Saint-Étienne
samedi 26 novembre 2022
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A Saint-Chamond, ces habitants de Langonand contestent des expropriations

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Fin janvier, la municipalité de Saint-Chamond et Saint-Etienne Métropole présentaient la phase 2 des travaux importants à l’entrée ouest de la ville autour de la rivière Janon visant à réduire le risque d’inondations. Une phase 3 doit s’enclencher en 2023, juste à côté, sur son affluent qu’est Langonand. Elle implique un élargissement des berges rognant en grande partie les jardins d’une dizaine de parcelles. Leurs propriétaires contestent le bien-fondé du projet…

Des membres du collectif d’habitants sur le pont de la rue du Paradis qui sera reconstruit par Saint-Etienne Métropole. © If Média/Xavier Alix

La nouvelle leur a mis la tête sous l’eau. « On a pris conscience de ça à la fin de la réunion publique du 25 janvier sur le projet global du Paradis et seulement à la suite de nos questions : effectivement, la 3e phase des travaux devrait donner lieu à une expropriation d’une bonne partie de nos terrains. Et puis, en février, un chargé de mission de Saint-Etienne Métropole a appelé chacun d’entre nous pour venir, déjà, planter des piquets et prendre des mesures. Nous aurions aimé être prévenus de façon plus délicate, pouvoir en discuter en amont.»  Rencontré le mois dernier, Jean-Baptiste Arsac est à l’initiative d’un collectif d’habitants : une dizaine de propriétaires habitant route de Langonand et rue du Paradis.

Leurs propriétés seront probablement impactées par la phase 3 des lourds travaux de lutte contre les inondations engagés par Saint-Etienne Métropole (cela relève de sa compétence) à l’entrée ouest de Saint-Chamond depuis le printemps 2021. La phase 2 autour de la rivière Janon est actuellement en cours. La troisième, sur son affluent, le Langonand, est prévue pour 2023 et vise là aussi, outre la reconstruction du pont du Paradis dans la rue du même nom, l’élargissement des berges sur plusieurs mètres, jusqu’à 6 parfois. Ce qui implique de rogner sérieusement sur une partie, variable selon les cas, des jardins d’une dizaine de propriétés où coule en contrebas le Langonand. Objectif : améliorer l’étalement d’un débit exceptionnel pour protéger les habitations vis-à-vis d’une crue centennale.

En vert les parcelles concernées. Les traits jaunes montrent le projet d’élargissement.

L’obsolescence du pont met tout le monde d’accord

Je vais être privé de 80 % de mon jardin qui donne sur la rivière. Je l’ignorais quand j’ai acheté il y a 2 ans. 

Laurent Lepape, habitant de la rue du Paradis

Dans cette zone classée en grande partie inondable par le PPRI (Plan de prévention du risque d’inondation), la capacité d’écoulement du Langonand doit ainsi passer de 18 m3/s (de quoi faire face actuellement à une crue décennale) à 42 m3/s. Saint-Etienne Métropole argue d’un risque accru d’épisodes de type cévenol lié au changement climatique. Le quartier serait ainsi passé à deux doigts du désastre à plusieurs reprises en 15 ans : en 2008 bien sûr mais aussi 2014 ou encore 2016. Catastrophé, Laurent Lepape propriétaire de la rue du Paradis, lui, l’est déjà : « Si ça passe comme c’est prévu avec ces aménagements, je vais être privé de 80 % de mon jardin qui donne sur la rivière. Je l’ignorais quand j’ai acheté il y a 2 ans. » Mais s’il dénonce la forme – « nous avons écrit au maire de Saint-Chamond sans aucun retour », nous expliquait Jean-Baptiste Arsac en mars  –, le collectif conteste aussi, le fond.

« En 90 ans, en se basant sur ce que nous avons vu et ce que disaient nos aînés, on a vu ici une seule fois le terrain d’une maison inondée. Et c’était lors du fameux épisode de 2008 », assure Jean-Baptiste Arsac. Pour ces habitants, la problématique tient avant tout au pont du Paradis, le coude qu’il forme et sous lequel, au début des années 2000, des travaux d’assainissement ont réduit la hauteur le séparant de la rivière d’1,68 m à 1,24 m. Une vrai retenue à débris en cas de forte agitation des flots, sur lequel tout le monde est d’accord puisque Saint-Etienne Métropole va reconstruire l’ouvrage. « Franchement, nous surveillons de près ce qu’il se passe ici, explique Eric Langlet, un autre habitant concerné. On a vu ce que ça donnait en 2008 et retiré nous-mêmes des débris accumulés qui retenaient l’écoulement. Des gens ont par la suite enlevé les grillages aux pieds de barrières qui contribuaient à retenir aussi les eaux. Et rien que les petits travaux d’élargissement récemment faits par la collectivité au pied du pont ont déjà suffi à améliorer la situation. »

Débris retirés au pied du pont du problématique pont du Paradis par les habitants lors de la crue de 2008. Photo fournie par le collectif.

La DUP n’est pas encore actée

Le collectif en est convaincu : le problème du pont résolu, rogner les terrains de leurs habitations ne servira à rien. Il réclame que l’on attende de constater l’effet de sa reconstruction avant d’envisager la suite. Confronté à ces arguments, Jean-Luc Degraix, adjoint municipal de Saint-Chamond à l’urbanisme rappelle, en ce qui concerne la forme que la réunion du 25 janvier visait avant tout à expliquer la phase 2 de ces travaux, celle autour du Janon. « Une réunion permet de donner à tout le monde, en même temps, les mêmes infos. C’est une meilleure option que de sonner à toutes les portes. D’autre part, la phase 3 est encore en préparation. En l’état, le projet n’a même pas encore obtenu sa DUP (déclaration d’utilité publique) qui doit passer en conseil de Saint-Etienne Métropole en mai. Une fois votée par l’assemblée, la demande de DUP sera déposée en préfecture. Après quoi, il y aura une enquête d’utilité publique de six mois ouverte à tous les citoyens et pas seulement de Saint-Chamond. »

Si la préfecture donne son aval à la DUP, une enquête parcellaire doit suivre (elle déterminerait alors entre autres le montant des indemnisations). Bref, souligne la municipalité, on est encore très en amont d’un processus sur lequel les possibilités de contestations, de recours, sont encore à venir. Jean-Luc Degraix annonce aussi, que Jean-Paul Rivat, adjoint délégué aux travaux d’espaces publics, a ou allait rencontrer de manière informelle les habitants du quartier sur place. Et que les propriétaires concernés devraient tous être invités à un échange en mairie d’ici fin avril. Et pour ce qui est du fond du dossier ?

Sous affluent du Gier, le Langonand se jette dans le Janon et pourrait voir ses berges élargies en rognant sur le terrain de ces propriétés de part et d’autre. © If Média/Xavier Alix

« A-t-on un autre choix ? »

Il suffit d’une fois, d’un seul épisode catastrophique, que ce soit dans 5, 10 ou 50 ans, pour que nous soyons, nous élus, ensuite accusés de n’avoir rien fait.

Jean-Luc Degraix, adjoint de Saint-Chamond à l’urbanisme

« Saint-Etienne Métropole base son initiative sur le PPRI élaboré par l’expertise de l’Etat. Il faut bien une base d’éléments techniques. Derrière, la responsabilité des collectivités est de mettre en sécurité les habitants, répond Jean-Luc Degraix. Et il suffit d’une fois, d’un seul épisode catastrophique, que ce soit dans 5, 10 ou 50 ans, pour que nous soyons, nous élus, ensuite accusés de n’avoir rien fait. Cela c’est tellement déjà vu. Vaison-la-Romaine (crue meurtrière de 1992, Ndlr), vous savez, c’est arrivé une fois. Mais c’est arrivé. Alors oui, c’est une décision qui n’est pas populaire, mais a-t-on un autre choix ? Nous assumons. » Autre contestation annexe au dossier, mais qui a son importance aussi, de la part du collectif : le projet, appartenant à la phase 2, de transformation du sentier du Paradis par la Ville, juste au-dessus du pont de la rue éponyme en une véritable voirie devant aboutir devant la caserne des pompiers.

Le sentier du Paradis sera transformé en voirie. Il faudra élargir à cet angle, soit à droite où sont les arbres, soit à gauche. © If Média/Xavier Alix

Les habitants craignent qu’une quinzaine d’arbres, des cèdres inscrits au Plan local d’urbanisme comme « remarquables » (mais non classés en revanche) à l’angle du sentier et de la rue du Paradis ne soit abattue dans l’opération pour permettre aux voitures de prendre le virage. « Or, il y a une parcelle dégagée en vente juste en face. Pourquoi ne pas l’acheter pour créer ce virage et éviter de détruire ces arbres ? » Là-dessus, Jean-Luc Degraix se veut rassurant : « Nous le savions et l’avons envisagé dès le départ. Ce serait logique pour y récupérer une bande de terrain qui sera d’ailleurs peut-être utile à un projet éventuel d’aménagement sur cette parcelle. » Les négociations avec son propriétaire sont d’ailleurs lancées.

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