Saint-Étienne
mardi 6 décembre 2022
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Secteur lucratif : ces aides à domicile témoignent

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Ce n’est pas le volet 2 de notre dossier sur le salaire des aides à domicile mais un prolongement qui donne la parole à deux salariées du privé dit lucratif. Selon la CGT, environ 50 % des effectifs des aides à domicile travaillent dans la Loire pour le secteur lucratif non conventionné ne bénéficiant pas des hausses de salaire cadrées annoncées par les pouvoirs publics il y a un an (mais qui ont pu en obtenir parallèlement avec leurs employeurs respectifs). Leurs conditions de travail y seraient encore plus difficiles selon le syndicat. Deux salariées témoignent.

Elles aiment leur métier et sa proximité humaine mais parlent de leur ras-le-bol. Photo d’illustration.

Elle préfère qu’on lui donne un prénom d’emprunt. Mais si ses craintes ne sont pas évanouies, cette aide à domicile stéphanoise que nous appellerons donc « Sylviane », la cinquantaine, en a suffisamment ras-le-bol pour parler quand même. Ex-aide-soignante en gériatrie, elle a rejoint la profession en 2018, travaillant pour Petits-fils, réseau privé mandataire de services à la personne. Cela signifie que l’employeur n’est pas Petits-fils mais le ou les particuliers employeurs chez qui l’aide à domicile (ou d’autres professionnels du réseau) intervient.

« J’ai quitté mon ancien poste au sein d’un établissement appartenant à l’Ordre de Malte en raison d’un changement de direction. Le précédent directeur était humain tout en étant efficace, proche de nous et des résidents. Mais son successeur a effectué un management agressif, de gestionnaire avec des exigences de cadencement et de rentabilité qui ne me convenaient pas, pas plus qu’au bien-être des résidents d’ailleurs. » Soucieuse d’être plus indépendante mais peu à l’aise avec la gestion, Sylviane a opté pour Petits-fils, réseau en pleine expansion dont on entend beaucoup les publicités et qui donc, fait l’intermédiaire entre client et prestataire. Mais au bout de 3 ans et demi de collaboration, l’aide à domicile a beau « aimer son métier », elle estime que le rapport est loin d’être équitable.

« Ils refusent que l’on se rencontre entre aides à domicile »

« Je fais 29 h par semaine. Mais en réalité, c’est plus 34 avec le jeu des déplacements non pris en compte. Et si la personne est finalement absente, vous perdez la rémunération. D’ailleurs, dans ces conditions, je ne me permets pas plus que deux semaines et demie de vacances. Nous touchons 11,46 € bruts de l’heure en semaine quand Petit-fils facture 25 ou 26 €. Je trouve que c’est beaucoup pour faire juste l’intermédiaire même si on devait avoir une augmentation, aux dernières nouvelles, à 13 € et de brouettes incluant une prime Covid. Les clients comprenant que ce sont eux qui nous emploient sont rares. Mais ils peuvent quand même nous licencier du jour au lendemain, nous faisant perdre brusquement des heures. Ça vient d’ailleurs de m’arriver avec une des personnes âgées. On a ainsi aucune visibilité, aucune assurance. »

Et Sylviane de lister ce qui ne va pas pour elle : « Pas de tenues fournies, ni de visite médicale, pas de pause méridienne garantie, des nuits de 12 h passées chez les clients payées 4. Et puis, ils refusent que l’on se rencontre entre aides à domicile pour communiquer. Ce qui n’est pas très pertinent quand vous êtes malade et qu’il faut donner des informations essentielles à votre remplaçante sur la personne qu’elle va visiter. Je pense qu’ils ont trop peur que l’on s’entende pour revendiquer de meilleures conditions. »

« Tous les droits sont pour les employeurs »

Marie Mahé, elle, n’a pas peur de parler en son nom. Elle aussi aime son métier. C’est parce qu’elle a subi elle-même la dépendance – elle a été elle-même paralysée quelque temps à la suite d’un accident en 2000 – que cette ancienne assistante de direction a rejoint la profession. Elle est salariée de Domaliance (du groupe A2micile qui compte aussi les marques Azaé et Proprement dit) et dépend de la convention « 3370 ». Âgée de 61 ans, malgré une santé déclinante, elle doit encore travailler mais se sent à bout : « Avec cette convention, tous les droits sont pour les employeurs et certainement pas aux salariés. Mais pas grand monde ne râle côtés employés. Je pense que tout le monde a peur, en général. » Marie Mahé se sent corvéable à merci et peu soutenue malgré sa dévotion pour 10,67 € bruts de l’heure.

« J’ai été notamment victime d’un accident sur le trajet qui me menait chez un client. Mais derrière, les déclarations n’ont pas été faites correctement et je me suis retrouvée avec des grosses difficultés financières pour payer les soins derrière. Je me suis pourtant montrée souvent très volontaire. Mais là, vous dépannez un jour de congé et on ne vous donne pas un repos compensatoire. Ici, vous vous retrouvez à devoir faire 60 heures par semaine tout l’été parce qu’il manque trop de monde, sans considérations, notamment au niveau des trajets. Il faut savoir que s’il y a plus d’une heure d’espace entre deux interventions, le trajet entre les deux n’est pas payé. Le remboursement, c’est 0,40 € par km. J’ai calculé que sur un mois d’été très dense, j’ai fait 418 km, ce qui a fait en réalité 0,27 € par km. »

Malgré nos sollicitations, nous n’avons pas obtenu un échange avec Petits-fils et Domaliance.

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