactés par If Saint-Etienne. « Notre mouvement consistait à deux heures et demie de grève chaque jour et était suivi en moyenne à 22 %. La semaine dernière, nous avons suivi une action régionale qui a mobilisé sur huit heures 45 % de grévistes à Saint-Etienne. Mais avec la reconduction votée le 5 mai, nous allons durcir le mouvement. Cela va entraîner davantage de retards de chantiers de maintenance. »

« Un service public est une fois de plus menacé »

C’est aberrant. On fera forcément moins vite, moins bien depuis Saint-Etienne et Lyon.

Un représentant CGT Loire de RTE

Selon le CGT, « le lancement du processus de privatisation depuis 2004 a considérablement réduit nos effectifs. Nous avons depuis perdu une trentaine de postes et rien ne le compense. La direction estimait sans doute que ces quatre personnes n’avaient rien à faire ! Sauf que la présence d’une antenne permet une intervention rapide. C’est aberrant. Roanne est au centre de son territoire et permet de se rendre sur le lieu d’un dépannage sous 30 min. On fera forcément moins vite, moins bien depuis Saint-Etienne et Lyon qui va récupérer, au passage, la gestion de 5 des 30 postes électriques concernés. C’est aussi, des risques accrus pour l’environnement quand il s’agit d’intervenir sur nos disjoncteurs à huile ou à gaz défaillants. Bref, c’est un service public qui est une fois de plus menacé. »

Le syndicat précise cependant que les quatre emplois en questions ne seront pas supprimés, mais transférés : un à l’antenne du Puy du groupe Forez-Velay  (qui comptait jusque-là 8 personnes), un autre du côté de Lyon et deux à Saint-Etienne. Mais « en récupérant la gestion du poste d’Echalas (Pilat rhodanien, Ndlr) qui nous avait enlevé en 2004 », précise Guillaume Delorme qui ajoute : « Sur ces quatre collègues roannais, deux sont proches de la retraite, les deux autres qui ont une famille seront mutés avec une prime très insuffisante au regard de ce bouleversement de vie que cela induit. »

« Les conditions salariales chez RTE sont favorables »

Contactée par If pour donner sa ligne sur le conflit, la direction régionale de RTE constate que les revendications liées à ce mouvement sont à la fois nationales et locales. Pour les secondes, « elles ont été traitées au niveau local et des avancées ont eu lieu en fonction des sites : le pourvoi d’emplois actuellement vacants ou supplémentaires, des dispositions relatives à des outils électroportatifs et véhicules, la mise en place de restauration collective sur les sites qui n’en disposaient pas, et différents aspects logistiques. »  Les autres revendications, étant « axées sur la question du pouvoir d’achat, qui est nationale et dépasse le cadre de RTE, doivent être traitées au niveau de la branche des Industries électriques et gazières (IEG). Trois réunions nationales ont déjà eu lieu et le dialogue se poursuit. »

RTE Aura ajoute : « Lors des réunions précédentes, la direction a rappelé aux délégués syndicaux qu’une nouvelle grille de classification/rémunération de branche pour toutes les IEG (Industries électriques et gazières) est en cours de négociation et que les conditions salariales chez RTE sont favorables. » Elle précise que le salaire minimal d’embauche est 18 % au-dessus du Smic. Par ailleurs, « quasiment la totalité des salariés (97 %) a vu sa rémunération augmenter au-delà de l’inflation au cours des 5 dernières années ». Elle assure, enfin que malgré la grève, « les activités essentielles pour garantir l’alimentation électrique et empêcher tout risque de coupure continuent d’être assurées, conformément à notre devoir de service public ».

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