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lundi 27 mai 2024
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Saint-Victor-sur-Loire : baignade et activités à nouveau autorisées d’ici… le prochain épisode

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ARS et, donc derrière la préfecture pour prendre l’arrêté au niveau de la navigation et de toutes les activités nautiques. Ville de Saint-Etienne en ce qui concerne la seule baignade. Selon leurs compétences respectives, ces pouvoirs publics ont successivement annoncé depuis hier soir la levée des interdictions directement liées à un épisode de pollution aux cyanobactéries infiniment plus intense que ceux habituels. Pendant ce temps, à Saint-Paul-en-Cornillon, l’interdiction de baignade est, elle, maintenue. Comme d’ailleurs, partout en amont du barrage de Grangent, la consommation de poissons.

La plage de Saint-Victor-sur-Loire. ©Ville de Saint-Etienne / Jérôme Abou

« Catastrophiques ». C’était le qualificatif employé il y a une semaine par le préfet de la Loire lui-même à propos des premiers résultats d’analyse liés au dernier épisode de pollution identifié le week-end du 15-16 juillet à Saint-Victor-sur-Loire. Version très intense, peut-être inédite, de la problématique des cyanobactéries à laquelle les eaux de la retenue de Grangent sont habituées. « Les taux n’étaient pas à 5 ou 10 % au-dessus des seuils, comme on a pu l’observer à plusieurs depuis 2022 (année d’application de seuils réglementaires beaucoup plus stricts) mais… à 500 ou 1 000 % », avait du coup précisé à If, il y a une semaine encore, à propos des résultats d’analyses consécutives au week-end, la Ville de Saint-Etienne, compétente sur l’interdiction ou non de la baignade. Interdiction qui était d’ailleurs déjà en place à Saint-Victor-sur-Loire avant cet épisode, depuis le 7 juillet. En raison, déjà, du développement des cyanobactéries donnant ces algues plus ou moins vertes ou bleues, potentiellement très toxiques.

Un problème très classique de la retenue de Grangent, que l’on retrouve certes ailleurs, dans bien d’autres plans d’eau du département, dès que la température s’affole. Mais il marque particulièrement la base de loisirs stéphanoise de Saint-Victor-sur-Loire. Peut-être aussi en raison de l’impact médiatique lié au fait qu’elle soit « la plage de Stéphanois ». Reste que, chaque été, malgré les tentatives techniques de la Ville (des flotteurs envoyant des ultra sons) pour limiter la problématique, les interdictions de baignade, plus ou moins longues, plus ou moins accumulées, sont systématiques. Cependant, le week-end des 15-16 juillet, la présence de nappes d’un « bleu lagon » inédit à 300 m en amont de la plage de Saint-Victor a poussé les autorités à aller beaucoup plus loin : outre le prolongement des interdictions de baignade par des municipalités (y compris de communes plus en amont concernées), ce sont toutes les activités nautiques – sauf exceptions bien ciblées, comme finalement aussi les croisières – qui ont été interdites par précaution par l’Etat après avis de l’ARS (Agence régionale de santé).      

La baignade reste interdite à Saint-Paul-en-Cornillon

Interdictions affinées mais dans l’ensemble prolongées jusqu’à hier soir. Jeudi 27 juillet, dans la soirée, la préfecture a annoncé que « compte tenu des derniers résultats des analyses du plan d’eau de Saint-Victor-sur-Loire montrant un taux de toxines qui présente un faible risque pour la santé en cas d’ingestion d’eau contaminée ou lors d’une immersion prolongée », toutes les mesures d’interdiction concernant la navigation et les activités nautiques sur la retenue du barrage de Grangent « sont levées ». Pas très rassurant en revanche, le communiqué précise que « la consommation des produits de la pêche et de l’aquaculture sur la section du fleuve Loire comprise dans le département de la Loire en amont du barrage de Grangent reste interdite ».

Par ailleurs, des mesures ont été prises par les collectivités par arrêtés municipaux, « notamment à Saint-Paul-en-Cornillon où la baignade et les activités nautiques restent interdites. La prolongation de ces mesures est justifiée au regard des résultats des derniers prélèvements réalisés sur les eaux de baignade de la commune de Saint-Paul-en-Cornillon où le taux de toxines de cyanobactéries est supérieur au seuil d’alerte de niveau 2 ». Ce qui signifie, a priori, que ces nappes « bleu étrange », associées depuis clairement dans la communication de la préfecture au phénomène des cyanobactéries (mais alors dans une version inhabituellement forte ?), se déplacent à défaut d’avoir disparu. De son côté, la Ville de Saint-Etienne a, elle, annoncé ce matin que la baignade à la base nautique de Saint-Victor-sur-Loire est bien de nouveau autorisée à compter d’aujourd’hui, vendredi 28 juillet à midi. En effet, « les dernières analyses effectuées démontrent une bonne qualité de l’eau. »

Et maintenant au tour de Villerest

Probable que les températures relativement basses ces derniers temps, en tout cas en moyenne, bien en dessous de celles enregistrées au début du mois de juillet, aient aidé vis-à-vis d’un phénomène lié aux chaleurs et qui, fatalement, au moins dans sa version moindre et habituelle, refera tôt ou tard surface. Phénomène découlant directement des infrastructures et activités humaines : « Ce barrage d’une autre époque (Grangent, Ndlr) est très mal conçu. Il bloque des sédiments venant de l’amont et les polluants – humains, agricoles, industriels – avec d’hier. En plus de 5 millions de m3 de sédiments naturels, 400 000 à 500 000 m3 de boues toxiques se sont accumulées depuis sa mise en service (en 1958, Ndlr), nous expliquait il y a déjà 2 ans Alain Bonard, membre de France Nature Environnement (FNE) Loire, ex-ingénieur spécialisé dans l’eau, auteur d’un mémoire spécifique sur le sujet en 2011. Ce qui amène le développement de phosphates et donc de cyanobactéries. »

En plus de 5 millions de m3 de sédiments naturels, 400 000 à 500 000 m3 de boues toxiques se sont accumulées depuis la mise en service du barrage en 1958.

Alain Bonard, FNE Loire

La problématique des cyanobactéries ne se limite bien sûr pas aux Gorges de la Loire, même si les lieux, du moins tels qu’ils ont été modifiés par l’humain, y sont particulièrement favorables à leur développement. D’ailleurs, les dernières analyses réalisées par l’Agence régionale de santé (ARS) sur le barrage de Villerest ont montré, là aussi, « un taux excessif de toxines, qui présentent un risque pour la santé en cas d’ingestion d’eau contaminée ou lors d’une immersion prolongée ». Ainsi, en complément des interdictions de baignade émises par les maires des communes concernées, le préfet de la Loire, y a pris le 27 juillet un arrêté interdisant, jusqu’au 8 août, toutes les activités nautiques susceptibles d’entraîner une immersion dans l’eau sur la section du fleuve Loire comprise entre le viaduc de Chessieux entre les communes de Saint-Georges-de-Baroille et Balbigny en amont du barrage de Villerest, et le mur du barrage de Villerest, entre les communes de Villerest et de Commelle-Vernay.

« Cela ne va pas aller en s’arrangeant… »

Reste à comprendre pourquoi, à Saint-Victor et au-delà en amont actuellement, cette année 2023 aura été marquée par ces fameuses nappes bleu lagon, manifestation d’une hyper concentration de cyanobactéries. « Je ne peux pas parler de ce qu’il s’est passé avant 2014 mais depuis que je suis en charge de la base de loisirs au sien de la mairie, non, ces nappes-là, je n’avais jamais vu ça, confie ce vendredi à If Saint-Etienne Charles Dallara, adjoint à la Ville de Saint-Etienne. Après, vis-à-vis de la baignade, la réglementation sur les seuils de pollution a évolué en 2021 pour être appliquée en 2022 en se durcissant. Difficile donc de comparer avec les taux d’une année à l’autre. Et donc de dire, c’est l’année la plus terrible jamais vue en termes de taux. Peut-être que l’on y a déjà été confronté dans le passé, quelque part sur l’ensemble des eaux retenues de Grangent, bien au-delà de Saint-Victor, sans le savoir. Surtout que l’ARS a été claire lors de nos dernières réunions : seules les eaux de baignade sont vérifiées, les nôtres et celles des autres municipalités. »

Le 16 juillet, nous avons immédiatement pensé à un épisode de pollution exceptionnelle provoqué par un fait extérieur. Ce n’est pas le cas.

Alexandre Rochatte, préfet de la Loire

Pour expliquer cet épisode particulier ou non de 2023, le plus probable, c’est qu’il soit lié à la météo des derniers mois, estime Charles Dallara. Ce qu’a directement confirmé le préfet de la Loire à If Saint-Etienne, contacté par téléphone ce vendredi en début d’après-midi : « Le 16 juillet, effectivement, nous avons immédiatement pensé à un épisode de pollution exceptionnelle provoqué par un fait extérieur. Finalement, il n’y a pas de nécessité d’enquêter pour retrouver l’origine de cette pollution car les analyses ont montré qu’il s’agit bien d’un développement exceptionnel du phénomène des cyanobactéries habituelle. Or, l’eau a connu une température élevée comme jamais et nous avons subi de très fortes pluies en mai-début juin (faisant brusquement ruisseler et déverser plus de résidus d’engrais que d’habitude ? Ndlr), pas vues les années précédentes. » Si ce scenario météo du 1er semestre 2023, est la manifestation de modifications climatiques, « cela ne va pas aller en s’arrangeant… », conclut Alexandre Rochatte.   

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