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jeudi 29 février 2024
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Saint-Etienne : l’ex presbytère de l’église Sainte-Marie va se muer en hôtel de luxe

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Propriété de la municipalité, ces 600 m2 inoccupés depuis plus de 30 ans ont enfin trouvé leur projet de reconversion. Il est privé et orchestré par une société d’investissement co-dirigée par Thomas Schmider, président éphémère de l’ASSE en 2003/04 et « serial » entrepreneur. Il doit donner lieu, d’ici 2026, à l’installation de 10 suites du concept MiHôtel aux étages. Mais aussi d’une salle de yoga accolée d’un restaurant au rez-de-chaussée.

Vue depuis la rue de la République du presbytère derrière laquelle se profile l’église Sainte-Marie. ©If Média/Xavier Alix

D’ici 3 ans, la méditation aura de nouveau cure au sein de l’ex-presbytère de l’église Sainte-Marie. Au projet d’un hôtel de luxe, s’associent en effet une salle de yoga et un restaurant dans la solution trois en une qu’a présentée mardi, aux médias locaux, la municipalité, propriétaire des lieux. Ils étaient tristement inoccupés depuis maintenant plus de trois décennies. D’autant plus triste, que ce presbytère, accolé au square Joseph-Haubtmann et à Sainte-Marie de la visitation, de tout son nom, ne manque ni de valeur patrimoniale, ni d’Histoire. Avec ses premières pierres remontant à 1621, il est même plus vieux que l’église actuelle reconstruite dans la première moitié du XIXe siècle dans un style néo-byzantin. Encore une œuvre d’un Dalgabio ou Dal Gabbio si on préfère, Jean-Michel en l’occurrence. Celle-ci à l’allure hélas trop peu visible coincée sous les ombres des deux rues étroites l’enserrant.

La Ville, son propriétaire, loi 1905 oblige, vient d’ailleurs d’y investir ces dernières années 650 000 € pour une rénovation dont l’inauguration sera officiellement célébrée jeudi soir. Mais ce mardi matin, c’était un autre projet qui occupait la communication de la municipalité, satisfaite de présenter le projet de reconversion du presbytère aux côtés de ses investisseurs privés. Il leur sera vendu 250 000 € conformément à l’estimation du service d’Etat du Domaine à la suite d’un vote sur sa cession ce lundi en conseil municipal. Autour de la table, Thomas Schmider, ex-président et dirigeant de l’ASSE mais surtout « serial » entrepreneur et derrière la société d’investissement SSHOTE portant celui-ci évalué – rachat et équipements compris – entre 2 et 2,5 M€. Cette société est composée de plusieurs membres actifs dont des footballeurs verts comme Loïc Perrin ou encore François Clerc. Elle est liée à l’entreprise MiHôtel pour qui elle achète des bâtiments à forte valeur patrimoniale avant de lui louer les lieux, comme ce sera le cas ici pour un bail de 10 à 15 ans.

Un concept hyperconnecté

Les cofondatrices de MiHôtel – Nathalie Grynbaum et Stéphanie Marquez – étaient d’ailleurs présentes aussi à Saint-Etienne pour parler de leur concept et de sa duplication dans la Loire. Autres acteurs présents : Estelle et Eric Le Jaouen, ex-président du Medef Loire et candidat aux dernières législatives de la 3e circonscription. Le couple a ouvert avec succès le centre de yoga Eden dans l’un des immeubles Qu4tre, rue des Aciéries, conçu par le cabinet d’architecture de Frédéric Busquet. C’est ce dernier qui a joué les intermédiaires pour réunir les protagonistes et qui donc conçoit la reconversion du presbytère, tout rodé qu’il est aux défis contraints des chantiers patrimoniaux. « Nous recherchions un projet participant à hausser l’attractivité du quartier autour de la rue de la République et portant une offre inexistante tout en respectant et valorisant l’aspect patrimonial. Cela nous prend beaucoup d’énergie depuis 3-4 ans, raconte le maire Gaël Perdriau. Il a par exemple été question un temps d’une école de gastronomie avec Jean-Jacques Borne. Mais ça, c’était avant le Covid… »

Vue sur le presbytère depuis le square Joseph-Haubtmann. ©Ville de Saint-Etienne

Ce sera donc d’abord un hôtel, de luxe et quelque peu particulier. Dans les deux étages, prendront place une dizaine de suites de MiHôtel, d’au moins 35 m2 chacune. Un concept alliant digital, « hyperconnexion » – il n’y aura pas de personnel en permanence sur place – et indépendance (en ayant la possibilité de se faire la cuisine par exemple si on ne veut pas sortir) développé depuis 2017 dans Lyon avec le ressort financier de SSHOTE donc qui possède aussi 20 % de son capital. « Nous possédons 54 suites à Lyon dans 12 adresses comme la Tour rose. Nous avons 35 % de notre clientèle qui est là pour un déplacement professionnel, contente de trouver un lieu d’exception, plus personnalisé, plus indépendant qu’une chambre d’hôtel habituelle. Mais aussi beaucoup de gens qui viennent comme touristes, parfois même de Lyon même ou sa périphérie pour y célébrer un événement par exemple », précise Nathalie Grynbaum.  

Comptez 120 € la nuit minimum

En attendant une exportation du concept à Lille puis Paris, la suite de MiHôtel va donc s’écrire à Saint-Etienne. Dans une ville dépourvue intramuros d’hôtels très haut de gamme, il y a un potentiel auquel croient les deux associées même si, interrogée par If, Stéphanie Marquez reconnaît que la proportion business y devrait être largement supérieure à Lyon, en dehors des grands rendez-vous type Biennale du design ou sportifs. « Cela plaît énormément à un public de moins de 45 ans. L’hyper connexion dont nous parlons signifie que vous pourrez accéder en quelques clics à tous les services de conciergerie que vous souhaitez – se faire livre un repas, envoyer des fleurs par exemple mais pas que – auprès des sous-traitants que nous agréons. Il y aura beaucoup d’écrans, de technologies, de domotique. Et quelqu’un au téléphone 24 h/24 si besoin. Une société de sécurité pourra envoyer un agent en moins de 5 min au cas où. » Comptez 120 € la nuit minimum. Pour le maximum, ce n’est pas encore fixé mais ce sera bien moins que Lyon où MiHôtel va jusqu’à 600 €.

C’est une hôtellerie d’exception qui rentre dans un lieu d’exception.

Denis Chambe, adjoint entre autres au patrimoine

5 à 6 personnes seront embauchées à Saint-Etienne pour rejoindre la vingtaine travaillant déjà pour MiHôtel, la société comptant ses propres femmes de chambre par exemple. Au rez-de-chaussée de l’immeuble, c’est donc une nouvelle salle de yoga, créée par Estalle Le Jaouën, confortée par son succès au Technopôle avec My Eden, qui prendra place sur une centaine de mètre carrés : « Nous proposerons des prestations à la carte : du senior au prénatal, du doux au dynamique. Nous portons également le projet d’un restaurant haut de gamme sur les 200 m2 restant mais là, il est encore trop tôt pour en parler, le concept n’est pas fixé. » La rénovation de l’ensemble, non classé, sera axé sur « la préservation et la mise en valeur de l’existant » : charpente apparente avec chevrons, réouverture des fenêtres d’origine, mise en œuvre de menuiseries bois patrimoniales ; planchers en bois à la française conservés et renforcés par des planchers connectés, bénitiers conservés, comme le sol en pierre et, pour couronner le tout, « décondamnation » des arches.

Plan des aménagements prévus transmis par la Ville de Saint-Etienne.

« Une cohérence avec le bâti existant »

Le tout sera isolé par-dessus avec une installation type « sarking » et les murs recouverts par un enduit patrimonial à la chaux. De quoi, a priori rassurer, voire enthousiasmer les amoureux de patrimoine stéphanois. « C’est une hôtellerie d’exception qui rentre dans un lieu d’exception, formule Denis Chambe, adjoint, entre autres, au patrimoine. Nous avons été précisément séduits par le projet par rapport à sa cohérence avec le bâti existant. Nous sommes à la fois au bord de l’hyper centre et non loin de la gare de Châteaucreux, à pied ou par tram. Il faut saluer cette ambition. » Sans être clients, les Stéphanois pourront la découvrir ainsi que son passé, la municipalité ayant en tête d’y organiser des visites ouvertes au grand public. Il faudra du temps pour en arriver là au regard de la délicatesse du dossier : on est encore à 9 mois du dépôt de permis de construire. Objectif : fin 2025, au mieux. 

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