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samedi 20 avril 2024
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Conjoncture économique : 2024, la grande inconnue

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En association avec la CCIT depuis 2022 et depuis 2023 la CMA et la Chambre d’agriculture de la Loire, la direction Loire de la Banque de France a présenté mi-février son point annuel sur la situation macroéconomique à l’échelle régionale. Son enquête annuelle menée en fin d’année auprès de milliers d’entreprises donne un bilan 2023 de « résistance ». Les prévisions 2024 cependant manifestent un ralentissement – sans effondrement – dans l’industrie. Elles sont davantage optimistes pour les services. Beaucoup moins pour la construction. Ce qui n’est pas sans brouiller les cartes, surtout qu’un énième « hoquet » géopolitique peut les redistribuer à tout moment.     

Image par Gerd Altmann de Pixabay

La projection n’est plus tenable. Elle influe pourtant aussi, dans une certaine mesure, sur celles des collectivités locales. L’hypothèse gouvernementale fixée dans le budget 2024, voté en décembre, d’une croissance autour de 1,4 % du Produit intérieur brut (PIB) a été annoncée à la baisse par Bercy le 18 février. Si les pronostics optimistes sur 2023 de Bruno Le Maire s’étaient avérés presque exacts (+ 1 % contre finalement 0,9 %), l’ajustement du pari 2024, relégué à un plus modeste 1 % aura des conséquences sur le budget déjà adopté par l’Etat – on parle maintenant de 20 Md€ d’économies – et, par ricochets, sur d’autres publics ou privés, fournisseurs des premiers. Cela alors que le BTP crie de plus en plus fermement famine. Et quand le BTP ne mange pas… Un chef d’entreprise croisé il y a quelques semaines ligérien et dont l’activité industrielle est totalement liée au bâtiment estimait carrément que nous étions à l’aube de « la plus grande crise connue depuis 40 ans…»

En février, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) tablait en tout cas sur une croissance annuelle de 0,6 % seulement pour l’Hexagone, le FMI à 1 %. Et la Banque de France ? « Entre 0,9 % en 2024, soit une situation encore atone mais avant des prévisions plus fortes d’1,3 % en 2025 et 1,6 % en 2026 misant sur la poursuite de la désinflation et davantage de consommations des ménages. Tout cela, évidemment, si aucun événement géopolitique majeur ne vient à nouveau perturber la donne », avertit Philippe Kiehl, le nouveau directeur de la Banque de France Loire qui a succédé à Christine Gord il y a quelques mois. Mi-février, il effectuait, à ce titre, à la CCI de Saint-Etienne, sa première présentation du bilan macroéconomique annuel régional, et les perspectives 2024 allant avec. 

4 200 entreprises de la région sondées

Et avant le tableau local, le tableau général. En décembre 2023, le taux d’inflation annuel s’élevait encore à 2,9 % en moyenne zone euro, à 3,4 % en UE, 4,1 % en France (dans l’UE, il montait jusqu’à 7,6 % en République tchèque) contre seulement 0,4 % au Danemark. L’IPCH (Indice des prix à la consommation harmonisé) était en France à 5,7 (5,9 en 2022). Il est prévu à 2,5 en 2024, à 1,8 en 2025 et à 1,7 en 2026. Tandis que le chômage (sens BIT) à 7,3 % de la population active devrait grimper en 2024 (7,6 %) et 2025 (7,8 %). Côté crédits, la France a vu un taux de croissance annuel des encours chuter moins fortement qu’il s’agisse d’habitat ou d’entreprises que celui de la zone euro. A l’automne 2023, ses taux d’intérêts (hors frais et assurances), partis de plus bas (un peu plus d’1 % début 2022) étaient remontés à 3,42 % contre 3,97 % en zone euro. Derrière l’Espagne (3,86 %), l’Allemagne (4,18 %), l’Italie (4,35 %) avec les écarts se sont creusés.

« Une baisse des taux devient possible à ce stade mais reste à confirmer », rappelait Philippe Khiel devant son assemblée ligérienne. Avant d’enchaîner sur données régionales, beaucoup plus rarement départementales, issue de l’enquête annuelle réalisée de la fin novembre 2023 à la mi-janvier 2024. 4 200 réponses de dirigeants de différentes entreprises de la région ont été collectées. Toutes interrogées – données estimatives pour 2023 et 2024 – sur les évolutions de leurs chiffres d’affaires, effectifs, investissements et rentabilité. Les répondants sont à 46 % de l’industrie, 15 % dans les services et à 23 % dans le secteur de la construction.

Industrie : bilan et prévisions

La hausse globale du CA dans l’industrie a été en 2023 de 2,2 % en valeur mais en recul d’1,2 % en volume. « Le fort ralentissement à la fin de l’année est net avec une baisse des commandes constatée dès l’été », commente Philippe Khiel. La hausse de la production industrielle suit aussi une courbe à la baisse. C’est en fait le cas à l’échelle de la région depuis décembre 2020 mais l’automne 2023 a marqué un basculement : désormais, elle recule. Point positif : Philippe Khiel souligne que sur environ 2 000 industriels de la région ayant répondu, 250 sont de la Loire et témoignent d’un CA ayant la meilleure progression régionale : + 8 % pour la moyenne des répondants en 2023. A échelle Aura, les disparités selon les secteurs sont toutefois fortes. « Produits informatiques/électroniques/optique » en premier, « fabrication de matériels de transports » en second, « fabrication de machine équipements » en troisième, allaient très bien l’an passé. Quand le travail du bois/papier/imprimerie a eu beaucoup de mal, l’industrie chimique encore plus.

En 2024, la croissance du CA est estimée en moyenne à 0,9 % (en valeur) mais les répondants envisagent un recul des investissements de 12 % (+18 % en 2023) pour une rentabilité en hausse pour 28 % d’entre elles (contre 36 % en 2023). Côté effectifs (17 % des effectifs salariés, près de 25 % sur Saint-Etienne Métropole) ont d’ailleurs continué de croître en 2023, de 2,2 %. Ce qui témoigne d’un étoffement des effectifs permanents puisque l’emploi intérimaire s’est, lui, « sensiblement contrasté ». La conjoncture ne semble toutefois « pas encore se traduire par de lourdes pertes d’emplois », note Philippe Khiel. Mieux : malgré les perspectives, les entreprises ayant répondu évaluent à + 1,5 % l’évolution de leurs effectifs (intérimaires compris) en 2024.  

Services : bilan et prévisions

Les services qui pèsent pour 43 % des effectifs dans la région ont vu leur chiffre d’affaires évoluer à la hausse de 5,2 % en valeur mais de seulement 0,7 % en volume en 2023. Là aussi, sur l’année écoulée, l’activité globale suit une courbe à la baisse sur l’année écoulée, ne progressant même plus du tout depuis cet automne pour finalement reculer à partir de novembre. Là aussi encore, les effectifs ont malgré tout progressé de 4,6 % en 2023. CA ou effectifs : globalement, tous les sous-secteurs progressent mais c’est particulièrement le cas dans « l’ingénierie/études techniques », les « services relatifs aux bâtiment/nettoyage » et les « activités informatiques ».

Côté prévisions 2024, la croissance du chiffre d’affaires pronostiqué est forte : + 6,8 % (en valeur) pour + 2,5 % d’effectifs en plus. L’investissement serait en revanche en recul, de 4 % (+ 3 % en 2023) pour une rentabilité en hausse pour 28 % des entreprises interrogées (contre 24 % en 2023).

Construction : bilan et prévisions

Le secteur compte pour 8 % des effectifs salariés de la région. En 2023, son chiffre d’affaires a lui aussi évolué à la hausse : de 4,8 %. Mais en valeur car en volume, il était déjà, en recul de 0,4 % en 2023. Plus ou moins stable l’an passé avec un recul en milieu d’année surmonté, le niveau de carnet de commandes, lui, s’effondre brusquement en fin d’année. C’était déjà le cas pour le prix des devis au premier semestre. Côté effectifs, la progression globale a été d’1,2 % l’an passé, grâce au second œuvre (+ 1,9 % pour + 5 % de CA) car la hausse n’est que très légère dans le gros œuvre (+0,4 % pour + 4,3 % de CA). Ils n’ont pas bougé dans les travaux publics, témoignant par ailleurs d’un recul de 0,6 %.    

Côté prévisions 2024, le chiffre d’affaires pronostiqué serait en recul d’1,2 % pour des effectifs en très légère hausse de 0,3 %. L’investissement serait en revanche en fort recul, de 8 % (- 4 % en 2023) pour une rentabilité en hausse pour 20 % des entreprises interrogées (contre 36 % en 2023). Seul le second œuvre prévoit une hausse de la production (+ 1 %), les travaux publics annonçant un – 3 %, le gros œuvre – 4 %.

Quelques indicateurs 100 % ligériens

Quelques indicateurs purement ligériens ont été communiqués. Le nombre de défaillances a progressé en 2023 dans le département, dépassant avec 628 cas, de 8 % le niveau 2019. Phénomène plus poussé dans le commerce (+ 20 % par rapport à 2019) et CHR (+20 %) que dans l’industrie (- 25 %) et la construction (- 13 %). Les crédits aux entreprises (- 4,6 %) ont décéléré en 2023 « en phase » avec les autres départements sauf sur les commerces : la chute est de 13,9 % ! L’épargne globale reste, elle, forte, à 26,7 Md€ en septembre 2023 (+ 2,3 % par rapport à septembre 2022). Synthèse de la Banque de France : une activité certes globalement et durablement ralentie en 2024, une « normalisation des défaillances » mais un maintien à ce stade des marges, des effectifs permanents (l’intérim en revanche recule fortement), voire des intentions de recrutement et de poursuite d’investissements alors que la baisse du financement bancaire témoigne aussi d’un désendettement.

Bref, selon la Banque de France, le contexte est celui d’entreprises qui « tiennent bon et préparent le rebond progressif ». Elle rappelle toutefois que le « contexte géopolitique reste instable ». Inconnue et pas la moindre en tant que matrice de toutes les autres, dont les représentants d’entreprises ligériens ont témoigné à l’issue de l’écoute de ces projections. Difficile, très difficile de se projeter…    

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