Saint-Étienne
lundi 30 janvier 2023
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L’appli made in Loire WaffApp se décrit comme le Waze du running

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Vous connaissez très probablement Waze, l’application participative de navigation et d’assistance à la conduite. Si vous êtes randonneur ou coureur, vous allez peut-être apprendre à connaître WaffApp, une application développée par le Ligérien Jérôme Bruyas. Gratuite et se nourrissant elle aussi des contributions de ses utilisateurs.   

Depuis son lancement, WaffApp a comptabilisé 15 000 téléchargements et 25 000 signalements. © WaffApp

Il n’aime pas rester aux abois. Alors d’une difficulté, il a voulu faire une solution. Voilà qui ne va pas démentir un credo porté par l’« autre » travail de Jérôme Bruyas. Ce Stéphanois de 51 ans poursuit, en effet dans son cabinet de Saint-Chamond, une activité de coach mental, faisant éventuellement appel à l’hypnose*, destinée en tout cas aux sportifs, à lutter contre les addictions et à l’amélioration de l’état de santé en général. Lui-même amateur de course à pied, Jérôme Bruyas avait, à l’automne 2018, été victime lors d’une sortie entre La Chabure (Saint-Chamond) et Terrenoire, d’une attaque de chien. Un berger d’Anatolie, un « kangal », devant lequel il passait, l’avait agressé, le mordant à la main et à la cuisse. Bilan : passage aux urgences, points de suture, 10 jours d’ITT, un dépôt de plainte et une idée au nom tout trouvé, « WaffApp ».

« Croiser des chiens vraiment agressifs en courant, c’était la 3e fois que ça m’arrivait mais jamais ça n’avait été jusque-là. Attention je ne suis pas anti-chiens, j’en ai un et c’est un peu comme tout : au propriétaire de gérer, avertit Jérôme Bruyas. Et l’idée de l’application WaffApp ne tourne bien sûr pas autour de la seule présence sur le parcours de chiens, disons « difficiles », du moins mal tenus ! Il s’agit de donner le maximum d’informations avertissant les randonneurs et coureurs d’un danger ou des points utiles pour leur activité, sinon annexes à celle-ci : touristiques, de restauration, etc. » Comme Waze, pour la conduite, l’application est gratuite et repose sur la participation des utilisateurs – runneurs, traileurs, randonneurs, promeneurs, les disciplines de l’outdoor en général – qui signalent sur une carte Google ou autre en fonction du mobile, les points d’informations.  

700 000 téléchargements visés d’ici 4 ans

Jérôme Bruyas n’a évidemment pas manqué le catalyseur qu’était la SaintéLyon ce week-end pour y faire la promotion de son application. © WaffApp

Il s’agit donc de ce qu’il faut éviter : chiens régulièrement agressifs donc mais aussi passages fermés ou dangereux, zones d’insécurité « urbaines et humaines à « tiques », et à terme si tout va bien, si possible en temps réel ou presque, la présence de troupeaux avec chiens de protection, voire les zones où une chasse est en cours. Mais WaffApp, c’est aussi signaler des zones d’intérêt : points d’eau potable, sanitaires, sites naturels insolites, gîtes et auberges. La preuve du concept (Poc) a été validée techniquement au bout de quelques mois de travail, Jérôme Bruyas faisant appel à ce sujet au spécialiste stéphanois Qsmart. « Les informations posées par la communauté font évidemment l’objet d’une modération, de vérifications et de recoupement. On dévalide ce qui s’avère suspect », précise l’entrepreneur. La première version aurait dû sortir en 2020 sans le Covid. Elle a finalement été lancée en janvier 2021 sur les stores Apple et Android.

Elle a comptabilisé, depuis, un peu plus de 15 000 téléchargements en France (y compris d’Outre-Mer), ainsi qu’en Suisse et Belgique francophones. La jeune société qui a intégré la French tech locale il y a moins de 2 mois, espère décrocher des financements BPI. Elle est désormais abritée au sein de l’incubateur Mind du BHT de Saint-Etienne Métropole. Jérôme Bruyas, selon lequel il n’existe pas de sociétés réellement concurrentes sur son créneau (« L’existant se concentre sur le parcours de randonnée en soi ») emploie régulièrement des alternants dans le domaine du marketing et de l’animation de sa communauté. Il devrait recruter pour de bon dès 2023 puis attendre les six collaborateurs en 2026. C’est en effet à cette dernière date qu’il vise la rentabilité avec un chiffre d’affaires compris entre 500 000 et 1 M€ pour 700 000 téléchargements.

Des discussions avancées avec les bergers

Son business model pour ce qui reste un service gratuit ? « Pas de vente de données personnelles », promet Jérôme Bruyas. Mais l’idée avec la version gratuite, « fremium », que se présentent des publicités ciblées et autres points signalés sur la carte à dimension publicitaire. « Je pense aussi proposer aux collectivités territoriales le signalement d’atouts touristiques, patrimoniaux dont elles souhaitent faire la promotion. Nous travaillons aussi sur un modèle payant, « premium », avec un abonnement annuel à 11,99 € comportant des services complémentaires, comme celui que nous venons de développer : Protect, un module de suivi de sécurité qui permet aux proches de savoir où vous êtes quand vous allez marcher, pêcher, courir. C’est une des améliorations ajoutées en 2022, ça et notre partenariat avec le dispositif gouvernemental Suricate en septembre dernier. »

Plusieurs associations départementales de pastoralisme du côté des Alpes, sensibles à la médiation entre runneurs et bergers, sont intéressées.

Jérôme Bruyas

Deux autres grandes pistes d’amélioration pourraient se concrétiser en vue d’une nouvelle version en 2023. La plus avancée dans les discussions concerne l’intégration de données des activités pastorales avec chiens de berger. « Plusieurs associations départementales de pastoralisme du côté des Alpes, en Isère, Savoie, Haute Savoie, dans les Alpes et Hautes-Alpes, d’ailleurs déjà sensibles à améliorer la médiation entre runneurs et bergers, sont intéressées. Je suis assez optimiste. » Moins avec les chasseurs avec qui l’idée bute davantage : leur Fédération nationale n’aurait pas pris la peine de répondre à la proposition de WaffApp et « celle de la Loire m’a indiqué qu’elle ne prendra pas d’initiative sans la première. Les fédérations de Savoie et Haute-Savoie disent avoir déjà une appli… Mais c’est très loin de ce que je propose… »

Les chasseurs pas très Open data

Signaler une zone de chasse de la part des licenciés est obligatoire « mais une fois sur le terrain avec des panneaux et aussi par affichage, la veille, à l’entrée des mairies de la ou des communes concernée (s) », souligne J. Bruyas. Pas vraiment XXIe siècle même si sans doute nécessaire… Parmi les 40 propositions du rapport sénatorial sorti mi-septembre et relatif aux graves accidents de chasse ayant entraîné la mort, entre autres, de coureurs en pleine nature, se trouvait l’ouverture d’un open data. Mais comme 38 autres idées, elle a été éclipsée par l’alcoolémie et le débat arrosé qui en a découlé…

*« Patricien diplômé en hypnose ericksonienne reconnu FFHTB ».

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