Saint-Étienne
dimanche 14 juillet 2024
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Le plan cancer de Saint-Etienne sera voté le 30 mai

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Fini la phase élaboration et autres points d’étape. Promesse de campagne phare de la majorité élue en 2020, à la concrétisation retardée par la pandémie, le dossier exigeant une longue phase de diagnostic et consultations, le lancement du plan cancer est imminent. Il a été présenté à ses protagonistes (120 participants) et sera voté au conseil municipal de Saint-Etienne le 30 mai.

Patrick Michaud, adjoint à la santé, Gaël Perdriau et Franck Chauvin. ©If Média/Xavier Alix

« Certains diront que bien des actions existaient déjà. Oui, c’est vrai, on ne partait pas de rien. Ce qui existe déjà sera amplifié mais ce que nous allons lancer là est inédit dans sa globalité. » Après 3 années en tant qu’adjoint marquées par le Covid puis une bouleversante affaire juridique, le Dr Patrick Michaud n’est plus tout à fait dans le noviciat politique. A défaut, probablement, d’être personnellement attaqué, son fameux plan cancer, attendu depuis 2020 sera fatalement ciblé par l’opposition lors de son vote en conseil municipal le mardi 30 mai. Comme ce fut déjà le cas en décembre, lors d’un « point d’étape ». Aussi, l’oncologue que Gaël Perdriau avait convaincu d’occuper son poste d’adjoint à « la santé » et (voire surtout) « au plan cancer », anticipe.

Anticiper, c’est bien ce qui préside l’état d’esprit du plan : « En France, la prévention est la parent pauvre des politiques de santé, et c’est très vrai pour le cancer », répètent, tour à tour, Patrick Michaud et le professeur Franck Chauvin. Sommité locale et nationale, le professeur Chauvin, spécialiste de la prévention en cancérologie, à l’activité très tournée vers la santé publique est le fondateur du centre Hygée. Il fut, entre autres, vice-président de la Ligue nationale contre le cancer ou encore président du Haut conseil de la santé publique. Le déploiement du plan cancer de Saint-Etienne est une première à l’échelle d’une municipalité et il n’y est pas pour rien. C’est lui qui a pris son bâton de pèlerin pour tenter de convaincre des collectivités locales qu’une œuvre de prévention pouvait et devait s’intégrer à leurs compétences. Il dit avoir fait mouche très rapidement avec Gaël Perdriau en 2019, rencontré au moment où il planchait sur son programme électoral. Une « surprise », assure-t-il, au regard de ses négociations aussi longues que sans suite avec d’autres collectivités locales.

Le comportement individuel responsable à 40 %

C’est ce qu’il a confié jeudi, lors de la présentation à la presse du plan qui sera lancé à la suite de son vote le 30 mai, n’hésitant pas – parce que le sujet est juge de paix ? – à s’afficher, malgré le contexte, aux côtés du maire du Saint-Etienne. D’abord face aux médias puis face à une partie des 120 acteurs (élus, y compris d’opposition, professionnels de santé, représentants associatifs, citoyens, etc.) qui ont contribué à l’élaboration de ce plan via des groupes de travail comme annoncé il y a tout juste un an . « Quand nous l’avons révélé dans notre programme, cela a étonné tout le monde, a, lui, rappelé Gaël Perdriau. On nous disait que cela ne relevait pas de nos compétences. L’implication essentielle de collectivités locales comme la nôtre dans la gestion de la pandémie a fini de montrer à quel point une mairie peut être pertinente dans ce domaine. Alors, désormais, au sujet du cancer où nous pouvons agir via la prévention, Saint-Etienne a un temps d’avance. »

Moi qui viens de Lyon, j’ai pu constater et comparer deux départements et même deux agglomérations avec une grosse différence en défaveur de la Loire et de Saint-Etienne.

Pr Franck Chauvin

Au point, assure le maire de susciter la curiosité et l’inspiration à l’échelle nationale*, amenant la création d’une commission santé au sein de France urbaine (association des grandes villes et intercommunalités) dans laquelle Patrick Michaud devrait jouer un rôle de premier plan. « En France, vis-à-vis de la lutte contre le cancer, première cause de décès, les soins qui focalisent notre système de santé public, ne jouent qu’à hauteur de 20 %. Le reste se joue ailleurs, met encore avant le Pr Chauvin pour justifier le rôle potentiel d’une collectivité. Or, moi qui viens de Lyon, j’ai pu constater et comparer deux départements et même deux agglomérations avec une grosse différence en défaveur de la Loire et de Saint-Etienne. Pourquoi ? » Parce qu’apparemment, alors que le comportement individuel joue à hauteur de 40 % dans le développement de cancers (380 000 nouveaux cas en France par an, équivalent d’une naissance sur deux !), les déterminants – liés à l’environnement, le cadre de vie, le climat social, les habitudes alimentaires, la sédentarité etc. – y sont plus prégnants.   

Le cancer tue bien plus dans la Loire que dans le Rhône

Un différentiel avec nos voisins flagrant selon les données mises en évidence dans le « pré-rapport » réalisé par Franck Chauvin, base de travail à l’élaboration du plan, aujourd’hui abouti et prêt à être lancé à la suite de son vote mais qui pourra encore « évoluer, vivre dans le temps si besoin », voire « être repris et étendu à l’échelle de la Métropole pour les autres communes qui le souhaitent », glisse Gaël Perdriau. 7 500 Ligériens décèdent chaque année d’un cancer. Dans le pré rapport du Pr Chauvin consultable en ligne, on peut lire entre autres, au milieu d’une foule de données un taux de mortalité lié aux cancers en 2016 dans la Loire de 251,2 (en baisse de 10 points par rapport à 2006) pour 100 000 contre 224,8 dans le Rhône en baisse de plus de… 34 points par rapport à 2006 ! L’écart très marginal en 2006 était en réalité déjà fort entre les seuls hommes (avec même moins de mortalité chez les femmes de la Loire que chez celles du Rhône). Il s’est depuis accentué, tous sexes confondus, en défaveur des Ligériens.

Une partie des contributeurs venue à la présentation du plan en mairie le 11 mai. ©If Média/Xavier Alix

Une pathologie triple peine, en conclut Franck Chauvin qui touche donc les plus dépourvus, qui les déstabilisent davantage dans leur vie et qui, même en cas de rémission, pose l’immense problème peu visible et si peu mis en évidence, de la réinsertion sociale et professionnelle de l’ex malade, CSP + compris. C’est d’ailleurs un des éléments de ce plan Cancer. Celui-ci est déployé sur quatre axes : développer un « environnement favorable à la santé », en luttant notamment contre les addictions, en encourageant l’activité physique, une bonne alimentation ; « communiquer et informer » ; « sensibiliser et aller vers les publics les plus concernés » ; « coordonner une politique territoriale de soins » en jouant les facilitateurs d’accès aux soins (par exemple, l’accessibilité physique d’une personne handicapée à un cabinet) jusqu’à la réinsertion professionnelle. Quatre axes pour 13 fiches et, au total, plus d’une centaine d’actions répertoriées appliquées dès 2023 pour beaucoup et qui se veulent non pas un matraquage répressif ou de culpabilisation mais « des avancées portant un message d’espoir, celui qu’il n’y a pas de fatalité », estime Gaël Perdriau.

Un « aller vers » si crucial

Exemples cités au chapitre « environnement favorable » : la création de parcours sportifs urbains pour encourager à l’activité quotidienne et l’ambition d’une promotion accrue du « mieux manger » avec l’impulsion de jardins partagés. Davantage symbolique mais participant à l’évolution des mentalités, une société sans tabac, de loin première cause de mortalité par cancer, le développement progressif d’espaces publics interdisant de fumer sans cigarettes : parcs, jardins publics, complexe et terrains de sports ou encore abords des écoles. « Cette action sera progressive jusqu’en 2025 et ne se limitera pas à poser trois panneaux mais sera accompagnée d’initiatives de sensibilisation », promet Gaël Perdriau. Le plan cancer, c’est aussi de l’événementiel spécifique ou l’intégrant : Septembre en or, bus de prévention, course comme la Stéphanoise, Octobre rose, Sainté Rose. Au sein de rendez-vous phares comme la Coupe du Monde de rugby ou la Fête du livre.

Sinon plus communs, comme les 3 semaines d’accueil des étudiants. Des occasions d’aller vers le public sur cette thématique. L’exposition nationale « Cancers », actuellement à La Cité des sciences Villette s’exportera pour la première fois depuis Paris pour s’installer quelques mois à Saint-Etienne à partir janvier 2024. Elle aussi, doit contribuer à cet « aller vers », si crucial, du public le plus isolé, le moins informé, pour éviter de ne « convaincre que les convaincus » si on paraphrase l’intervention au conseil municipal en décembre de Jean Duverger, élu EELV. Ce que pouvait effectivement illustrer le peu de succès de la plateforme participative mise en ligne destinée à l’ensemble de la population dans le cadre de l’élaboration du plan : seulement une vingtaine de contributions recueillies de mai à décembre… Reste que l’ensemble ne sera pas qu’une liste de bonnes intentions mais irriguera bien, assure le maire, à la manière des intentions affichées sur le développement durable, chaque délégation et donc chaque service municipal.  

Pas de budget spécifique mais « les moyens qu’il faut »

Je ne doute pas de la sincérité et du travail de Patrick Michaud. Mais il sera floué par les moyens à disposition. Ce n’est pas la baisse des subventions à des associations faisant de la prévention qui va nous contredire.

Isabelle Dumestre

S’il nous assurait en décembre que le plan ne sera nullement « bradé », malgré les contraintes financières inédites conduisant à ces « douloureuses décisions », impossible, par définition, explique Gaël Perdriau de donner un budget précis lié au plan cancer. « On mettra les moyens qu’il faut à chaque action appliquée par chaque service. » Présidente du groupe d’opposition de gauche Saint-Etienne Demain, Isabelle Dumestre n’y croit pas vraiment et dit à If pourquoi : « Je ne doute pas de la sincérité et du travail de Patrick Michaud. Mais il sera floué par les moyens à disposition. Ce n’est pas la baisse des subventions à des associations faisant de la prévention qui va nous contredire. C’est surtout un vecteur de communication pour le maire, qui a d’autant plus intérêt actuellement de se mettre en avant sur ce sujet. » L’élue PS faisait pourtant partie des 120 personnes ayant travaillé sur le plan. Jeudi dernier, à la vue de Gaël Perdriau, salle Aristide-Briand, pour présenter à ces contributeurs la synthèse de leurs travaux, elle a littéralement claqué la porte, estimant sa présence indécente.

* Le plan n’est pas étranger, aussi, à l’accueil du congrès national de la société française de la Santé publique 2023 du 4 au 6 octobre au Centre des congrès de Saint-Etienne sur le thème « Santé publique et territoires : des concepts à l’action ».

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