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Eau : dans quelle situation est la Loire à la sortie de l’hiver ?

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Les dernières précipitations ne démentiront pas la situation. Mais les trop hautes températures et le développement précoce de la végétation de mars ne permettent toutefois pas d’abonder un bilan hydrique assez favorable. Il est d’ailleurs, somme toute, plus normal qu’exceptionnel à l’issue de l’hiver météorologique, fixée au 1er mars. C’est ce que nous déduisons du dernier bulletin de la situation hydrologique de Météo France croisé avec sa version régionalisée par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Auvergne-Rhône-Alpes parue il y a une semaine. Analyse.

Le spectacle offert le 22 mars par le barrage de la Rive à Saint-Chamond remplit de quiétude. ©If Média/Xavier Alix

Il n’y a rien de plus essentiel. Peut être rien de plus précaire aussi. Mais si vous êtes en quête d’une bonne nouvelle, en voilà une : il y a de l’eau à la sortie de l’hiver dans la Loire. Le département est loin de la situation plus qu’alarmante constatée il y a pile un an. Sans un printemps pluvieux et salvateur qui commençait alors, on n’ose pas imaginer les conséquences, dans le contexte estival sec et ardent (fin juillet exceptée) qui a suivi et s’est étalé, jusqu’à mi-octobre. Heureusement, l’automne et l’hiver ont été pluvieux sous nos tropiques. Mais plus « assez » que « très ». Gare aux impressions : ce qui a été vécu dans la Loire de 1er septembre au 1er mars – « l’année hydrologique », comme Météo France définit cette période – est, en fait, plus souvent proche de l’habituel que de nature exceptionnelle.  

Au niveau des précipitations

En février, en moyenne en France, la pluviométrie a été excédentaire de 50 % vis-à-vis de la « normale » (la moyenne) 1991/2020. Au niveau régional, les précipitations agrégées sont de 78 mm soit un excédent de 12 % par rapport à la normale. Après un début de mois relativement sec, les précipitations furent régulières dans la région. Le cumul mensuel de précipitations est hétérogène : déficit de 10 à 30 % sur la chaîne des Puys et les Combrailles ; déficit de 10 % en Isère, 30 à 50 % voire 70 % en Vanoise. En revanche, la Dreal relève un excédent moyen de 15 à 30 % dans l’Ain, le Rhône, la Drôme et la Loire. Dans la Loire, cet excédent est davantage marqué dans un large tiers nord du département (sauf le Pays de Charlieu-Belmont), le sud-ouest et l’extrême sud (25 à 50 %). Le reste du territoire est placé dans une fourchette excédentaire allant de 0 à + 25 %.  

Sur les six derniers mois, les précipitations ont été là mais globalement dans la normale. Elles ont été au-dessus sur les 30 derniers jours écoulés. Image Pixabay

Et de septembre jusqu’à mars non inclus, « l’année hydrologique » période de la recharge en eau post estivale ? Avec 716 mm de précipitations agrégées sur la région depuis septembre 2023, l’excédent comparé à la normale 1991/2020 se situe à hauteur de 23 % (7ᵉ cumul le plus élevé depuis 1959), informe la Dreal Aura. Pour la même période 2022/23, les précipitations étaient déficitaires de 17 %. Pour ce qui est de la seule Loire, du 1er septembre au 29 février, l’excédent – dans une fourchette variant de 10 à 20 % – n’est, en fait, valable que pour les reliefs de l’ouest : monts du Forez, Haut Forez, partie sud des monts de la Madeleine. La partie centrale et le sud-est que forme le Pilat étant en réalité déficitaire (dans une fourchette de 10 à 25 %). Le reste du département est proche de la « normale ».

Le site Info Sécheresse*, lui, relève sur 9 stations de suivi qu’il analyse, réparties sur toute la Loire, des précipitations dans la normale, sur les six et trois derniers mois à partir du 24 mars. Elles ne sont au-dessus, très au-dessus, et même extrêmement au-dessus (Gier et monts Pilat) que sur la période 23 février / 24 mars pour 8 d’entre elles, la 9e (monts du Forez) restant dans la normale sur cette période.

Des cumuls pas toujours efficaces

S’ajoute au chapitre pluviométrie, une autre : la notion de « précipitations efficaces » définie par Météo France comme « l’eau disponible pour l’écoulement et la recharge des nappes ». Depuis septembre 2023 jusqu’à février inclus, à l’échelle régionale, le cumul des précipitations efficaces agrégées est de 542 mm soit un excédent de 24 %. Il s’agit du 9ᵉ cumul le plus élevé depuis 1959. Dans la Loire, on retrouve un schéma logiquement proche du cumul général des précipitations : de + 10 à + 25 % d’excédent vis-à-vis de la moyenne, toujours dans les monts du Forez mais sur un territoire plus réduit. En revanche, le Pilat, voire les vallées de l’Ondaine et du Gier et, au milieu, Saint-Etienne, subissent un déficit de précipitations efficaces vis-à-vis de la normale variant de 25 à 50 ! Ailleurs, pour plus de la moitié du territoire départemental, le cumul efficace a été proche de la normale.  

Humidité des sols

Comme les mois précédents, février 2024 a connu des températures plus douces que la normale. L’excédent thermique est même exceptionnel puisqu’il s’agit du deuxième mois de février le plus doux depuis 1947, après février 1990, explique la Dreal Aura. Signe de cette douceur marquée et durable : en février, aucun jour de gel n’a été relevé à Lyon-Bron (69), au lieu de 11 habituellement. Dans la Loire, les températures minimales et maximales se situent quasiment toujours au-dessus des normales de saison.

Le site Info Sécheresse* relève ainsi sur les trois derniers mois six stations de relevés sur neuf présentant un bilan des températures au moins 2° C de moyenne au-dessus de la « normale ». Les trois autres (dans les monts du Forez et le Pilat) étant à 3° C au-dessus ! Ce qui n’est pas sans conséquences sur le rapport pluie / bénéfice pour l’humidité des sols.

Dans la Loire, la majeure partie des sols témoignaient au 1er mars d’une humidité conforme mais sans plus à ce qu’elle doit être à ce stade de l’année.

Aussi, au 1er mars, l’écart pondéré avec la normale 1991/2020 était nul et même légèrement supérieur (de 0 à + 10 sur une échelle allant jusqu’ à + 100)  dans le Roannais, sauf pour sa partie sud-ouest, ainsi que dans le Pilat. Mais pour le reste du département, il était légèrement de négatif (de 0 à – 10 sur une échelle allant jusqu’ à de – 100) ailleurs.

Indicateur sécheresse ok

L’indicateur spécifique de la sécheresse des sols de Météo France est calculé à partir de l’indice d’humidité des sols moyenné sur 3 mois. Cet indice de probabilité permet un classement des sols d’extrêmement sec à extrêmement humide par rapport aux 3 mêmes mois sur la période de référence 1991-2020.

Pas de donnée régionalisée par la Dreal dans son dernier bilan. En revanche, pour la période décembre 2023/février 2024 la carte nationale de Météo France place la Loire dans la catégorie « autour de la normale » à l’exception d’une « petite » tache jaune, soit « modérément sec » sur le territoire de Saint-Etienne et d’un morceau de l’Ondaine.

Hydraulicité des cours d’eau

A l’issue du mois de février, la situation des eaux superficielles était proche de la normale au niveau régional, la Dreal Aura soulignant toutefois le caractère « fragile de la situation », certains cours d’eau ne s’étant amélioré que récemment (bilan au 1er mars pour rappel), voire étant alors encore sous la normale. La plupart des relevés communiqués par la Dreal sur les cours d’eau de la Loire au 1er mars était dans la « moyenne mensuelle ». En léger déficit alors, toutefois pour ce qui est du fleuve Loire à Bas-en-Basset aux portes du département mais aussi plus loin à Montrond-les-Bains et Villerest. Idem pour le Sornin tel que relevé à Pouilly-sous-Charlieu. Tandis que le Lignon témoigne lui d’une hydraulicité légèrement supérieure à la normale.

Document issu du bulletin mensuel hydrologique de la Dreal.

Près d’un mois s’étant écoulé, vis-à-vis des débits actuels, le site Info Sécheresse * qui dispose de données sur 16 cours d’eau (à partir d’autant de stations fixes affectés chacun d’eux) fait état au 26 mars d’une situation « proche de la normale » pour l’Aix, l’Anzon, le Lignon (deux stations relevant ce niveau pour le Lignon à Saint-Germain-Laval ; Poncins), le Gourtarou, La Toranche, la Coise dans le centre du département. De la normalité ailleurs aussi, pour la Mare à Saint-Marcellin-en-Forez, le Sornin relevé à Pouilly-sous-Charlieu.

Le fleuve Loire est, lui passé à un niveau haut, voire très haut pour un 26 mars à Villerest dans ses deux stations respectives. Il est désormais très haut, aussi, à Montrond-les-Bains. Tout comme le Gand à Neaux, l’Ecotay à Marlhes et le Lignon, pour ce qui est de son relevé à Chalmazel. Le Bonson est à un niveau légèrement supérieur à Saint-Marcellin-en-Forez. Enfin, le Gier, tel que relevé à Rive-de-Gier est à un « haut niveau ».  

Niveau des nappes phréatiques

Document issu du bulletin mensuel hydrologique de la Dreal.

Le département Loire a cette caractéristique, pas très courante, de compter bien davantage sur ses eaux superficielles pour son alimentation eau potable plutôt que sur des nappes relativement peu présentes à l’échelle du département. Pour ce qui est de celle régionale, depuis la fin de la période d’étiage 2023, la situation des nappes s’est « globalement améliorée grâce à des précipitations efficaces globalement excédentaires à l’échelle de la région, mais dans le détail la situation reste disparate », note la Dreal. « Au niveau des alluvions de la Loire, la situation est moins favorable qu’au mois précédent avec des niveaux qui repassent à valeur moyennes pour la période », notent les services de l’Etat.

Les quatre nappes suivis se situent dans le Forez en effet le long du fleuve Loire, dans le centre du département. Au 1er mars, celles de Saint-Galmier et Chalain-le-Comtal étaient à un « niveau très bas » mais stables, celle de Saint-André-le-Puy « bas », en légère hausse. La quatrième, un peu plus au nord à Cleppé était à un niveau jugé indéterminé mais présenté comme en légère hausse.  

De son côté, le site Info Sécheresse* confirme, au 26 mars, le niveau très bas de Saint-Galmier et Chalain-le-Comtal par rapport à ce qu’elles devraient présenter, parlant de « modérément bas » pour Saint-André-le-Puy et de « bas » pour Cleppé. Nous suivons régulièrement le site Infos sécheresse depuis près de 4 ans. Et les couleurs rouges-oranges sur les nappes (confirmées par les données de Météo France) sont systématiquement présentes. Le problème semble là structurel et la baisse du niveau constante, pluviométrie favorable ou non. La carte de France départementalisée présentée par Info Sécheresse (ci-dessous) est à ce sujet flagrante : seules la Loire et les Pyrénées orientales, dont la situation catastrophique a été tant médiatisée, apparaissent en rouge…

*Ce portail interactif est développé par l’entreprise imaGeau issue du CNRS (Laboratoire Géosciences de Montpellier).

Quid des barrages de Saint-Etienne Métropole ?

Au 10 mars 2023, leurs niveaux étaient dans un état plus qu’inquiétant, extrêmement angoissant. Le taux de remplissage moyen dans les huit barrages de Saint-Etienne Métropole atteignait alors seulement 48,8 % alors qu’ils devraient être plein à la sortie de l’hiver. Contacté mi-mars, Bernard Bonnet, vice-président en charge de l’eau à Saint-Etienne Métropole, témoignait alors d’une situation infiniment plus favorable, « radicalement différente » : tout ce qui était alors affecté à la ressource en eau potable, était alors plein (le barrage du Couzon qui faisait peur à voir il y a un an débordant début mars) ou quasiment plein qu’il s’agisse de ceux du Gier, du Pas de Riot du côté de Saint-Etienne.

Vue depuis le barrage de la Rive à Saint-Chamond avec tout au fond la retenue de Soulages en direction de la vallée du Gier. ©If Média/Xavier Alix

« 2022 n’est pas à considérer comme une année exceptionnelle »

En revanche, La Valette, situé en Haute-Loire (qui peut alimenter jusqu’à 70 % Saint-Etienne, en jouant avec le recours au Pas du Riot, mais qui alimente désormais à 100 % Firminy) ne profite actuellement pas de cette situation. Sa capacité de 41 millions de m3 doit être maintenu à 26 millions en raison de l’engagement de travaux de sécurisation. Travaux qui doivent durer plusieurs années.

Ce n’est pas d’actualité à l’issue de cet hiver mais en cas de nouvel épisode de sécheresse prolongée, cela ne risque-t-il pas d’être très handicapant, cette réserve étant stratégique ? « Nous travaillons justement à ce sujet actuellement pour avoir des réponses, sachant que les interconnexions progressent, répond l’élu. Pour le reste, nous sommes dans une situation favorable oui mais en fait juste normale. Il faut garder à l’esprit prudence et sobriété dans l’usage. 2022 n’est pas à considérer comme une année exceptionnelle au regard du réchauffement climatique. »

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