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dimanche 19 mai 2024
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Le Collectif économique de la Loire veut « faire sauter le verrou administratif »

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Si la CPME 42 ne s’est pas jointe à eux, deux syndicats patronaux, six organisations professionnelles et les trois chambres consulaires ont début avril lancé officiellement – après 5 ans de gestation -, le « Collectif économique de la Loire ». Objectif ? Faire avancer des projets jugés cruciaux pour le département mais bloqués, estiment-ils, par l’inertie des pouvoirs publics. Energie et réindustrialisation, mobilité et friches, formation et insertion, eau et forêts : ses membres* considèrent que leurs expertises respectives légitiment leur force de propositions transversale. Entretien avec Benoît Fabre, président du Medef Loire et co-président du collectif.

Lors de la présentation début avril de la démarche annoncée comme unique en France à ce stade.

Vous avez présenté début avril votre collectif, sa composition*, ses intentions, son calendrier… Mais il est déjà lancé de manière informelle depuis plusieurs années. Quelle est sa genèse ?

« Les Gilets jaunes. L’idée remonte même au début du mouvement, c’est-à-dire à novembre 2018. Le préfet de l’époque, Evence Richard avait réuni, comme dans les autres départements, les représentants du monde économique (CCI, CMA, Chambre d’agriculture, Medef, CPME, Ndlr) ligérien. C’était au moment le plus critique pour le gouvernement (violences et velléités aux allures révolutionnaires face au pouvoir de fin novembre/début décembre, Nldr) et la question du préfet était claire : « Au regard de la situation que nous vivons, soutenez-vous le gouvernement ? » A cette période-là du mouvement, nous avions globalement répondu qu’il était l’expression de la colère de nos salariés, dans leur très grande majorité vis-à-vis de leur pouvoir d’achat, dans un pays où il est fréquent de vivre moins bien en travaillant qu’en ne travaillant pas. Les premières semaines du mouvement, c’était ça. Après… »

« Après », vous n’approuviez plus ?

« Je parle au nom d’un collectif du monde économique et ce monde-là est républicain, démocratique et pacifique. L’enchaînement de casses, l’état d’esprit qui a majoritairement suivi, non, il ne l’approuvait pas. Le problème socio-économique était là. Il est toujours là. Mais ne justifie pas de détruire chaque semaine des biens publics, leurs biens et celui d’autrui, d’autant plus que non responsable. Les circonstances ont donc amené des rapprochements inédits, en particulier entre Medef et Chambre d’agriculture. Fin 2018, les accords d’achat entre agriculteurs et Grande distribution (issus de la démarche gouvernementale lancé en 2017, Ndlr) n’ont pas été promulgués par le gouvernement qui craignait d’ajouter de l’huile sur le feu côté pouvoir d’achat… Le président de la Chambre d’agriculture Raymond Vial avait alors insisté sur le fait que ce renoncement, une fois de plus, allait être mal encaissé et décrédibiliser la parole d’Etat… Nous l’avons soutenu : c’est le premier secteur économique dont les entrepreneurs et salariés ne vivent pas de leur travail et c’est inadmissible. C’est de ce rapprochement peu évident, a priori, alors qu’en réalité, il l’est, qu’est né le collectif. Et c’est pour cela que Raymond Vial le co-préside avec moi. »

La présentation officielle de nos premiers projets pour solutionner des problématiques de ce département sera faite au début de cet automne. 

Vous n’aviez jusque-là, jamais échangé ?

« Très peu. Nous avons pourtant beaucoup de sujets à travailler en commun, plutôt qu’à opposer pour le bénéfice de tous plutôt qu’au détriment de tous. Des sujets comme les problématiques du foncier, de l’énergie, de l’eau, des forêts et au-delà de la formation, du devenir des friches agricoles comme le devenir des friches industrielles et touristiques sont des sujets transversaux. Il est là l’esprit du collectif : décloisonner, proposer. »    

Mais entre vos premiers échanges avec Raymond Vial fin 2018 et votre présentation officielle il y a quelques semaines, plus de 5 ans se sont écoulés…

« Oui. Le temps de fédérer fermement un maximum d’acteurs, au fil de nos rencontres, ce qui a été initié par une première rencontre en juillet 2019 à laquelle ont participé 25 organisations dont des conseils de développement intercommunaux. Certaines ne sont pas membres mais soutiennent ce collectif qui, soulignons-le est unique en France. On m’a demandé en 2022 au sein du Medef 42 d’enchaîner un 3e mandat consécutif, ce qui ne se fait pas normalement pour avoir le temps de le concrétiser. Pendant ce temps assez long, oui, avec une constitution juridique de la structure prévue pour juillet prochain selon des statuts restant à déterminer, le travail transversal, de terrain a, lui, largement été entamé. Les premiers projets que nous souhaitons proposer ont émergé dès 2021 et été présentés à la précédente préfète Catherine Seguin. Ils ont depuis avancé et leur présentation officielle sera faite au début de cet automne. »

Quelles sont du coup ces « propositions », objet de ce regroupement transversal ?

« L’objectif est d’apporter aux décideurs de quoi résoudre les problématiques propres à ce territoire sur des enjeux structurants. Nous souhaitons avoir la possibilité de prendre notre destin en main et chaque membre a des expertises spécifiques ou commune à apporter pour passer les obstacles. Les projets ont un ou deux membres chefs de fil selon leurs thématiques : énergie (projet « boucles ACC », Ndlr), réindustrialisation (projet d’un « consortium industriel » et d’une filière chanvre), eau et forêt (« études Hmuc » ; « water valley »), éducation/formation/insertion (« alternance ») et aménagement du territoire (« mobilité », « friches »). »

Ce n’est pas une question de pré carré des uns est des autres mais de contribuer à maintenir et développer une activité qui doit et permet de générer de la valeur ajoutée donc des impôts pour l’action publique.

N’est-ce pas le rôle des politiques, élus issus des urnes aux commandes de la puissance publique nationale et locale ?

« Tout à fait. Mais ils sont le plus souvent impuissants vis-à-vis de l’inertie bureaucratique, de la lourdeur législative. Prenons l’exemple de l’A45 qui a échoué en grande partie parce que Lyon et le nord de la Loire n’en voulaient mais aussi parce que les services de l’Etat, loin des réalités du terrain, ne comprenaient pas la nécessite d’une seconde autoroute Ouest/Est à 50 km de distance de la première. C’est cette vision de services qui a gagné, en dépit de la parole politique (trois promesses publiques présidentielles consécutives, Ndlr). Il n’y a pas, ou alors très peu, d’entrepreneurs côté gouvernemental – par entrepreneurs, je n’inclus pas les « financiers » -, donc de conscience des réalités. Nos organisations ont des responsabilités économico-sociales. Nous avons des solutions à faire part, de manière constructive. Ce n’est pas une question de pré carré des uns est des autres mais de maintenir et développer une activité qui doit et permet de générer de la valeur ajoutée donc des impôts pour l’action publique. C’est ça l’enjeu suprême. Sans impôts, pas de quoi financer le système. D’autant que nous avons un Président qui fait le pari de l’activité économique pour assumer une dépense publique toujours plus déficitaire. Nous n’y arriverons pas sans faire sauter le verrou administratif. »

Pouvez-vous en dire un peu plus sur vos projets, sur la mobilité par exemple. L’Etat a démontré plusieurs avancées sur l’amélioration des échanges entre Saint-Etienne et Lyon via « Mobi’Lyse » (lire aussi), sa démarche de compensation de l’A45…

« Avec une inertie et une longueur technocratique énormes et des résultats incertains. Sachez pour ne prendre que cet exemple dans l’exemple, que nous avons effectivement notre propre proposition de projet d’amélioration sur le goulet de la Gouyonnière de l’A72 et ses 80 000 vl/j avec une faisabilité réelle mesurée par les relevés de pros et leurs outils adéquats, déjà là et connaissant le terrain : ceux de la FBTP Loire. D’une certaine façon, on fait le boulot des élus en fait. Mais beaucoup plus vite, plus efficacement. Encore une fois, nous avons les compétences. Nous présenterons donc des solutions et ce n’est en réalité pas aussi compliqué que cela en a l’air. Idem pour le contournement ouest de Saint-Etienne. »

Nous avons notre propre proposition de projet d’amélioration sur le goulet de la Gouyonnière de l’A72 et ses 80 000 vl/j. C’est celle des professionnels et connaissant le terrain.

Développer le réseau routier, n’est-ce pas favoriser l’étalement urbain et continuer à vider sur la Plaine du Forez l’agglomération stéphanoise ?

« La base de l’économie, ce sont les flux. Et cette logique que vous évoquez, revient à vouloir enfermer les plus pauvres dans les murs de la cité. Tout ce qui s’oppose aux flux, à la circulation entretient et crée de la pauvreté. Nous sommes pour des flux de circulation facilités pour moins de pauvreté à Saint-Etienne et ailleurs. La réglementation excessive ne peut décemment pas être un prétexte à l’inertie politique, à ne pas faire plutôt que faire. Surtout qu’il y a des moyens législatifs permettant d’aller plus vite qui ne sont pas utilisés. Pour la requalification des friches industrielles c’est exactement le même souci : cela prend un temps ahurissant et l’investisseur, lui, n’a pas le temps : il va ailleurs. Alors que l’on a sous la main un procédé de dépollution révolutionnaire et adéquat issu d’une école d’ingénieurs stéphanoise, l’Enise… Comme disait Edgar Faure, l’immobilisme est en marche et rien ne peut l’arrêter. On va quand même essayer. Je précise tout même nos excellentes relations avec le préfet qui, je pense, a pris la mesure de tout ça… »

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