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« Petites villes de demain », le produit dopant des petites centralités

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Lancé fin 2020, le dispositif de soutien financier Petites villes de demain (PVD) vise à redynamiser les centres bourgs de petites communes exerçant un rôle de centralité pour d’autres. Il entre dans sa phase d’opérabilité au gré des conventions signées une à une par la préfecture avec les intercommunalités et leurs communes sélectionnées. Quatre sont de Loire Forez dont Saint-Bonnet-le-Château, exemple type, où les collectivités avaient rendez-vous, jeudi 10 novembre, avec la préfète.

La préfète Catherine Seguin en déambulation dans les rues de Saint-Bonnet-le-Château jeudi dernier, le député Dino Cinieri, entre autres à ses côtés. © If Média/Xavier Alix

« Ce modèle-là ? C’est fini, alors oui, j’y crois. » Élu en 2020, le maire Patrick Ledieu ne doute pas que le centre bourg de Saint-Bonnet-le-Château va peu à peu se repeupler. Lui-même habite un des petits lotissements de la commune du Haut Forez depuis 15 ans. Mais le modèle en perdition dont il parle, est bien celui d’un habitat pavillonnaire, vorace en terres, tel que l’a typiquement connu le Forez. L’objectif zéro artificialisation nette en 2050 obligera d’aller dans ce sens, estime l’élu, par ailleurs vice-président de l’agglomération Loire Forez à l’urbanisme. Jeudi dernier, Patrick Ledieu est devenu le premier maire sambonitain à recevoir un préfet, en l’occurrence une préfète.

Catherine Seguin était en visite pour y signer avec l’intercommunalité et quatre de ses communes – Saint-Bonnet-le-Château donc mais aussi Boën-sur-Lignon, Sury-le-Comtal et Noirétable – ces conventions permettant la concrétisation des opérations de revitalisation liées au programme « Petites villes de demain » (PVD). L’Etat est en effet derrière ce dispositif de soutien aux « petites centralités », telles qu’il les définit. Le profil : des gros villages ou de petites villes situées dans des zones rurales ou relativement rurales dont la population peut varier (avec cette barre maximum de 20 000 habitants) mais jouant un rôle commercial, présentant des services privés et publics, voire pourvoyeuses d’emplois vis-à-vis des autres communes autour, davantage dépourvues dans ces domaines. PVD est en fait une reproduction, adaptée à leur échelle, du plan « Action Cœur de Ville » initié en 2018 et s’achevant cette année.

17 communes de sept intercommunalités dans la Loire

Il concernait, lui, 222 communes moyennes (ou « intermédiaires » autour d’une notion très relative sur le niveau de population), non situées sur le territoire d’une métropole. Dans la Loire, Montbrison et Roanne avait été sélectionnées, obtenant ainsi des fonds de soutien de la part de l’Etat dans leur démarche de redynamisation de leurs centres villes. Apparemment à la satisfaction générale puisque la création de Petites villes de demain (PVD) découlerait du succès d’Action Cœur de Ville, nous précisent les services de l’Etat ligériens. Dans la Loire, 17 communes de 7 intercommunalités, chargées de relayer PVD pour leurs municipalités retenues, ont ainsi été sélectionnées fin 2020. Nous ignorons combien de candidats ont été recalés. On est certes loin des sommes mobilisées par l’Anru, 2e version, quatre fois moins exactement. Mais le dispositif doit accorder tout de même à 1 000 communes un total de 3 Md€ sur six ans par la mobilisation de fonds d’État, à 60 % la Dotation d’équipement des territoires ruraux  (DETR) et la DSIL (dotation de soutien à l’investissement local).

L’ensemble des communes et intercommunalités sélectionnées par PVD.

Mais aussi les agences publiques que sont l’ANCT, le Cerema et l’Anah ainsi que la Banque des territoires. En commençant par un soutien à l’ingénierie et donc la capacité d’obtenir des fonds auprès des derniers cité. C’est-à-dire à monter des dossiers rentrant dans leurs clous, en faisant appel à des expertises que ne peuvent habituellement pas se payer ces petites centralités à redynamiser. A chaque commune ses besoins et donc ses projets : revitaliser l’habitat, un patrimoine, le commerce, l’espace public et le cadre de vie, les services publics (un espace numérique par exemple), un soutien à l’économie (conversion d’une friche urbaine, création d’un lieu de télétravail), rénovation énergétique du bâti communal… L’appui à l’ingénierie a déjà été débloqué par une convention d’adhésion il y a 18 mois débloquant 85 000 € et la prise en charge partielle du coût d’un poste de chef de projet (jusqu’à 75 %). De quoi préparer le projet de territoire et établir les premiers diagnostics.

Les symptômes de Saint-Bonnet-le-Château

Après l’avoir fait avec Pélussin et le Pilat rhodanien début octobre, la préfète Catherine Seguin a récidivé jeudi 10 novembre avec Loire Forez pour quatre de ses communes en signant ainsi cinq conventions. Elles valent Opération de revitalisation du territoire (ORT) sur un périmètre défini qui peut inclure un autre zonage que le centres-villes/centre-bourgs. Elle permet, aussi, des facilités sur les préemptions du bâti vacant. Parmi les communes signataires, Saint-Bonnet-le-Château est à la fois un exemple symptomatique et atypique des communes ayant sollicité PVD. Montée à 2 500 habitants, la démographie locale s’est mise à sérieusement s’éroder à partir de la fin des années 1970 passant progressivement de 2 300 Sambonitains, à moins de 1 500 en 2006. Légèrement reparti à la hausse, jusqu’en 2011, le niveau de population piétine à nouveau, à peine au-dessus de la barre des 1 500.

La préfète observant des travaux en plein centre bourg de Saint-Bonnet, entourée de son maire, Patrick Ledieu sur sa droite et de Claudine Court, sur sa gauche, vice-présidente de Loire Forez à l’habitat et aux centres-villes. ©If Média/Xavier Alix

Pourtant, la commune n’est dépourvue, ni de commerces, ni d’entreprises artisanales, voire industrielles au premier rang desquelles au rayon renommée, les établissements Obut, passage obligé du programme de la préfète jeudi dernier. « Il y a environ 1 000 emplois sur la commune et 1 200 élèves scolarisés entre écoliers et collégiens. Au niveau économique, l’enjeu est de maintenir nos entreprises qui cherchent à s’agrandir (la friche Souvignet, en reconversion était aussi de la visite, Ndlr) avant même d’en faire venir. » Ex « ville » centre d’une communauté de communes qui a porté son nom, Saint-Bonnet-le-Château joue donc encore ce rôle fameux de centralité pour nombre de villages des environs. Mais le costume reste fragile avec ses accrocs. L’occupation du centre bourg, en particulier, dont l’habitat est encore vacant à 20 % reste un défi.

« L’effet gâchette » de PVD

Sa valeur patrimoniale, couronnée par son imposante collégiale du XVe siècle, n’est pourtant pas à démontrer : ce qui était déjà une petite centralité artisanale au Moyen-âge a donné aux lieux un caractère urbain raffiné que l’on fait plus que deviner malgré les pierres noircies par le temps et les crépis criminels des XIXe et XXe siècles gâchant encore plus d’un bâtiment de la fin de la période médiévale ou de la Renaissance. Comment valoriser, entretenir, faire vivre, rendre fonctionnel cet ensemble pour qu’il soit davantage habité ? Aussi bluffante que soit une façade une fois rénovée, il n’est pas évident d’y faire élire domicile face aux aspirations fonctionnelles du périurbain moyen. Du moins jusque-là, estime Patrick Ledieu : « Ceux qui veulent désormais vivre dans des communes comme la nôtre devront forcément davantage regarder du côté de ces bourgs. » A la commune avec l’appui de Loire Forez, et donc de l’Etat, de le rendre le plus attractif possible.

D’autant plus vrai pour Saint-Bonnet que le territoire communal est minuscule, l’un des plus petits du département avec 1,87 km2. La vacance des logements a d’ailleurs déjà commencé à diminuer dans le centre de Saint-Bonnet puisqu’elle s’élevait à plus de 25 % au début des années 2000. Mais si certaines rues et façades ont déjà retrouvé de l’allure au gré des programmes de rénovation lancées précédemment, l’ampleur de ce qui va être entrepris n’a jamais eu d’équivalent assure le maire actuel qui donne la liste : « D’ici la fin du mandat, nous aurons mis 2 M€ sur la voie publique et encore 2 M€ sur l’îlot historique. Sur celui-ci, PVD aura « un effet gâchette » : neuf logements vont être réhabilités pour 30 logements construits sur la commune d’ici 2026. »

Noirétable, Boën et Sury-le-Comtal : chacun ses besoins

C’est une batterie de conventions qui a été signée le 10 novembre. D’autres suivront. © If Média/Xavier Alix

Il faut ajouter pour l’attractivité globale de la commune 800 000 € afin de refaire l’école des Mésanges ou encore la construction d’un nouveau gymnase (3 M€) et donc le projet de reconversion de la friche Souvignet en pépinière d’entreprises, lui aussi à 2 M€. Dans les locaux sambonitains de l’agglomération Loire Forez jeudi, face son président, Christophe Bazile, maire de Montbrison qui a salué le bien-fondé de PVD, parfait « écho » à ses yeux de la pratique déjà existante de mutualiser l’ingénierie urbaine au sein de son intercommunalité, la préfète rappelait « l’extrême diversité des choix » des communes en fonction de leurs besoins. Insistant cependant sur la nécessité impérative d’y intégrer des projets faisant avancer leur transition écologique. Pour Noirétable, un peu plus de 1 500 habitants aussi, son maire Julien Degout évoque ainsi l’appui à la création d’une micro-crèche, la réhabilitation d’un immeuble pour de nouveaux logements.

A Boën, 3 200 âmes, le premier magistrat Pierre-Jean Rochette qui se félicite d’avoir ainsi eu l’occasion de porter une réflexion de très long terme sur sa commune veut mettre hors-jeu les complexes locaux : il insiste sur la nécessité d’apaiser la circulation au sein d’un centre bourg traversé par 10 000 véhicules quotidiennement afin de le rendre plus attractif pour y habiter tout en préservant son caractère commercial. Pour Sury-le-Comtal, la plus peuplée des quatre (6 650 habitants) et la seule témoignant d’un fort dynamisme démographique (+ 2 000 habitants en 20 ans) du fait d’un positionnement géographique plus favorable, son maire Yves Martin se réjouit – « enfin ! » – de pouvoir s’attaquer à la redynamisation d’un centre bourg historique aux difficultés, dit-il, proches de celles de Saint-Bonnet-le-Château.

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