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Sport santé : Selfit, la station à prévention stéphanoise est en marche

• Xavier Alix
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Le LIBM (Laboratoire interuniversitaire de biologie de la motricité) développe à Saint-Etienne en collaboration avec un autre laboratoire de l’université Jean-Monnet, Hubert Curien, une station mobile diagnostiquant les faiblesses physiques de son utilisateur à partir de ses performances. Une application propose, derrière, un programme personnalisé afin de les résorber. Un nouvel outil technologique en devenir qui pourrait donner lieu à une petite révolution dans le domaine de la prévention sport-santé…

Yann Le Mat présentant ses travaux au député stéphanois Régis Juanico. ©Photo If Media/Xavier Alix.

Une nouvelle façon d’aborder la prévention sport-santé se joue peut-être là, dans cette petite pièce aveugle du rez-de-chaussée de l’Institut régional de médecine et d’ingénierie du sport (Irmis1), élément très notable parmi tant d’autres de cette galaxie qu’est le CHU de Saint-Etienne. D’ici une dizaine d’années, il y a des chances que la station « Selfit » sur laquelle planche depuis 2 ans avec débrouillardise Yann Le Mat, doctorant au sein du LIBM (Laboratoire interuniversitaire de biologie de la motricité) soit d’un usage commun en France.

C’est en tout cas l’objectif du laboratoire dirigé par Guillaume Millet qui coopère sur ce projet, pour tout ce qui touche à l’informatique, avec d’autres chercheurs de l’université Jean-Monnet : ceux d’Hubert Curien. Le projet devrait même déboucher sur la création d’une start-up courant 2022. L’idée de Selfit ? Proposer en une heure, un diagnostic des performances physiques de l’utilisateur via dix ateliers auxquels il doit s’exercer testant là son équilibre, ici sa souplesse, ses aptitudes cardio-vasculaires ou encore ses capacités pulmonaires, sinon musculaires de tel ou tel membre.

Selfit dispose déjà de son application

On n’imagine pas remplacer des coachs et des clubs de sport. Seulement proposer des séances de 10 min d’activité physique ciblant des problématiques identifiées.

Guillaume Millet, enseignant chercheur, directeur du LIBM

Vos – éventuelles – faiblesses mises en évidence, Selfit proposera grâce à ses algorithmes le ou les exercices à effectuer à tel rythme pour les résorber et ainsi préserver votre santé. Un coaching virtuel basé sur un diagnostic bien réel relayé par QR code grâce à une application que Yann Le Mat a déjà développée. « On n’imagine pas remplacer des coachs et des clubs de sport, avertit Guillaume Millet. Seulement proposer des séances de 10 min d’activité physique ciblant des problématiques identifiées. Pour ceux qui n’ont jamais le temps de faire du sport, c’est déjà ça. Dit comme cela, ça a l’air simple mais il y a encore du boulot ! » Yann Le Mat confirme : « Pour l’instant, je travaille à réunir tous les outils d’analyse, parfois chers individuellement, en un ensemble qui ne doit pas coûter plus de 10 000 euros. »

Une trentaine de personnes a déjà testé l’idée entre avril et juillet. A des questions subjectives, ces profils sédentaires ont, pour une grande majorité, répondu avoir obtenu des gains physiques notables. Un meilleur sommeil par exemple. De nouveaux tests auront lieu cet automne. L’idée de la station est d’être mobile et d’un usage autonome grâce à une vidéo guide intégrée. « J’en ai déjà parlé avec des chefs d’entreprises. Nous pensons que cela peut intéresser leur politique de prévention, confie Guillaume Millet. En venant chez eux, la station, autonome, apporte un  gain de temps et d’argent. » La présence de Selfit peut aussi s’imaginer, lors des grands événements privés, associatifs ou organisés par les collectivités autour du sport-santé.

Quelles solutions de financement ?

Au point d’inspirer l’achat d’exemplaires par les pouvoirs publics. C’est ce que suggère le député stéphanois Régis Juanico (Génération.s). Auteur, avec la députée En Marche de l’Eure Marie Tamarelle-Verhaeghe, d’un rapport parlementaire touffu sur les ravages de sédentarité paru en juillet, Régis Juanico était en visite vendredi au LIBM. Il s’agit, en effet d’un acteur auditionné parmi des dizaines d’autres pour leur expertise autour du sport-santé dans le cadre de la constitution de ce rapport auquel IF Saint-Etienne avait consacré cet article.

Le député voit l’occasion pour les bientôt 400 Maisons Sport-Santé du pays de s’équiper à terme en Selfits afin d’accentuer leur raison d’être. « L’enveloppe dévolue pour les Maisons Sport-Santé est actuellement de 3,5 M€ par an. Pour profiter pleinement de ces structures, il faudrait beaucoup plus : 100 à 150 M€. Comme nous le suggérons dans les propositions issues de notre rapport, la taxation des paris sportifs en plein boom pourrait aider ce financement. »

« Les mutuelles auront peut-être une autre façon de voir… »

Supposons que les Maisons Sport-Santé en viennent à être équipées, comment cependant financer la venue plus systématique de Selfits, par exemple sur les lieux de travail, comme évoqué plus haut ? « L’Assurance maladie ne rembourse pas une séance de sport qui pourrait être prescrite. C’est comme ça et ça le restera sans doute, note Régis Juanico. Cependant les mutuelles, elles auront peut-être une autre façon de voir les choses… » Et le député de mettre dans la balance les 20 Md€ que coûte chaque année en France le traitement des maladies chroniques comme le diabète ou l’obésité…


1Composé du service de médecine du sport du CHU, du LIBM, de deux plateformes de transfert de technologies gérées par des centres techniques (Institut français textile habillement et centre technique cuir), l’Irmis effectue l’expertise des patients présentant un déficit musculaire, ainsi que celle des sujets âgés en médecine du sport.

2Depuis 2016, le LIBM regroupe le Laboratoire de physiologie de l’exercice – alors déjà partagé entre les universités Jean Monnet et Savoie Mont Blanc – et le Centre de recherche et d’Innovation sur le sport de Lyon I. Il totalise 130 enseignants-chercheurs, médecins, ingénieurs, doctorants, post-doctorants, personnels techniques et administratifs. Une cinquantaine d’entre eux travaillent à Saint-Etienne au sein du bâtiment Irmis qui compte, aussi, la majeure partie des équipements techniques. De quoi approfondir une expertise locale poussée autour de la physiologie de l’exercice vieille de plus de 50 ans, initiée par le professeur Jean-René Lacour.

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