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samedi 20 avril 2024
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Le Banc national d’épreuve vise un développement canon

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Pas courant de voir ce service historique de la CCI, ouvrir ses portes aux médias locaux. Tous les médias locaux, à l’occasion d’une rarissime visite presse il y a une semaine. Résistance balistique des matériaux, des équipements, homologation de munitions, épreuve, sinon neutralisation et destructions des armes : l’enceinte du Banc national d’épreuve (BNE) à Saint-Etienne, derrière le parc des sports de Méons, cache un « laboratoire unique en France ». Le contexte pousse le BNE à afficher quelques ambitions. Et il a besoin de le faire savoir.  

Armes sportives appelées à être vérifiées au sein du BNE de Saint-Etienne. ©If Média/Xavier Alix

« Oui : il existe vraiment ! », en plaisante Nicolas Bonnet. Le DG du BNE depuis 2021, en a conscience : dans la plus pure tradition stéphanoise, alliée, sans doute au tabou des armes, le Banc national d’épreuve (BNE) n’a jamais été des plus volubiles quant à son savoir-faire. Ni même sur ce qui, discrètement, se joue de pourtant si capital derrière ses murs couronnés de barbelés. Le site est situé dans le dos du parc des Sports de Méons. Et on n’y pénètre pas comme dans un moulin. Plutôt comme dans un arsenal. Environ, 60 000 armes civiles – utilisées dans la chasse, le sport et par les polices – défilent ici par an (avec une pointe à 82 000 en 2022, « rattrapage Covid » oblige). Objectif : en ressortir assorties de l’emblématique poinçon du BNE de Saint-Etienne. Pas d’échantillonnage : chacune d’elle est scrupuleusement testée, dans une « gaine de tir » par un contrôleur assermenté afin de vérifier la sécurité de son usage. Ainsi que ses caractéristiques revendiquées pour être ensuite enregistrée.

Il est possible, aussi, que nous ayons un rôle à jouer dans la reconstitution d’une filière de production des munitions puisque le contrôle et l’homologation des munitions de petit calibre sont déjà de nos activités.

Nicolas Bonnet, directeur général du BNE de Saint-Etienne

C’est ce que l’on appelle « l’épreuve des armes » obligatoire pour toutes les armes à feu civiles depuis 1960. Ce savoir-faire-là lui est officiellement attribué, en tant que mission régalienne déléguée – de manière unique à partir de 2010 – par l’Etat français depuis une ordonnance royale datant de… 1782. Mais le « catalogue » des savoir-faire de cette institution stéphanoise qui remonte au XVIIe siècle est loin de s’arrêter là. Il est appelé à répondre à une sérieuse hausse quant à ses débouchés. La loi de programmation militaire, la prise de conscience de la vulnérabilité française et, a fortiori européenne vis-à-vis du contexte géopolitique, donnent quelques légitimes perspectives au BNE, propriété depuis 1856 de la CCI de Saint-Etienne (elle-même intégrée en 2016 dans un ensemble métropolitain). En tant que service directe et non filiale. De nos jours, 38 personnes y travaillent. Trois de plus qu’il y a 2 ans. Le rythme de travail est d’ailleurs passé au 2 x 8, tandis que le chiffre d’affaires, en hausse, est passé de 2,13 M€ 2022 à 2,93 M€.

Le BNE de Saint-Etienne envisage une extension

Nicolas Bonnet, DG du BNE de Saint-Etienne et Irène Breuil, présidente de la délégation Saint-Etienne de la CCI métropolitaine. ©If Média/Xavier Alix

Le contexte international et la loi française de programmation militaire ont, ici, déjà leurs effets. « Notre objectif est d’atteindre un CA 5 M€ d’ici 3 ans, annonce Nicolas Bonnet. Dans le cadre de nos plans de développement, cela impliquerait le recrutement de 5 à 6 personnes : des techniciens, des ingénieurs, et bien sûr des armuriers. Oui, comme c’est fréquemment le cas ailleurs, ce n’est pas évident de recruter dans notre domaine même si on peut localement compter sur la dernière filière de formation en armement de France avec le lycée Benoît-Fourneyron. Il est possible, aussi, que nous ayons un rôle à jouer dans la reconstitution d’une filière de production des munitions puisque le contrôle et l’homologation des munitions de petit calibre font déjà partie de nos activités. L’ensemble fait qu’une extension de notre site de 20 à 25 % est envisagée. Si cela se fait, oui, ce sera sur place : nous avons les réserves foncières attenantes suffisantes. C’est un investissement entre 1 et 1,5 M€. »

Hors de question de laisser faire la concurrence. Probable que ce développement induise une évolution juridique avec de nouveaux partenaires investisseurs. Mais quoi qu’il arrive, nous resterons majoritaires. 

Irène Breuil, présidente de la délégation de Saint-Etienne de la CCI métropolitaine

Investissement qui espère l’appui du « Pack reloc » de la Région Auvergne-Rhône-Alpes (dispositif du conseil régional de relocalisation de production industrielle conditionné à des créations d’emploi) en plus des fonds liés à la loi de Programmation militaire. La visite, il y a quelques mois du député rhodanien Renaissance Thomas Gassilloud qui l’a chapeautée à l’Assemblée nationale n’est pas étrangère à cette ambition. A propos de la reconstitution de d’une filière munitions dans son ensemble (nécessitant a minima environ 15 M€) d’ailleurs, le territoire stéphanois s’est naturellement positionné. Pour ce qui est du seul BNE, « on nous fait de plus en plus de demandes qu’elles viennent de France ou de l’étranger à qui ce savoir-faire n’a jamais échappé, cela de la même manière qu’une entreprise commerciale et industrielle. Ce que le BNE est, relève Irène Breuil, présidente de la délégation de Saint-Etienne de la CCI métropolitaine. Il est hors de question de laisser faire la concurrence. Il est possible aussi, que ce développement induise une évolution juridique avec de nouveaux partenaires investisseurs. Mais quoi qu’il arrive, nous resterons majoritaires. »

Démarchages à l’international

Le Banc national d’épreuve de Saint-Etienne est compétent pour détruire ou neutraliser des armes destinées aux collections muséales ou non. ©If Média/Xavier Alix

Cet « outil pivot de l’industrie française » compte dans ses activités une part d’exclusivité, de monopoles vis-à-vis de ce qui est produit ou transite sur le territoire français mais cela est très loin d’être systématique. Ne serait-ce que pour son appartenance au « CIP », commission internationale permanente pour l’épreuve des armes à feu portatives, trouvant sa genèse dans l’année 1914, et la mise en place de procédures communes. Sa convention internationale instaurée en 1969, pose des normes communes et une reconnaissance mutuelle des procédures pour 14 pays signataires dont… la Russie. Les Etats-Unis y sont liées en tant qu’état « observateur ». Le système en tout cas pousse, dans le contexte du réarmement international à davantage de logique VRP, avec une intensité inédite pour le BNE. Aussi bien donc vis-à-vis des autorités françaises – le ministère de tutelle, l’Intérieur, n’ayant pas forcément conscience jusque-là de l’ampleur stratégique de cet atout – que de l’étranger faisant régulièrement appel aux Stéphanois. Le BNE reçoit régulièrement des délégations étrangères, comme dernièrement une en provenance des Emirats Arabes Unis.

Nicolas Bonnet revient, aussi, à ce titre d’un voyage au Kosovo autour d’un enjeu de taille qui concerne en réalité l’ensemble des Balkans et son intégration graduelle à l’UE : la neutralisation des armes. S’il peut présenter dans ses démarchages, certes les expertises du BNE sur le contrôle de l’efficacité et de la sécurité utilisateur des armes, ou encore autour des munitions, toutes les deux déjà, évoquées il y a, aussi, toute une batterie d’autres savoir-faire. Par exemple donc, cette capacité à neutraliser définitivement, sinon détruire, des armes plus ou moins vieilles. Qu’il s’agisse de demandes de collectionneurs ou de répondre aux récentes opérations étatiques d’abandon des armes et sur lesquelles le banc vient d’ailleurs de travailler pour quatre départements ajoutant à son champ d’action, les Bouches-du-Rhône en ce mois d’avril. Dans son antre, une zone entière est affectée à cette activité où se croisent des antiquités du XIXe siècle ou encore des Première et Seconde Guerre mondiales. Armes allemandes (comme ces étonnants bazookas anti-char des dernières heures du Reich), armes alliées, destinées à retourner chez des particuliers, sinon dans des musées.

La résistance balistique à l’épreuve aussi

La compétence balistique du BNE est aussi valable pour les plaques de blindage équipant les véhicules de l’Armée française. ©If Média/Xavier Alix

Ce n’est pas tout : outre ses capacités d’expertises historique, sinon « pédagogiques » (des armes peuvent être renvoyées aux commanditaires pour mettre en évidence ses mécanismes), le BNE a la capacité de tester la résistance balistique des matériaux de construction via ses tunnels de 15 à 30 m de long. Mais aussi des équipements de protection comme les gilets pare-balles, casques, visières et autres boucliers. Tests possibles sous différentes conditions atmosphériques, y compris en extérieur, et aussi pour tout ce qui touche aux véhicules. Par exemple, pour la mesure des impacts de balles de différents calibres causés sur des batteries, sur les parties constitutives des avions ou encore des trains. Jusqu’à évaluer la résistance des plaques de blindage des véhicules de l’Armée. Ce n’est pas pour rien que le BNE a régulièrement, et de plus en plus, affaire avec Nexter

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