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Sous-traitante de 900.care, la Fabrique à Poudre ne comprime pas ses ambitions

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Gel douche, dentifrice, shampoing, tablettes de lave-vaisselles, de lave-linges et bientôt bouillons cubes : si vous êtes un consommateur de produits solides en écorecharge de la marque 900.care ou d’autres du même type, sachez que leur fabrication passe déjà en partie – et devrait le passer encore plus – par La Fabrique à Poudre. Créée à Andrézieux-Bouthéon par Mickaël Urrea il y a un an, l’entreprise compte accentuer une position déjà très solide sur ce marché de niche.

C’est en adaptant des presses aux besoins et aux volumes d’une clientèle à petits volumes que la Fabrique à Poudre a vite déniché ses marchés. ©La Fabrique à Poudre

Mickaël Urrea, 27 ans, n’aime pas perdre son temps. Originaire de Saint-Marcellin-en-Forez, le jeune entrepreneur, créateur de la Fabrique à Poudre, a travaillé tôt. Très tôt. « J’ai mis la main à la pâte dès mes 14 ans aux côtés de mes parents. J’ai ensuite collectionné les jobs étudiants, en particulier comme pizzaiolo chaque week-end, de 16 à 20 ans, nous éclaire-t-il au moment d’évoquer son jeune âge. Ça m’a permis de mettre de l’argent de côté pendant mes études. » Côté théorique, l’IUT de Saint-Etienne (génie mécanique et productique), une licence pro à Lyon I, spécialisation « Peps », procédés d’élaboration et de production des solides et un diplôme de l’Insa Toulouse. Côté pratique, 4 ans durant, en alternance chez Bonals Technologies effectués en Espagne ainsi qu’une année de plus, en CDI toujours chez cet équipementier fournisseur de presses pour comprimer des poudres.

Au sein de l’ex filiale d’Eurotab, groupe référence internationale – forézien aussi – de la fabrication de tablettes vaisselle solides à partir de poudres comprimées, Mickaël Urrea était en charge « de mettre au point des solutions pour les clients « à cinq pattes », c’est-à-dire ceux qui avaient des besoins et donc des demandes très, très particulières. Et parmi eux, bon nombre des start-ups ou des PME qui souhaitaient s’orienter vers les écorecharges à base de poudres comprimées. Mais avec ces dernières, ça ne se concrétisait pas : le produit était bien là mais à chaque fois, les volumes envisagés, souvent à titre de tests, pour le lancer leur production en série étaient trop modestes pour les appareils industriels existants. Ça n’intéressait aucun façonnier. Aussi, personnellement si ça se passait bien pour moi à Bonals, je ne souhaitais pas y faire carrière. Et je n’ai pas davantage trouvé le challenge et/ou l’état d’esprit qui me convenaient pour intégrer une autre entreprise. »

900.care pour se mettre dans le bain

Avant d’être solidifiée de la poudre et de la chimie oui mais un monde autrement plus durable que celui de Tang et cie. ©La Fabrique à Poudre

Mickaël Urrea avait gardé en tête la frustration engendrée par ces projets inaboutis visant le développement de l’écorecharge, se disant qu’il y avait une niche à prendre pour satisfaire ces PME, ces start-up et leurs petits volumes négligés par les gros. A l’heure où les financiers qui jouent aux épiciers font tout partir en fumée, Mickaël Urrea est un chef d’entreprise manifestement passionné par ses machines : il en connaît parfaitement les rouages. Mieux, ils les « customisent ». C’est fort de son expérience et de son savoir-faire technico-commercial qu’il décide de démissionner en juin 2022 pour lancer son atelier de fabrication à Andrézieux-Bouthéon. La Fabrique à poudre est officiellement créée en novembre en s’appuyant d’emblée sur LA valeur montante du secteur de l’écorecharge de produits d’hygiène (gel douche, dentifrices, shampoing, mousse main) et nettoyants (tablettes vaisselle et lessive) avec qui il a précédemment noué d’intenses contacts : la marque 900.care. « Avec ses dirigeants, on est tout à fait en phase, on fonctionne de la même façon avec un côté agile, réactif, en n’ayant pas peur d’essayer, d’explorer. Idem avec d’autres clients du secteur. Ce qui fait que l’on a pu lancer très vite notre production. »

Il y a la formule de la poudre qu’ils nous livrent. Et il y a la forme finale solide, l’aspect que nous lui donnons.

Mickaël Urrea, fondateur de La Fabrique à Poudre

Dans ses 330 m2, ex-bâtiment réaménagé de JMS Métal, situé à la Zac des Murons à Andrézieux-Bouthéon, la Fabrique à poudre ne conçoit pas les formules de ses clients mais fournit une solution industrielle certifiée pour leurs produits en ayant adapté des machines-outils – ce qui a fait l’objet de brevets –, ces fameuses presses, aux besoins spécifiques des clients. Sinon pour améliorer considérablement l’existant. « Il y a la formule de la poudre qu’ils nous livrent. Et il y a la forme finale solide, l’aspect qu’on lui donne, décrit Mickaël Urrea. Un petit cylindre qui s’effrite, se casse top facilement, laisse de la poudre dans le carton livré, ce n’est satisfaisant pour personne. A commencer par le consommateur. Un cylindre qui ne rentre pas correctement dans les goulots des flocons standardisés non plus. C’est ce genre de chose que nous sommes en mesure d’améliorer tout en garantissant des cadences supérieures. » Aspect toujours : il ne faut pas sous-estimer, aussi, l’obstacle psychologique lié à des habitudes de consommation profondément ancrées depuis des décennies.

Une avance à faire fructifier

En plein développement, l’entreprise aura bientôt besoin de s’étendre. ©La Fabrique à Poudre

« Certaines personnes n’arrivent par exemple pas à se faire au dentifrice solide (sous formes de pastilles à croquer avant de frotter, Ndlr). Les acteurs du secteur en ont conscience et envisagent des alternatives tout aussi saines en pâtes. Mais pour aller davantage dans notre sens, nous avons signé un premier client dans le domaine alimentaire (la production doit démarrer d’ici la fin du premier trimestre, Ndlr) où là, c’est le contraire : il a conçu et est le seul à réaliser en France l’équivalent de bouillon cubes mais avec de très bons ingrédients, sains (il s’agit de la marque Carrés futés, Ndlr). C’est vendu sous forme de tablettes de chocolat. Ça ne décolle pas suffisamment car dans l’esprit de la plupart des acheteurs, un bouillon cube, c’est un carré, un rectangle, point ! On a trouvé la solution pour le produire sous cette forme. » La solution et donc la bonne cadence. La collaboration avec 900.care avait d’ailleurs, elle commencé, par la mise au point d’une presse pouvant fabriquer 12 000 bâtonnets de recharge au bon format pour shampoing et gel douche par heure, contre 600 du côté de la concurrence, à ce stade encore atone selon Mickaël Urrea. Sans illusions, le Forézien sait que « ça viendra, sachant que les géants de l’hygiène / cosmétique observent ce qui se passe mais sont encore loin de passer à la révolution quant à leurs contenants ».

A lui de faire fructifier son temps d’avance. 900.care et son système d’abonnements souple qui fait toujours plus d’adeptes (par envoi de colis à domicile) ne fait pas tout presser chez lui mais devrait amplifier sa collaboration. La Fabrique à Poudre venait des signer son 11e client cet après-midi de mi-novembre où nous l’avions rencontrée. Si le marché de l’hygiène / cosmétique est le plus mûr, il va continuer à s’affiner et il s’agit de l’accompagner, d’y contribuer même. Idem du côté de deux autres grandes familles de débouchés : les détergents et l’agroalimentaire : « Par exemple, pour ce dernier, je songe aux pastilles à dissoudre dans des gourdes en compléments alimentaires. » Tablant sur le million d’euros de chiffre d’affaires après un exercice initial à 250 000 €, l’entreprise employait une douzaine de personnes fin 2023. Ils devraient être une vingtaine d’ici la fin de l’année alors qu’une 4e ligne de production (pour de l’ensachage automatisé) a été mise en place. Tandis que Mickaël Urrea visait, a minima, le doublement et jusqu’au triplement de sa production à l’issue du premier trimestre 2024.

Une RSE solidement affichée

Mickaël Urrea devant ses locaux de la zone des Murons. ©La Fabrique à poudre

Il faudra donc rapidement un second bâtiment d’ici 2025, ne serait-ce que pour le stockage. D’autant plus si les activités autour des détergents se développent. A partir d’un investissement initial de 500 000 € – 50 000 de sa poche, 30 000 de prêts d’honneur issu du Réseau entreprendre Loire, 50 000 d’un dispositif BPI/Saint-Etienne Métropole, le reste en emprunts -, c’est clairement une place de leader dans ce nouveau monde émergent qu’ambitionne Mickaël Urrea. Il envisage aussi, à terme, de créer lui-même ses produits, en marques blanches. Toujours pour satisfaire des niches, comme les acteurs touristiques, les hôtels, acheteurs de petits volumes mais néanmoins confrontés à une législation se durcissant aussi comme une traînée de poudre. « Oui, j’ai des ambitions mais sûrement pas celle de devenir millionnaire avant 30 ans en développant quelque chose de très rentable dans l’objectif de revendre avec une grosse plus-value d’ici quelques années », assure Mickaël Urrea.

Je n’ai pas envie d’être celui qui affiche une réussite à 200 000 € par mois en employant des smicards.

Mickaël Urrea

Propriétaire à 100 % de son entreprise, il dit s’inscrire, sur long terme, dans un créneau industriel qui fait sens écologiquement. « Le plastique à usage unique va s’arrêter. Nous, on contribue à réduire l’emballage polluant fabriqué à partir de pétrole et tout cela pour mettre sur le marché des produits beaucoup plus sains. Ici, 16 palettes de produits cosmétiques équivalent à 125 avec de produits et emballages classiques ! Alors, si avec la Fabrique à poudre, si on peut aider à faire bouger l’image de l’industrie… Vous savez, nous pourrions devenir la première usine certifiée B Corp dans la Loire, et cette préoccupation RSE, elle se retrouve côté salariés aussi. C’est tout ça qui me fait lever le matin. Je n’ai pas envie d’être celui qui affiche une réussite à 200 000 € par mois en employant des smicards. Je souhaite emmener avec moi des collaborateurs qui sont fiers de ce qu’ils font au quotidien, qui se sentent bien au travail. » De l’emballant sans ambages pour se passer d’emballages.

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