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dimanche 26 mai 2024
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Saint-Chamond devient la 4e collectivité française à parrainer un soldat arménien prisonnier

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La Ville, connue pour sa communauté d’origine arménienne, a décidé d’apposer officiellement sa signature à la démarche lancée au printemps par trois ONG. Un dispositif destiné à sensibiliser l’opinion publique sur le sort de soldats arméniens détenus par l’Azerbaïdjan depuis la guerre de 2020 dans l’Artsakh (ou Haut-Karabagh). En dépit, affirment ses initiateurs, des accords de cessez-le-feu et du Droit international.

Hilda Tchoboian (ONG Covcas), Hervé Reynaud et Nariné Nikolyan (consul général d’Arménie en France) devant le portrait du soldat Hrayr Tadevosyan. ©If Média/Xavier Alix

Il s’appelle Hrayr Tadevosyan. Il a 27 ans dont bientôt 3 dans les geôles azéries. Mais il en parait désormais 60 selon son père, à la vue des dernières images parvenues de lui… Condamné à 6 ans de prison, il est considéré comme un terroriste par le pouvoir azerbaïdjanais, à l’instar de 37 autres Arméniens selon les derniers chiffres*, essentiellement des militaires de la République autoproclamée d’Artsakh (autrement appelé Haut-Karabagh). Cette région était encore peuplée à 94 % par les Arméniens il y a une centaine d’années, lorsqu’elle fut attribuée à l’Azerbaïdjan, plutôt qu’à l’Arménie voisine par les découpages arbitraires de la dictature communiste soviétique. Les territoires des deux états actuels ont été pendant 60 ans sous la coupe de l’impérialisme ayant façonné l’URSS. A son éclatement, le Haut-Karabagh se proclame indépendant et s’enchaîne alors immédiatement un conflit avec l’armée d’une Azerbaïdjan, devenue indépendante, comme sa voisine de l’Arménie. Le cessez-le-feu de 1994 ne règlera rien.

La guerre perd son statut plus ou moins larvé à l’automne 2020 avec, cette fois, un net succès de Bakou, autrement plus puissante – et soutenue – que 26 ans auparavant… La République d’Artsakh perd 70 % des territoires qu’elle contrôlait entre 1991 et 2020. Une guerre de 44 jours à « l’issue » de laquelle une déclaration tripartite de cessez-le-feu a été signée entre les présidents azéri, russe et le Premier ministre arménien (l’Arménie étant naturellement derrière Artsakh) censé être un préalable à un accord de paix définitif. Accord prévoyant un échange de prisonniers de guerre. Selon les trois ONG pro-arméniennes – Centre Covcas pour le droit et la résolution des conflits, Hyestart et l’Observatoire d’arménophobie – qui ont lancé la campagne Libertas 2020, « tous les prisonniers de guerre azerbaïdjannais ont été restitués » par l’Arménie alors que « l’Azerbaïdjan a délibérément interrompu la restitution des prisonniers restants ».

Saint-Chamond rejoint Lyon, Valence et Bourg-lès-Valence

« Sous accusation de terrorisme, il s’agit de faire d’eux un objet de chantage », assurait une fois de plus, cette fois dans les murs de l’hôtel de ville de Saint-Chamond, Hilda Tchoboian, militante des droits de l’Homme (qui fut aussi conseillère régionale PS de 2011 à 2015) française d’origine arménienne, présidente du Centre Covcas pour le droit et la résolution des conflits. Son ONG basée à Meyzieu dans le Rhône a lancé au printemps 2023 la campagne Libertas 2020 aux côtés de deux autres – Hyestart et l’Observatoire d’arménophobie – afin de mettre en lumière le sort de ces détenus, parfois condamnés à 20 ans de prison. « Non seulement, ils sont faussement accusés, parfois même été enlevés après le cessez-le-feu, y compris en plein territoire arménien et jusque dans des véhicules de la Croix Rouge, mais il y a aussi le traitement inhumain qui leur est réservé, ajoute Hilda Tchoboian. Le Droit international, la Convention de Genève ne sont pas respectés. Ces prisonniers ont été d’abord livrés au lynchage de la foule, torturés ensuite pour obtenir de faux aveux puis condamnés et maltraités encore dans leur détention actuelle… Du moins pour les survivants. Des dizaines d’autres sont portés disparus et on est sans nouvelle d’eux… »

A gauche, le père de l’Eglise apostolique de Saint-Étienne, à droite, à côté du drapeau de la République d’Artsakh, le père Rafaël Chekifian de l’église catholique arménienne de Saint-Chamond. ©If Média/Xavier Alix

Estimant les grandes ONG désespérément indifférentes et attentistes, Amnesty international en tête, celle d’Hilda Tchoboian et les deux autres citées tentent d’attirer l’attention de l’opinion publique sur ces prisonniers, réclamant leur libération immédiate. La campagne Libertas 2020 propose ainsi aux collectivités locales françaises d’officiellement parrainer individuellement des prisonniers. Pour le symbole certes mais, bien au-delà du vœu pieux, pour les engager à communiquer activement en affichant clairement et régulièrement ce soutien, en plaidant leur cause, en échangeant avec la famille du détenu parrainé et, enfin, en apportant une aide matérielle. Si la campagne trouve des échos en Ecosse, une douzaine de collectivités française a ainsi émis des avis favorables, voire officiellement délibéré à ce sujet dont la Ville de Paris, la Région Aura ou encore la Ville de Vienne. Quatre ont officiellement signé une attestation de parrainage : les municipalités de Lyon, Valence, Bourg-lès-Valence et, depuis, lundi donc Saint-Chamond.

Un vœu voté le 15 mai gênant ?

Dans la salle du conseil de Saint-Chamond. ©If Média/Xavier Alix

Il y a un siècle, la ville a vu l’implantation de nombreux Arméniens, rescapés du génocide perpétré par le gouvernement des Jeunes turcs à partir de 1915. Elle est même le siège d’une paroisse catholique arménienne tandis que Saint-Etienne compte une Eglise apostolique arménienne. Leurs deux prêtres étaient d’ailleurs présents lundis à Saint-Chamond pour la cérémonie officielle de signature du parrainage d’Hrayr Tadevosyan. Nariné Nikolyan, consul général d’Arménie en France mais aussi Hovhannès Guévorkian, représentant en France de la République d’Artsakh ainsi que des membres des associations arméniennes couramiaudes et stéphanoises fédérées par le « Comité du 24 avril ». C’est lui qui a invité le maire de Saint-Chamond Hervé Reynaud, lors de la dernière cérémonie hommage au génocide arménien en avril dernier, à s’inscrire dans la démarche. Proposition immédiatement retenue ce jour-là dans la réponse du maire. Le 15 mai, un vœu était voté en sens en conseil municipal de Saint-Chamond proposé non par la majorité mais par… Isabelle Surply, élue d’opposition, ex-RN et désormais zemmouriste. Elle revendique aujourd’hui la paternité de la réponse favorable saint-chamonaise sur les réseaux sociaux.

L’engagement politique d’Hervé est sincère, sans le moindre doute et craintes de pression quelle qu’elle soit si tant est qu’elles existent.

Aline Mouseghian, adjoint municipale de Saint-Chamond

De quoi créer, fatalement, un malaise au sein de l’exécutif municipal couramiaud ? « L’engagement politique d’Hervé est sincère, sans le moindre doute et craintes de pression quelle qu’elle soit si tant est qu’elles existent », entend trancher net son adjointe Aline Mouseghian, bien sûr, elle-même comme l’indique son nom, descendante de réfugiés arméniens rescapés du génocide. « Notre équipe a voté un rapport en 2015 sur le génocide puis une subvention de 20 000 € pour acheminer des convois humanitaires sur place en 2020 (malgré les accords de novembre 2020, le couloir d’accès au Haut-Karabagh depuis l’Arménie fait l’objet d’un blocus que subissent 120 000 habitants arméniens refusant de quitter leurs terres, Ndlr), argue-t-elle encore. Quand Isabelle Surply propose ce vœu pour se mettre en avant, si ce n’est pour monter localement les gens les uns contre les autres, nous étions déjà au travail avec Covcas. On ne l’avait pas attendue comme nous lui avions indiqué par mail. » A 4 500 km de ces petites polémique, Hrayr Tadevosyan, lui, attend et souffre toujours dans sa prison.

*Le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) avait auparavant confirmé le chiffre de 33 prisonniers.

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