Saint-Étienne
mercredi 17 juillet 2024
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Saint-Etienne Métropole candidate aussi à la zizanie (2/2)

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La relative sérénité consensuelle censée accorder les débats intercommunaux vient de céder un peu plus de terrain aux tensions croisées autour de sa gouvernance. Jeudi dernier, la dernière assemblée 2023 de Saint-Etienne Métropole avait, entre autres, à voter pour élire deux nouveaux vice-présidents en remplacement de démissionnaires : la Stéphanoise Delphine Jusselme et l’ex-maire couramiaud Hervé Reynaud. Devenu sénateur, ce dernier a malgré tout appelé à ne pas voter pour son… ex adjoint à l’urbanisme Jean-Luc Degraix. De quoi susciter la colère froide de l’intéressé, finalement élu, avec surprise, dans un fauteuil comme nous l’expliquions hier. L’autre surprise, c’est l’élection du maire PS de La Talaudière, Ramona Gonzalez-Grail, objet de cette seconde publication.

Une séance du conseil communautaire datant là, de mars dernier. ©If Média/Xavier Alix

« Ce n’est pas le plus sûr moyen de réhabiliter la vie politique dans l’esprit de nos concitoyens », a fustigé, en amont des votes, Marc Chavanne. Le maire de Saint-Jean-Bonnefonds avait été le premier, jeudi dernier à prendre la parole. Préambule cinglant avant même que les candidats respectifs aux deux vice-présidences vacantes ne réitèrent vocalement une profession de foi déjà envoyée par écrit aux élus métropolitain. « Exaspéré par la situation : le mot est faible. (…) Il n’est pas audible que des accords secrets donnent lieu à des partages de poste, de lire que des candidatures sont présentées comme des résistances à des intimidations ou pour régler des comptes de politique politicienne, y faisait référence Marc Chavanne. Entre « je t’aime moi non plus », « si tu ne fais pas ce que je te dis, t’auras plus ceci », « si t’es pas sage pas de cadeau de Noël », c’est assez ! Où sommes-nous ? Dans une cour de récré d’école maternelle ? (…) On n’est pas là pour nous servir mais pour l’intérêt général de la collectivité. »

Sa conclusion – un appel aux « oubliés » à se manifester, ces « petites et moyennes communes », « la plupart étant mise à l’écart quand il s’agit gouvernance » – a-t-elle fait mouche ? La 18e vice-présidente vacante liée au départ d’Hervé Reynaud (il occupait la 1ère mais l’ensemble des restants a vu leurs « rangs » se décaler en conséquence) attribuée, à défaut de certitudes jusque-là sur les délégations liées et non sans remous conflictuels, à l’adjoint à l’urbanisme couramiaud Jean-Luc Degraix, il restait, selon l’ordre chronologique, celle de Delphine Jusselme. L’élue stéphanoise, vice-présidente intercommunale chargée des politiques d’insertion par l’économie et l’emploi a, en effet, démissionné du conseil municipal de Saint-Etienne « pour raisons personnelles » le 10 novembre. Quatre candidats étaient en lice. Conseillère municipale déléguée à la tranquillité publique, Marie-Jo Pérez était la candidate officiellement désignée et dépêchée par la majorité de Gaël Perdriau. Du moins pour ceux toujours à 100 % derrière lui. Car Claude Liogier était aussi candidat.

« Rumeurs » « pression » et « intimidations »

L’adjoint stéphanois en charge de la circulation et de la mobilité fait partie de cette dizaine d’élus de la même majorité jouant une note relativement dissonante depuis septembre 2022 en réclamant, a minima, tout en restant en fonction, le retrait total du maire Gaël Perdriau. Exercice d’équilibrisme qui lui vaut, comme Nicole Peycelon et Robert Karulak, une menace d’exclusion de son parti, Les Républicains (LR). Dans un premier mail de « campagne », l’ex adjoint à la tranquillité publique (2014/2020) évoquait une « décision mûrement réfléchie », guidée par « la force de mes convictions, l’esprit d’équipe et mon attachement indéfectible à notre territoire. Notre métropole a besoin de retrouver de la stabilité et de l’apaisement. Il est essentiel pour cela qu’un élu stéphanois remplace un élu stéphanois (Delphine Jusselme, Ndlr) au sein de l’exécutif. Notre Métropole a aussi besoin d’une ville centre qui retrouve son rôle de locomotive et d’un élu indépendant qui consacre son temps et son énergie à la Métropole. J’ai le temps et l’énergie mais surtout l’envie de m’investir pour accompagner Sylvie Fayolle dans son travail de redressement pour changer les regards sur Saint-Etienne et notre métropole. »

Je ne céderai pas, je ne renoncerai pas. Ma candidature sera donc celle de l’indépendance, du respect de notre métropole et de ses élus.

Claude Liogier, conseiller stéphanois

A l’image de Jean-Luc Degraix ayant réagi aux sollicitations d’Hervé Reynaud à propos de sa candidature, Claude Liogier a envoyé un second mail aux élus métropolitains. Il y parle des « rumeurs, la pression et les intimidations dont je suis victime ces derniers jours » qui ne font « que renforcer ma détermination. Je ne céderai pas, je ne renoncerai pas. Je pense que nous sommes une majorité à partager les mêmes valeurs et la même ambition pour notre métropole. Ma candidature sera donc celle de l’indépendance, du respect de notre métropole et de ses élus. Je sollicite votre confiance pour qu’ensemble, nous tournions la page ». Plus lisse, le courriel de Marie Jo Pérez, probablement moins connue que Claude Liogier, a davantage pris la tournure du déroulée de CV, elle qui est d’ailleurs directrice RH « dans une PME stéphanoise de 200 personnes ». Sa candidature « outre mon engagement au service de l’intérêt général », reposant sur un ensemble de compétences que je souhaite mettre au profit de la Métropole » : élue depuis 2020 à la mairie stéphanoise où elle est conseillère municipale déléguée à la tranquillité publique, référente d’un quartier.

« Nos communes ne peuvent pas travailler en concurrence »

Mais aussi, conseillère départementale (Saint-Etienne Nord et Villars) en binôme avec Jordan da Silva depuis 2021. Elle exerce ainsi au Département la délégation « des partenariats avec les acteurs économiques » visant à favoriser des liens entre des recruteurs et des allocataires du RSA. Sa candidature s’inscrit, aussi, « dans le cadre des décisions 2020 concernant l’équité territoriale et répond au souhait des élus de favoriser la parité au sein de l’exécutif ». Elle précisait avoir été désignée à « l’unanimité » au sein de la majorité municipale : ce qui interroge. L’unanimité moins Claude Liogier ? A moins que ce dernier n’ait pas été présent, comme d’autres, au moment de ce vote interne à l’équipe Perdriau. Enfin, elle annonçait avoir fait valoir ses droits à la retraite pour être pleinement disponible sur le poste de vice-présidente. L’exposé en public était conforme aux mails reçus. L’autre bord politique de l’assemblée présentait deux candidatures.

Celle de l’écologiste stéphanoise Julie Tokhi qui, contrairement à son collègue du même groupe Jean Duverger se présentant, lui, à la 18e vice-présidence, a axé ses propos autour de la délégation en soi (elle n’est pas forcément liée avec la vice-présidence vacante, a-t-on cependant appris jeudi de la bouche de Sylvie Fayolle). « Nos communes ne peuvent travailler en concurrence, bien au contraire : elles doivent raisonner en complémentarité et mutualiser leurs atouts dans l’intérêt du territoire dans son ensemble, déclarait-elle dans son courriel de campagne comme devant l’assemblée jeudi. Saint-Etienne Métropole se doit d’être en capacité d’analyser les besoins, de mettre en lien les forces vives du territoire, de proposer et d’accompagner, toujours dans l’intérêt des habitantes et des habitants. Ainsi, le combat pour faire reculer la précarité et l’exclusion peut être mené, aussi, à l’échelon métropolitain. En effet, le bassin d’activité que représentent nos 53 communes se doit d’adopter une politique cohérente et concertée, pour le bien-être des personnes qui y résident. »

La quête de sérénité unanime ?

Julie Tokhi a mis en avant des expériences professionnelles « l’ayant amenée à accompagner, orienter des personnes en difficulté dans leur parcours d’insertion et ainsi à travailler avec des acteurs de terrain. Je suis convaincue que Saint-Etienne Métropole peut amplifier la mise en lien des acteurs du territoires, qu’ils soient des acteurs économiques institutionnels, privés, issus de l’Économie sociale et solidaire ou associatifs. La situation politique complexe que traverse Saint-Etienne Métropole ne doit pas nous faire oublier notre rôle premier : l’intérêt collectif. En cas d’élection à cette vice-présidence, je m’engage à œuvrer dans le seul but d’améliorer le quotidien des habitantes et des habitants et ainsi contribuer au bien-être social de toutes et tous, en m’appuyant sur l’expertise et l’engagement des agents de notre collectivité. »

Côté gauche encore, la maire socialiste de La Talaudière, Ramona Gonzalez Grail avait, elle aussi décider de se présenter non sans souligner le contexte : « Comme nombre d’entre vous, je souhaite vivement que notre métropole puisse trouver une sérénité pérenne avec Sylvie Fayolle. Les mois que nous avons vécus dernièrement ont été particulièrement éprouvants pour nous tous. » Cependant, sa candidature était d’abord à interpréter, dit-elle, comme la volonté « d’une représentation plus équitable » au niveau des territoires : « La couronne nord-est de notre métropole comprenant plus de 40 000 habitants se voit sans aucune présidence depuis 2020 alors que la Ville de Saint-Etienne en compte six sur 19. » D’autre part, « la parité hommes/femmes est déjà peu présente au niveau de l’exécutif avec cinq femmes pour 19 vice-présidents. Ma candidature a l’avantage de ne pas l’affaiblir davantage. » Elue en 2001, conseillère communautaire depuis 2014, maire depuis 2017, « j’ai toujours œuvré pour l’intérêt général. C’est ainsi que je vois le mandat d’élue dans ma commune et au sein de notre métropole. »

Suspension de séance et discussion mystère

Sa candidature, enfin représentait à ses yeux « un autre choix que celui d’un affrontement interne à Saint-Étienne et à une famille politique », le « rééquilibrage » obtenue si elle était élue allant pour elle dans le sens de « l’apaisement ». Apaisés ou pas par la situation, les sollicitations et contre sollicitations, 42 conseillers communautaires ont voté dès le 1er tour pour la maire de La Taladuière devançant Mari-Jo Perèz de 2 voix. Claude Liogier est arrivé 3e avec 32 suffrages exprimés, Julie Tokhi avec seulement 5 voix abandonnait le 2e tour (auquel tout candidat ayant au moins une voix est qualifié, à condition que personne n’obtienne la majorité absolue) tout comme… Claude Liogier. A l’issue de ce 1er tour, une interruption de séance a été demandée « au nom des élus stéphanois » par Siham Labich, vice-présidente et adjointe au maire de Saint-Etienne continuant à faire bloc avec ce dernier. De quoi donner lieu quelques agacements dans l’assemblée (« c’est de droit, dans le règlement », garantissait Sylvie Fayolle, énervée à son tour) et à une discussion entre Stéphanois de la majorité municipale, frondeurs relatifs compris. Nous ignorons ce qu’il s’y est dit, Claude Liogier ayant déjà renoncé au 2e tour (sans majorité absolue lors de celui-ci, un 3e aurait été nécessaire) à ce stade.

Ma candidature, c’est aussi un autre choix que celui d’un affrontement interne à Saint-Étienne et à une famille politique.

Ramona Gonzalez Grail, maire de La Talaudière et vice-présidente de SEM

Contacté par If, Claude Liogier n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. « Ses » voix ne se sont en tout cas que très peu reversées sur Mari-Jo Perèz, cette dernière étant battue 45 voix à 67 en faveur de Ramona Gonzalez-Grail. La maire de La Talaudière est désormais la 19ᵉ vice-présidente de SEM. A voir quelle délégation lui sera confiée par Sylvie Fayolle et/ou Gaël Perdriau étant donné le flou décisionnel à ce sujet… A Saint-Etienne Métropole, les ricochets des confrontations intérieures et venues de l’extérieur semblent, en partie, plus que jamais trouver leur dénouement sur un ring. Et ce n’est pas forcément une question de droite/gauche…

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