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vendredi 1 mars 2024
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Casino : « Non, nous ne sommes pas résignés »

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Malgré le vote des actionnaires hier, sans surprise, très favorable aux plans de sauvegarde accélérée du groupe Casino et de certaines de ses filiales, « tant que le tribunal de commerce n’aura pas donné sa décision, on ne se résignera pas au démantèlement », veut encore croire l’intersyndicale, contactée par If. Xavier Kemlin, lui, continue à dénoncer la situation, estimant que tout a été fait pour écraser la voix et les voix des petits actionnaires, comme lui, afin de limiter tout bruit de contestation. Il entend déposer un recours en annulation de l’assemblée générale.   

« Plus que jamais, une enquête parlementaire doit être lancée pour pointer ce qui nous a amenés là. Il faut sortir le bleu de chauffe. » En attendant, Jean Pastor, délégué CGT de Casino et un des porte-paroles de l’intersyndicale du groupe reconnait, au lendemain d’un vote des actionnaires, traduit tôt ce matin dans un communiqué officiel comme un « très large soutien » aux plans de sauvegarde, « que la situation continue à s’imposer à nous. Le résultat du vote n’a rien de surprenant ». Jean-Charles Naouri, avec 51 % des parts a de toute façon la main. Pourtant, même si « les séquences » sur une foule d’autres aspects* rythmant le quotidien actuel des syndicats s’accumulent et (s’) enchaînent, il assure que les syndicats ne sont pas encore résignés au « démantèlement d’une entreprise créée il y a 125 ans et bousillée en 20 ans par M. Naouri ». Encore une fois, alors qu’un nouveau préavis de grève a été déposé sur l’ensemble des activités pour la période allant du 9 janvier au 5 février, « nous invitons le consortium de reprise, les dirigeants actuels du groupe Casino, les banques et l’Etat à se mettre autour de la table pour mettre en place un projet certes moins rémunérateur mais surtout plus juste ».

Jean Pastor poursuit : « Tant que le tribunal de commerce (l’audience doit se tenir le 5 février et la fin de la procédure de sauvegarde accélérée le 25 février, Ndlr) n’aura pas rendu sa décision, ce n’est pas fini. Non, le match n’est pas encore terminé, nous ne sommes pas résignés.» Le flou des chiffres, l’opacité des mots, toutes ces holdings en cascade, toutes ces différentes filiales qui s’enchevêtrent, le manque de maîtrise du champ lexical et plus largement des montages financiers d’une complexité dont la compréhension certaine échappe à la plupart des observateurs non spécialisés – nous les premiers – n’aident pas à rendre visible ce qui tombe chaque jour ou presque. Ni ce qui se trame. Pas plus que d’analyser avec une pleine certitude ce qui est dénoncé par les uns et les autres. En revanche, « comment Jean-Charles Naouri a pu racheter autant, en s’endettant autant, sans que l’autorité de la concurrence, celle des marchés financiers, l’Etat, les banques elles-mêmes ne disent pas « stop » ? », s’interrogeait dans nos colonnes le 22 décembre Quentin Bataillon.

« Oui, une enquête peut être déclenchée en urgence »

Le député stéphanois Renaissance est favorable à ce que l’Etat ausculte – sous la forme d’une enquête parlementaire ou une autre – les failles manifestes des mécanismes au moins publics censés pourtant jouer les garde-fous et ainsi éviter qu’un drame de ce genre ne se reproduise alors même qu’il n’aurait déjà pas dû se produire. L’idée met la plupart des politiques que nous avons interrogés d’accord. Et, « oui, une enquête, quelque chose, peut être déclenché en urgence, nous assurait ce matin Emmanuel Mandon, député Modem du Gier. Il n’y a pas besoin d’attendre les nouveaux droits de tirage des groupes en octobre (chaque groupe parlementaire a, en gros, son « quota » annuel d’enquêtes potentielles à déposer avant telle date, Ndlr). Cela peut être décidé par la présidente de l’Assemblée nationale. Sous la forme d’une commission d’enquête, sinon, d’une mission flash. » Xavier Kemlin, descendant du fondateur de Casino Geoffroy Guichard dont nous avons détaillé le vaste argumentaire dans cet article n’en démord pas. Nous l’avons à nouveau eu, ce matin pour évoquer avec lui aussi, le résultat du vote (lire le communiqué dans notre encadré ci-dessous) de l’AG d’hier.     

La délinquance en col blanc est à l’œuvre. C’est ça la France. 

Xavier Kemlin

« C’est une stratégie de noyer l’information sans la donner réellement, estime-t-il. Bien des gens ne savent même pas pourquoi ils votent exactement. Quand ils ont pu. La vérité c’est qu’on écrase les petits « actionnaires existants » dont je fais partie. Mais de quel droit ? De quel droit ce qui vaut, en réalité, des milliards en vaudrait brusquement 0 ? De quel droit on nationalise ainsi des dettes ? Au nom d’un rapport qui n’est qu’une tromperie ? Ce qui n’est pas brusque, en revanche, contrairement à ce qui est dit, c’est la dégradation des comptes. C’est juste, qu’en soulevant récemment les différents tapis, l’ampleur des dégâts a été constaté. Des années que je dis que tout ça n’est qu’une vaste escroquerie. Je l’ai dit il y a 30 ans (au moment de la prise de contrôle par Naouri, Ndlr) que ça finirait ainsi et on m’avait alors envoyé balader. Je l’ai redit et ai porté plainte il y a 6 ans : on m’a redit que j’avais tort et la Justice ne m’a toujours pas répondu à cette date. Pourquoi ? J’ai enfin déclaré dans Le Progrès il y a 3 ans qu’on allait droit dans le mur, on m’a redit que j’exagérais, que je disais n’importe quoi. La délinquance en col blanc est à l’œuvre, pille tout. C’est ça la France. »  

Un recours en annulation

Xavier Kemlin, disons-le, a le mot « fantasque » qui lui colle à la peau. Réputation accentuée par exemple, par son combat juridique lancé il y a 10 ans contre l’ex-président François Hollande en rapport avec ses concubinages quand il occupait l’Elysée. Moulins de Don Quichotte ou pas, légitime combat ou pas, il n’empêche : nous n’avons pas trouvé une seule personne – autres journalistes clairement plus au fait que nous, experts de la grande distribution, élus, syndicalistes – en mesure de nous indiquer quelles étaient les failles éventuelles au sein de son argumentaire détaillé, par lettre écrite, auprès du président de la République ainsi qu’à l’Autorité des marchés financiers (AMF). « Évidemment que le personnage peut paraître étrange sur plusieurs aspects et plusieurs faits dans le passé. Mais en en attendant, sur ce qui se passe actuellement, il dénonce des choses graves qu’absolument personne n’a contredit. Des choses déjà dites dans le passé. Personne n’a jamais dit : « non Kemlin a tort ici et ici pour telle et telle raisons ». Son courrier à l’AMF tient solidement la route », observe, lui, Jean Pastor.

Xavier Kemlin poursuit en tout cas sur cette voie. Il entend, cette fois, déposer un recours en annulation de l’assemblée générale d’hier, et donc des votes. Il estime que lui et d’autres petits actionnaires de la « partie » « Casino, Guichard-Perrachon » (affectée, comme six autres du groupe sur les projets de plans de sauvegarde accélérée votée hier), ceux de la classe 7 ont été « empêchés de voter pour délibérément diminuer le bruit d’une contestation. N’étant pas inscrit en nominatif mais via la banque, j’ai formulé une demande par écrit de carte d’admission pour voter à Paris hier. J’ai envoyé mon courrier le 27 décembre et n’ai reçu ma carte que le… 11 janvier, celle-ci ayant été envoyée le 9 depuis l’Ile-de-France, comme le prouve le cachet de la Poste. C’est ça la méthode pour éviter un vote en présentiel ». Dans le communiqué du groupe à propos du vote de sa « classe », la 7, les « actionnaires existants » (les six autres sont des créanciers) ont voté à 98,87 % en faveur du plan.

« 75,9 % de participation » chez les actionnaires existants

C’est aussi le seul tableau de présentation (vis-à-vis des votes des classes, partie par partie, soit 25 tableaux) à ne pas avoir été présenté en précisant le taux de participation des votants… Nous relevons aussi que le « pour » a obtenu l’équivalent de 116 366 767 et le « contre » 1 328 240, soit un total de 117 695 007 alors qu’il est précisé que « le nombre d’actions composant le capital au 20 décembre 2023 est de 108 426 230 ».

Sollicitée sur ce sujet précis, la communication financière du groupe nous a donné les précisions suivantes : « Il y a des actions qui ont des droits de vote double. Il y a donc plus de droits de vote que d’actions. Sur le site de Casino, dans la rubrique « Information réglementée AMF / Information mensuelle relative au nombre total de droits de vote et d’actions », vous pouvez trouver un document qui indique la situation au 30/11/2023. Le nombre total de droits de vote exerçables était de 155 062 537 (au 30 novembre) et le nombre de votes qui se sont exprimés lors du vote de la classe 7 des actionnaires existants était de 117 695 007 (116 366 767 + 1 328 240) représentant 75,9 % du total des droits de vote. »

*Comme par exemple, l’annonce ce 11 janvier « de la négociation d’un accord de méthode pour la mise en place, d’un volet d’accompagnement social des salariés, lié à la vente des hypermarchés et des supermarchés de Distribution Casino France (DCF) les 18, 26 et 7 février. L’objectif est de finaliser cet accord sur la fin du premier trimestre 2024. Par la suite, les négociations concernant les mesures d’accompagnement se dérouleront dans les différentes entreprises impactées (DCF, EASYDIS, CASINO SERVICES, AMC, IGC…) ».

Le résultat des votes des actionnaires tel que communiqué ce matin

« Maître Aurélia Perdereau, Maître Hélène Bourbouloux et Maître Frédéric Abitbol, en leur qualité d’administrateurs judiciaires de Casino, ont transmis au Groupe Casino les résultats du vote de toutes les classes de parties affectées sur les projets de plans de sauvegarde accélérée de Casino et de certaines de ses filiales

Le résultat des votes des créanciers réunis en classe de parties affectées au niveau de Casino est le suivant :

-Les créanciers au titre du RCF et du TLB ne bénéficiant pas du mécanisme d’élévation (classe n°1) ont voté en faveur du plan à hauteur de 100% des votes exprimés ;

-Les créanciers au titre du RCF bénéficiant du mécanisme d’élévation (classe n°2) ont voté en faveur du plan à hauteur de 100% des votes exprimés ;

-Les créanciers porteurs d’obligations EMTN, high yield et d’un billet de trésorerie (classe n°3) ont voté en faveur du plan à hauteur de 68,55% des votes exprimés ;

-Les créanciers au titre de la caution consentie par Casino aux bénéficiaires économiques (beneficial owners) de l’émission d’obligations high yield par Quatrim (classe n°4) ont voté en faveur du plan à hauteur de 95,84% des votes exprimés ;

-L’unique créancier composant la classe n°5 de Casino (GPA, au titre d’une garantie consentie à son bénéfice) s’est abstenu de voter sur le projet de plan de sauvegarde accélérée de Casino ;

-Les créanciers porteurs de titres super-subordonnés à durée indéterminée (classe n°6) ont voté en faveur du plan à hauteur de 75,62% des votes exprimés ; et

-Les actionnaires de Casino (classe n°7) ont voté en faveur du plan à hauteur de 98,87% des votes exprimés.

Sur les 17 classes de parties affectées des filiales concernées de Casino, 16 classes ont approuvé les projets de plans de sauvegarde accélérée à la majorité requise (plus des 2/3). Unique créancier de la classe n°2 de Casino Participations France au titre d’une garantie consentie à son bénéfice, Green Yellow Holding a voté contre l’adoption du projet de plan de sauvegarde accélérée de Casino Participations France. »

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