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jeudi 25 juillet 2024
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TER Saint-Etienne / Clermont-Ferrand : « Ce n’est pas à la Région de payer la réouverture d’une ligne »

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Nous l’avions sollicité dans la foulée du rendu de l’étude du Cerema le 15 mai. Celle-ci détaillait trois scenarios possibles à propos de la liaison Saint-Etienne / Clermont-Ferrand dont une réouverture des 48 km de voies ferrées fermées entre Boën et Thiers chiffrée entre 140 et 160 M€… Vice-président aux transports de la Région Aura et maire de Vichy, Frédéric Aguilera n’avait pas pu répondre dans nos délais. Nous avons pu finalement nous entretenir avec lui en début de semaine.

Frédéric Aguilera, maire de Vichy et vice-président aux transports de la Région Aura. ©Région Auvergne-Rhône-Alpes/Michel Pérès

L’association Le Train 634269 a déduit de l’étude du Cerema qu’une réouverture des lignes Thiers / Boën semble privilégiée mais tout en assortissant cette déduction de bémols sur la volonté réelle des pouvoirs publics de la financer…

« Nous ne trouvons rien à redire sur les positions et déclarations ou encore la solidité des analyses de l’association Le Train 634269 bien que certaines interprétations des données d’ études soient, parfois, biaisées par un point de vue très militant. Mais ça ne me choque pas, c’est logique. En revanche, le rôle, la mission de la Région vis-à-vis du train est claire : organiser le service TER et ses éventuels substituts ainsi qu’assurer la fourniture de matériels roulants vis-à-vis du prestataire que nous payons. Et non pas, construire ou réparer ses lignes. Auvergne-Rhône-Alpes a le plus grand réseau de France en kilomètres devant l’Ile-de-France, utilisant un matériel roulant datant en grande partie de la fin des années 1990-début 2000 et qui commence à sérieusement vieillir. Conformément à une motion, d’ailleurs à l’initiative du groupe écologiste, notre priorité sur le ferroviaire est là : dégager les crédits nécessaires dans les 10, 20 ans qui viennent pour acquérir de nouveaux TER modernes. Sachant qu’il faut cinq à six ans entre la commande et la mise en service. »

Alors à qui revient en réalité la décision de rouvrir et de financer ou non ces 48 km de voies fermées qui ne cessent depuis 2016 de se dégrader ?

« A l’Etat puisqu’il est propriétaire du réseau qu’il concède à SNCF Réseau (dont il est actionnaire à 100 %, Ndlr). Nous nous préoccupons évidemment de la situation – la preuve – mais c’est donc à lui, très logiquement, de payer puisque notre rôle est ailleurs. La réouverture de la ligne sera donc un sujet parmi d’autres des discussions sur le volet mobilité du CPER 2021 – 2027 qui n’ont toujours pas commencé alors que nous sommes en juin 2023… A l’heure où je vous parle, même si on ne cesse de nous répéter depuis des semaines que c’est « imminent », la préfecture de région n’a toujours pas reçu le mandat de négociations ! Il y a eu cette annonce médiatique d’Elisabeth Borne sur un plan à 100 Md€ pour le ferroviaire… C’est de la « com ». Ne serait-ce que parce que l’Etat ne doit donner en réalité que 30 Md€ sur ces 100 d’ici 2040, ce qui correspond à des crédits à peine supérieurs à ce qu’il a accordé dans ce domaine précédemment… Cette fameuse étude que nous avons demandée, c’est celle de l’Etat, via SNCF réseau, commandée à un service d’Etat, le Cerema, dont je ne doute pas pour autant une seconde de l’objectivité et du professionnalisme des analyses. »   

« Les coûts ont explosé de manière spectaculaire en quelques années »

Frédéric Aguilera
Ici, tout le monde descend : cliché pris depuis la gare de Boën direction Clermont. Photo transmise par Le Train 634269

Alors pourquoi est-on passé d’environ 50 M€ de coûts estimés selon l’étude rendu en 2015 en fin de mandat de Jean-Jack Queyranne à une fourchette de 140 à 160 M€ selon l’étude 2022 ?

« Déjà parce qu’en 7 ans, sans entretien, la ligne s’est détériorée. A ce sujet, nous avons obtenu un engagement qu’elle soit enfin entretenue régulièrement pour que cette dégradation cesse (ce dont d’ailleurs se réjouissait Le Train 634269, Ndlr) et que l’on ne glisse pas vers un déclassement irréversible. Ensuite parce que l’inflation a fait exploser les coûts. Enfin parce que même sans inflation, ces coûts ont considérablement augmenté en raison des exigences normatives sur la sécurité que s’est elle-même imposée la SNCF. Elles vont en effet désormais bien au-delà du cadre législatif. Logique : au moindre incident, même sans conséquences dramatiques, on lui tombe dessus. On parle là seulement d’une des lignes ou portions de lignes fermées dans la Région que beaucoup voudraient voir rouvertes ou alors objet de gros projets de rénovation. Je pense, par exemple, au cas de la vallée de l’Arve ou encore des Mont d’Or. C’est partout pareil : les coûts ont explosé de manière spectaculaire en quelques années même si en cherchant bien, on peut peut-être réduire le coût de Thiers / Boën mais ce sera de l’ordre de 10 M€, tout au plus… »    

Est-il cependant possible dans le cadre des négociations du CPER que la Région contribue financièrement à la réouverture de cette ligne ?

« Non, c’est totalement exclu. Encore une fois, ce n’est pas notre rôle. De plus, nous savons déjà que le total qui sera accordé par l’Etat à la mobilité – donc tout modes de transports confondus – dans le cadre du CPER Aura va osciller entre 350 et 400 M€… Il faudrait au moins 10 fois cette enveloppe pour satisfaire toutes les demandes de réouverture, de rénovation de lignes ferroviaires dans la région. Dans ce contexte, la logique aussi, c’est d’être certain que cette ligne de train soit concurrentielle pour convaincre l’Etat. Or, au sein de la population, tout le monde ne fait pas le choix du train loin de là et tout le monde n’en est pas militant. Il faut respecter la volonté de chacun. L’étude du Cerema a montré qu’une réouverture donnerait un trajet Saint-Etienne  / Clermont-Ferrand en 2 h 28 contre 1 h 45 par l’autoroute… »

Il faudrait au moins 10 fois l’enveloppe prévue par l’Etat sur la mobilité dans le CPER pour satisfaire toutes les demandes de réouverture de lignes ferroviaires dans la région.

Frédéric Aguilera

Oui mais 2 h 28 pour passer de centre-ville à centre-ville et avec 16 arrêts… Le Train 634269 prône 8 arrêts pour tomber à 2 h 02…

« Certes, mais comment pourrait-on exclure des arrêts bénéficiant à un maximum communes sur le parcours ? Leur population, aussi est contribuable. C’est une question d’aménagement du territoire dont tous doivent bénéficier dans ce pays, pas seulement des grandes villes. »

Parallèlement à ce dossier, côté route, la Région a dit oui au transfert des compétences de certains axes nationaux (dans la Loire N7, N88, N82…), à titre « expérimental », certes mais pour huit ans. Là, il vous faudra forcément dépenser plus pour la route…

« Non car il ne faut pas confondre financement et pilotage. Nous avons décidé de reprendre le second pas le premier pour une gestion plus efficace, plus rationnelle. Et cette proposition de l’Etat n’a été acceptée que sous la seule condition que les financements suivent, sinon nous reviendrons en arrière. On devrait en savoir plus à cet automne. Mais il est hors de question de dépenser à la place de l’Etat pour ces routes. Nous assumons cependant de continuer à financer le réseau routier au moins à la hauteur de ce que nous faisons actuellement. C’est vital pour beaucoup de territoires qui ont besoin des déplacements en voiture. Question d’aménagement du territoire encore : on ne va pas lutter contre le sentiment d’abandon des ruraux, en refusant de s’occuper de leurs routes, pour ne s’occuper que des trains qui sont loin de les irriguer tous. Nous assurons et assumons les 220 000 voyages quotidien en TER de la Région. Mais cela ne représente que 3 à 5 % des déplacements professionnels… »  

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