Saint-Étienne
lundi 15 août 2022
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Sans solidarité intercommunale, ces communes de la Loire n’auraient plus d’eau au robinet

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Si leurs robinets coulent encore, c’est que des camions citernes ravitaillent leurs réserves. Il y aurait environ une dizaine de communes ayant plongé ou proches de plonger dans cette situation dans la Loire selon l’ARS (Agence régionale de la santé). Il s’agit de villages situés en hauteur et dont les réserves d’alimentation en eau potable souvent très spécifiques sont épuisées ou finissent de s’épuiser. Loire Forez explique ainsi déjà livrer de l’eau par camions à plusieurs communes et d’autres au nord de son territoire par ses réseaux…

Espérons que cela reste exceptionnel. Hélas, le beau temps reste désespérément au programme de Météo France et la sécheresse actuelle qui risque, hélas aussi, de n’avoir rien d’historique, va persister. Alors plus que jamais, il convient de respecter, chacun à son niveau, les restrictions d’usage qu’impose le dernier arrêté préfectoral. Cela avant que l’on se réveille un beau matin avec l’eau du robinet coupée. Impossible ? Si l’ARS (Agence régionale de santé) lors d’un point presse le 25 juillet se voulait plutôt rassurante vis-à-vis des réserves des grands barrages alimentant les zones de la Loire les plus densément peuplées, interrogée sur les pénuries d’eau potable, elle répondait que des pénuries touchaient, en revanche, une dizaine de communes environ situées sur des hauteurs du département : « dans le Pilat, les Monts du Forez, les Monts du Lyonnais ».

L’ARS nous précisant alors : « On ne connaît pas le nombre exact car les collectivités (il s’agit des intercommunalités souvent qui ont désormais la main dans ce domaine, sinon de syndicats qui en dépendent) sont bien plus expérimentées qu’en 2003 dans ce domaine et s’adressent moins systématiquement à nous. Les communes concernées sont situées à des sommets et alimentées en eau potable par des réserves très spécifiques, des poches situées entre des roches granitiques et désormais épuisées… ». Une semaine plus tard, nous ne sommes pas parvenus à obtenir la liste exhaustive des communes dans cette situation auprès de l’ARS qui tout en précisant qu’il n’y aurait pas de nouveautés à sa connaissance confirme « des situations tendues » du côté des Monts du Forez, de Saint-Julien-Molin-Molette, Bourg-Argental et Colombier pour ce qui est du Pilat.

Environ 4 000 habitants de Loire Forez ravitaillés par camion

Mais aussi de Belmont-de-la-Loire, dans le nord-est du Roannais (Charlieu-Belmont communauté). Le terme de « situations tendues » ne signifie pas encore qu’il faut systématiquement alimenter ces communes par camions citernes. Ce n’est pas encore le cas mais ce serait déjà envisagé et même anticipé, selon nos confrères de TL7, pour fin août sur Saint-Julien-Molin-Molette, 1 200 habitants déjà aidés par le déblocage d’une source du village voisin de Colombier, sur ses hauteurs. En revanche, dans les Monts du Forez, le sud du massif plus précisément, les citernes de secours sont déjà venues. Le 25 juillet, l’agglomération Loire Forez a annoncé avoir commencé à ravitailler par camions des villages de cette zone situés sur son territoire. Il s’agit des communes d’Estivareilles, Luriecq et – indirectement – de Chenereilles et Marols alimentées par les deux premières citées, toutes voisines et situées dans le sud-ouest des Monts du Forez. S’y ajoute Margerie-Chantagret un peu plus au nord. Soit près de 4 000 habitants.

Le Massif central est réputé pour être le château de la France. Et bien ce château d’eau est vide.

Patrice Couchaud 8e vice-président délégué à l’eau de Loire Forez.

« Nous avons livré la semaine dernière (autour du 20 juillet, Ndlr) 60 m3 d’eau potable issue du canal du Forez à chacune des trois communes possédant des châteaux d’eau qui ne sont plus alimentées et qui leur sont propres, indique à If Saint-Etienne Patrice Couchaud 8e vice-président délégué à l’eau. Leurs châteaux d’eau sont de nos jours surveillés numériquement, à distance par télégestion, donc en temps réel. Nous avons donc pu nous apercevoir immédiatement de leur situation et anticiper. Mais effectivement, sans ces livraisons, elles n’auraient sans doute plus d’eau au robinet. Il est très probable qu’il faille recommencer la semaine qui vient (celle actuelle donc, cet entretien ayant eu lieu vendredi 29 juillet après-midi, Ndlr)… » Loire Forez qui compte 87 communes sur son territoire produit 5,08 millions de m3 d’eau potable pour 81 d’entre elles. L’essentiel de sa population – 112 000 habitants –, des entreprises et des agricultures dépendent du canal du Forez (dont l’eau est potabilisée à Montbrison) ou sinon des zones alluviales de la Loire via une usine de traitement située à Bonson.

« La situation est pire qu’en 2003 »

Reste un achat d’eau conventionné avec Saint-Etienne Métropole, certes marginal sur l’ensemble mais tout de même de 240 000 m3 d’eau annuels, et plus de 150 réserves très spécifiques comme celles décrites plus haut ou sinon issues de tourbières. D’autres communes déconnectées des réseaux principaux pourraient donc se retrouver dans une situation de pénurie. Même si ces réseaux – environ 2 400 km cumulés – et donc leur interconnexion ont tendance à s’étendre tout comme une rentabilité qui s’améliore petit à petit : elle est actuellement de 73 % en moyenne (cela signifie que 27 % est gaspillé en fuites). « On espère atteindre, à terme, les 83-85 % à partir de la situation hétérogène dont nous avons héritée variant de 23 % (!) à 95 %. Rappelons que nous avons récupéré la compétence eau potable en 2020 avec une myriade de modes de gestion et de contrats différents que nous allons progressivement harmoniserl’instar de Saint-Etienne Métropole). Les gens doivent bien comprendre que si on investit autant pour faire tous ces travaux, ce n’est pas pour rien. Alors, certes, ça un coût… »

Mais derrière une utilité que la situation actuelle rend évidente. D’ailleurs, l’interconnexion des réseaux évite aussi une situation de pénurie d’eau potable pour les collectivités encore membres du syndicat de la Bombarde dont quelques communes, situées à la marge nord de Loire Forez étaient adhérentes avant la prise de compétence de Loire Forez. Celles qui le sont encore sont des municipalités du Pays d’Urfé et Vals d’Aix et d’Isable, dans le sud-ouest du Roannais ainsi que deux de Forez Est (Nervieux, Mizérieux). Là, « ce sont 900 m3 quotidiens que nous leur livrons via les réseaux par solidarité, explique Patrice Couchaud. Il faut bien avoir conscience que la situation est pire que l’été 2003 où il était tombé bien davantage de neige et de pluie l’hiver précédant. Le Massif central est réputé pour être le château de la France. Et bien ce château d’eau est vide… »

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