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mercredi 29 mai 2024
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Gaël Perdriau retire ses délégations à Lionel Boucher

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Il était placé dans une position schizophrène depuis la première publication de Mediapart fin août sur l’affaire de chantage à la vidéo intime. L’élu municipal stéphanois UDI Lionel Boucher était toujours en charge des animations et de la logistique au sein de la majorité tout en réclamant la démission de Gaël Perdriau. Il dénonce très régulièrement la situation, convaincu à 100 % par les accusations de Gilles Artigues dont il est très proche. La majorité municipale, réunie lundi, a demandé le retrait de ses délégations pour son comportement et son manque de travail.

Lionel Boucher parlant de l’affaire sur les réseaux sociaux en septembre. © Capture d’écran compte Facebook de Lionel Boucher

Municipal ou communautaire, pas un conseil sans qu’il n’intervienne dans la foulée de l’opposition (encore les 25 et 30 mai), sans qu’il ne cite un des propos glaçants issus des enregistrements sortis par Mediapart, sans qu’il ne martèle « qui est la victime dans cette affaire ? Gilles Artigues ». Adjoint UDI, parti qu’il préside dans la Loire, il est, comme Denis Chambe, des proches de Gilles Artigues, ces centristes s’étant associés à partir de 2014 à Gaël Perdriau, qu’ils accusent désormais d’avoir voulu les éliminer. Ce mercredi, via un communiqué de presse, on apprenait que l’habituel conseil de majorité – ils se tiennent régulièrement pour préparer, entre autres les conseils municipaux à venir –, a donné lieu à un vote en fin de séance sur le cas Lionel Boucher. Dans la balance, certes, la position de frondeur dans le cadre de l’affaire de l’adjoint en charge des animations et de la logistique. Mais aussi son investissement d’élu.

Les élus de la majorité ont tenu à exprimer leur désapprobation, vis-à-vis de l’attitude de monsieur Boucher qui ne participe plus aux réunions de travail municipales, ni ne porte les dossiers pour lesquels il a reçu délégation.

La majorité municipale stéphanoise

« Les élus de la majorité municipale ont tenu à exprimer leur désapprobation, vis-à-vis de l’attitude de monsieur Boucher qui ne participe plus aux réunions de travail municipales, ni ne porte les dossiers pour lesquels il a reçu délégation du maire de Saint-Etienne, dans le cadre du plan de mandat 2020 – 2026, précise le communiqué de la même majorité. Ils ont par ailleurs regretté les propos à charge, tenus une nouvelle fois par monsieur Boucher, et le manque de décence et de respect vis-à-vis de ses collègues élus de la majorité municipale et du maire, lors de la dernière séance du conseil municipal. S’étant mis de manière ostensible, par son comportement et ses propos, en marge de la majorité municipale, celle-ci a demandé au maire, le retrait des délégations de monsieur Boucher. » Une décision qui relève de la compétence unique du maire qui a cependant organisé un vote – mais pas à bulletins secrets celui-là – sur cette décision.

Décision votée à 27 voix pour, une contre

A l’unanimité des présents – parmi lesquels n’était pas Lionel Boucher qui, effectivement évite ces réunions depuis l’éclatement de l’affaire il y a plus de 8 mois – moins une voix, la demande de retirer les délégations a été adoptée avec 27 voix pour, une contre, six votants potentiels n’ayant pas pris part au vote. « Gaël Perdriau a donc pris la décision, après avoir rencontré, ce jour, monsieur Boucher, de lui retirer les délégations qu’il lui avait confiées. Ce dernier en a pris acte. » Quant au statut d’adjoint, il faudra en revanche un vote, là à bulletins secrets au prochain conseil municipal fixé, lui, au 26 juin pour lui retirer. C’est ce qu’affirme Lionel Boucher, contacté par If Saint-Etienne.

Qu’un maire mis en examen me mette à l’amende, c’est petit, comme le personnage d’ailleurs. C’est un petit maire, un petit monsieur. 

Lionel Boucher, adjoint UDI à la Ville de Saint-Etienne

« J’espère que grâce au bulletin secret, à cette occasion les mêmes élus monteront, enfin, un peu de courage face à cet homme, commente Lionel Boucher. Lundi, il n’y avait que mon collègue Denis Chambe pour dire non, les six n’ayant pas voté sont des neuf élus de la majorité ayant appelé Gaël Perdriau à démissionner mais tout le monde n’était pas là (la majorité comptait à l’origine 46 membres fermes, maire compris Ndlr). J’ai appris cela mardi matin. J’étais parti pour mon activité professionnelle au Cameroun ce week-end et suis revenu lundi soir. » Aucun doute pour lui : « Tout ça est prémédité, orchestré par le 1er adjoint (Jean-Pierre Berger, Ndlr) et embarque les béni-oui-oui de Gaël Perdriau. Cela fait 20 ans que je m’investis dans la vie publique d’une ville qui m’avait vu naître il y a 42 ans. Qu’un maire mis en examen qui doit débourser 60 000 € pour rester libre organise un procès contre moi, me mette à l’amende, c’est petit, comme le personnage d’ailleurs. C’est un petit maire, un petit monsieur. »

Lionel Boucher va aller au tribunal administratif

Lionel boucher estime payer pour sa défense de Gilles Artigues : « Il manque un garde-fou législatif pour stopper un maire qui devient fou. Ce qu’il n’a pas obtenu par le chantage, rappelons que dans cette histoire, j’étais aussi une cible, il l’obtient par la faiblesse de certains élus. Il sait qu’il sera condamné dans 18 à 24 mois et veut faire payer par l’institution mon courage. C’est la vengeance d’un homme au bord du gouffre qui sait que tout va s’arrêter. Vous pouvez appeler les syndicats, les services pour vérifier si je ne fais pas mon travail malgré le contexte. Personne n’est dupe : ce prétexte est une tartufferie d’un homme étriqué. » Se voulant combatif, Lionel Boucher promet à Gaël Perdriau et ses soutiens qu’ils vont pouvoir constater « ce qu’est un Lionel Boucher à la parole encore plus libérée ». La longueur des conseils municipaux, déjà fleuve et pas vraiment tranquilles, risque encore de gonfler : « Je suis bien placé pour connaître le travail mené par chacun de mes collègues. Ça me libère d’un poids considérable en fait… » Une question se pose : pourquoi maintenant, pourquoi après des mois et une douzaine de conseils municipaux et de Saint-Etienne Métropole où Lionel Boucher tenait la même ligne ?

Ce que nous avons décidé, ce n’est pas pour Gaël Perdriau mais pour Saint-Etienne : il y a un plan de mandat, un travail à mener mis à mal par cette attitude. 

Jean-Pierre Berger, 1er adjoint à la Ville de Saint-Etienne

« Je ne sais pas, c’est peut-être de la pathologie irrationnelle ou parce que je suis des 42 signataires assumé ayant demandé une baisse de ses indemnités à Métropole. » L’élu UDI ne va pas en rester là, ni se contenter du vote du 26 juin : il devrait aller au tribunal administratif contesté une décision qu’il juge « sans causes réelles et sérieuses ». If Saint-Etienne a aussi contacter Jean-Pierre Berger, 1er adjoint qui a donné quelques précisions sur cette décision : déjà pour affirmer que cette demande ne vient pas du maire mais des 27 élus eux-mêmes ayant voté pour lundi sans compter quelques absents. « Oui,ça aurait pu être avant mais le dernier conseil municipal a été celui de trop. Dans le contexte que vous connaissez, il a nouveau pris la parole sur l’affaire, pour nous allumer puis a quitté la salle. Trop, c’est trop. Des mois que ça dure, que l’on ne le voit plus aux conseils de majorité certes mais à la mairie tout court. Il s’exprime constamment dans la presse en se désolidarisant. Comme disait Chevènement, quand on n’est pas d’accord on démissionne ou on ferme sa gueule. Lui il reste et ne la ferme pas. Ce que nous avons décidé, ce n’est pas pour Gaël Perdriau mais pour Saint-Etienne : il y a un plan de mandat, un travail à mener mis à mal par cette attitude. »

Sur le site de la Ville de Saint-Etienne, dans le trombinoscope des élus unanimement souriants, la photo du 21e adjoint était toujours là ce mercredi. Celle du 3e aussi d’ailleurs : un certain Gilles Artigues.   

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