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dimanche 25 février 2024
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Casino compte regagner de l’argent en France après 2025

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Le groupe Casino a mis à jour, ce mercredi, ses prévisions 2023 ainsi que son plan d’affaires 2024-2028 sur le périmètre France. Plus lent que les prévisions données il y a deux mois, le redressement de ses ventes, effectivement positives pour ses supermarchés, encore négatives pour ses hypers malgré une trajectoire désormais encourageante, reste « en cours ». Si l’Ebitda* sera négatif en 2023, il doit redevenir positif en 2024. Mais pas de résultats nets positifs à prévoir avant 2026.

*Bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement

Il faudra encore patienter pour voir les ventes des hypers de Casino repartirent à la hausse mais l’inflexion est là. ©If Média/Xavier Alix

Certes, le recul des ventes au sein de ses hypermarchés français se poursuit chez Casino. Mais dans une ampleur bien moindre qu’en début d’année. Fin mars-début avril 2023, le recul sur « la semaine 13 » de l’année 2023 comparée à celle de 2022 du trafic clients et des volumes pour sa soixantaine d’hypers était de – 19 % pour le trafic client et – 32 % pour les volumes écoulés. Contre respectivement – 3 et – 12 % la semaine dernière (« semaine 46 » du 13 au 18 novembre derniers) par comparaison à la semaine 46 de 2022. « L’inflexion », comme dit Casino reste donc d’actualité. Côté supermarchés, là, ça va franchement mieux. Le redressement du trafic et des volumes en France se poursuit avec + 10 % en trafic clients et + 7 % en volumes sur la dernière semaine par rapport à 2022. A l’issue du premier trimestre 2023, au niveau des supermarchés aussi le recul était catastrophique en semaine 13 avec -10 % de trafic clients et – 24 % de volumes.  

Aussi liée à un changement de politique sur ses prix, cette évolution des courbes du chiffre d’affaires de Distribution Casino France est plus lente que prévu par rapport aux prévisions affichées en septembre. Ce qui explique en ajoutant « des impacts, sur le taux de marge de DCF, des investissements prix nécessaires dans le contexte de marché actuel pour poursuivre le redressement de l’activité (entendre contexte de guerre des prix et des promos dans la grande distribution) » la révision des prévisions d’Ebitda (après loyers payés) de 2023 à 2028. Et plus largement du plan d’affaires 2024-2028 publié le 20 septembre donc aussi de l’évolution du Free cash-flow (FCF), ou « flux de trésorerie disponible ». Indicateur de performance économique essentiel qui correspond au montant de trésorerie générée restante une fois les investissements nécessaires à son développement payés. « Au vu des résultats du 3e trimestre et des tendances observées à date au 4e trimestre, le groupe estime que son Ebitda* 2023 après loyers serait compris entre – 140 M€ et – 78 M€ en fonction de la bonne réalisation des plans d’actions », précise Casino dans sa dernière communication financière.

Pas de problème de liquidité immédiat

Documents transmis par la communication financière de Casino.

Le FCF (hors financements opérationnels et dette fiscale et sociale) serait toutefois à un abyssal – 1,442 Md€ en 2023 dans un scenario médian d’Ebitda à – 100 M€. « En tenant compte de la nouvelle trajectoire 2023, du maintien du crédit fournisseur et des produits de cession attendus de la vente d’Exito », Casino n’anticipe pas, « sur la base des prévisions revues par les cabinets Accuracy et Advancy », de problème de liquidité d’ici à la date de réalisation de la restructuration financière devrant intervenir au plus tard à la fin du 1er trimestre 2024. Tout en rappelant que « la mise en œuvre des augmentations de capital prévues par cette restructuration financière entraînera une dilution massive des actionnaires existants et Rallye perdra le contrôle de Casino ». L’évolution de son actionnariat qui, avec ses fortes difficultés, occupe intensément son champ d’actualité depuis bientôt un an, doit bien sûr amener de l’argent frais. D’où un FCF dont le déficit doit tomber, selon les plans et leur dernière mise à jour, à – 610 M€ en 2024 (- 461 M€ lors des prévisions publiées le 20 septembre) puis – 173 M€ en 2025 (- 85 M€ en septembre). Il est espéré positif en 2028 à + 271 M€ à l’issue du prochain plan d’affaires triennal. D’une manière plus franche qu’estimé en septembre où Casino tablait sur un FCF à + 175 M€.  

Ce qui signifie que Casino compte recommencer à regagner de l’argent sur ses activités en France après 2025. Mais ces prévisions s’appuient, entre autres (les coûts de restructuration, APCO, doivent par exemple logiquement diminuer année après année), sur un redressement optimiste de l’Ebitda qui ne se base pas seulement sur ses ventes mais aussi sur une rentabilité accrue via ses chantiers stratégiques internes. Optimiste donc, voire, spectaculaire même avec un Ebitda + 222 M€ en 2024, + 509 M€ en 2025, + 912 M€ en 2028 ! Dont + 175 M€ pour Distribution Casino France à elle seule (hypers et supers), entité qui ne recouvre pas Monoprix, Franprix ou encore Cdiscount. En espérant aussi, mais c’est valable pour tout le monde, qu’une énième crise internationale ne vienne pas perturber la consommation sur les 5 ans à venir. Bien que vite passée, cette période représente une éternité dans le monde politico-économique actuel dépouillé de toute visibilité.

73 M€ d’économies sur « les sièges »

Enfin, ces prévisions recouvrent les « chantiers stratégiques » suivants : baisse de la « générosité » (politique promotionnel) des hypermarchés et supermarchés ; des passages en franchise de supermarchés et d’enseigne de proximité intégrée, comme déjà lancés sur 2023 ; une économie de 60 M€ grâce à la réduction de « l’exposition aux familles non alimentaires non rentables (NAL) et de réduction des surfaces » ; l’apport de 87 M€, liés à l’intégration du partenariat Prosol visant à installer dans certains hyper et supers des corners de leur filiale Fresh avec des gains dès 2024. Et enfin, 73 M€ de plans d’économies « au-delà des plans usuels prévus par les BUS (Unités commerciales) » s’élevant déjà à 113 M€. Ces 73 M€ d’économies en plus couvrant la mise en œuvre des « synergies des fonctions administratives sur les sièges et les supports opérationnels et des « disynergies » ». La dernière citation et l’utilisation du mot « sièges » peuvent assoir la peur pour l’emploi, celui des fonction supports. En particulier dans la Loire avec la présence du siège à Saint-Etienne et ses 2 000 postes théoriques à lui seul (1 500 personnes y travaillent concrètement selon une estimation de la CGT).

Contactée par If, la communication financière confirme la ligne tenue par le groupe depuis des mois à ce sujet. A savoir : pas de menaces, au contraire, sur les emplois en général et le siège de Saint-Etienne en particulier dans le cadre de la tentative de résolution des difficultés financières et opérationnelles. Ces 73 M€ d’économies sont donc à interpréter comme une baisse à prévoir au sein des budgets de fonction support. La communication, sans que nous sachions si elle sera touchée, en est une, par exemple. Le groupe Casino va-t-il s’en sortir ? Si vous souhaitez lire de l’optimisme raisonnable sans doute plus objectif, nous vous recommandons la lecture de l’analyse sur linkedIn de Noël Zierski, ex DG d’Intermarché, aujourd’hui consultant.  

*Bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement

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