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lundi 22 avril 2024
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Abandon de la patinoire : Saint-Etienne Métropole devrait trancher en juin

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Ce ne sera d’ailleurs pas le seul investissement réinterrogé au regard d’un ciel qui tourne à l’orage quant aux finances publiques. Celles de Saint-Etienne Métropole restent saines mais la nouvelle donne imposée par le climat économique incite à réviser le très ambitieux PPI (plan pluriannuel d’investissement) de la collectivité. Une conférence des maires y sera dédiée en juin. Annonce effectuée hier soir par la 1ère vice-présidente Sylvie Fayolle lors de l’assemblée communautaire traitant du budget primitif 2024. En attendant, le projet de patinoire déchaîne plus que tout, les passions entre « pros » et « antis ».

Visuel du projet de nouvelle patinoire métropolitaine de Saint-Etienne. ©Sora images

« Pour ceux qui ne m’auraient pas identifié, je suis le vice-président en charge de la patinoire ». Le trait d’humour façon JFK de Jean-Luc Degraix était plutôt bienvenu à la sortie de plus 3 heures de débats lors desquelles « pros » et « antis » patinoire venaient d’en découdre, appuyant sans fin sur la détente à défaut de l’observer. Bienvenues aussi, les précisions factuelles et chiffrées du néo 18e vice-président sur ce projet. Entre autres en charge des grands équipements de Saint-Etienne Métropole depuis fin janvier, l’adjoint à l’urbanisme de Saint-Chamond Jean-Luc Degraix a eu droit, d’emblée, à un dossier plus que glissant : la remise en cause de la réalisation d’une nouvelle patinoire métropolitaine dans le quartier stéphanois du Soleil. A ce stade, la décision de l’abandonner ou non n’est toujours pas tranchée. Mais le lancement véritable du chantier qui aurait déjà dû intervenir, est, lui, bel et bien officiellement suspendu.

« Je n’avais pas prévu d’en parler tout de suite, mais puisque c’est déjà sur la table… Nous avons décidé d’organiser en juin une conférence des maires qui aura pour objet de trancher sur la réorientation de certains projets 2025/2026 de notre PPI (plan pluriannuel d’investissements) », annonçait Sylvie Fayolle en début de séance, le conseiller stéphanois d’opposition Olivier Longeon (EELV) ayant déjà pris la parole pour suggérer une nouvelle répartition de la trentaine de millions d’euros prévus pour la patinoire. Visiblement, côté stéphanois principalement, les couteaux avaient été bien aiguisés de part et d’autre autour de ce projet métropolitain officiellement présenté en janvier 2022 et depuis, chaque mois passant, toujours plus remis en cause. L’ordre du jour n’était pourtant pas la patinoire en soi. Mais la présentation du budget primitif 2024 de la collectivité. A quelques centaines de milliers d’euros près – sur une échelle de centaines millions d’euros en jeu -, il est identique aux orientations budgétaires présentées le mois précédent.

L’engouement post Covid hors-jeu

Nous les avions détaillées alors et n’y revenons donc pas. Si ce n’est pour rappeler qu’à cette occasion, le vice-président aux finances Christian Julien, avait souligné que les prévisions budgétaires d’une collectivité se calent sur les estimations macroéconomiques, celles nationales mises sur la table par le gouvernement – prévisions de croissance, déficit public, etc. – via la loi de Finances, dont la précarité est désormais la règle de conduite. « Bingo » : le gouvernement a peu après alerté que son relatif optimisme était démenti par le climat général et le revirement économique, intensifiant sa communication sur des économies de dépenses publiques à projeter. Une nouvelle vague de baisses de dotations d’Etat flotte très, très fort dans l’air… Or, le produit de la fiscalité directe aux particuliers et entreprises (les taux de Métropole n’augmenteront pas) risque, lui aussi, l’érosion de fait. Tandis que les taux d’intérêts pour emprunter devraient logiquement rester à un niveau largement supérieur aux minimums historiques de 2021/22…

Une nouvelle séance de Saint-Etienne Métropole disputée hier après-midi, cette fois dans l’écrin de Metrotech. ©If Media/Xavier Alix

De « l’aveu » même du conseiller d’opposition PS stéphanois qu’est Pierrick Courbon, les finances de Métropole restent cependant saines. Mais il semble que l’euphorie de projets suscitée dans les vice-présidences par le pacte financier de 2021 reflue face à la conjoncture. Christian Julien a averti ses collègues : l’engouement post Covid est définitivement hors-jeu et Métropole ne pourra pas faire autant que prévu, du moins espéré. Jamais la collectivité n’a réellement donné une vue d’ensemble de ce qu’elle allait faire de ces – a minima – 400 M€ de plus investis sur l’ensemble du mandat actuel vis-à-vis du précédent. Somme obtenue en grande partie par la hausse significative de sa fiscalité annoncée en 2021. Le scénario le plus optimiste évoquait plus d’un milliard d’euros à affecter jusqu’en 2026 inclus. Ce sera donc sans doute plutôt 800 M€. Le coup « de canif », s’il fera sa foule de déçus, a cependant quelque chose de relatif : inflation prise en compte, rappelons que le dernier montant cité est le double de celui dispensé de 2014 à 2020. 

Patinoires : les arguments en piste

Malgré l’appel de certains à se recentrer sur « le régalien », la pensée keynésienne semble avoir encore quelques beaux jours devant elle sous le ciel de Métropole. Reste que le contexte financier et la pertinence d’utilisation des deniers viennent désormais en doublure de l’argument purement environnemental attaquant, en particulier, le projet de la fameuse patinoire métropolitaine. Les écologistes stéphanois y voyant une imitation locale à notre échelle de l’ubuesque Coupe du Monde au Qatar et ses stades climatisées en plein désert. Eux et les socialistes stéphanois estiment les dizaines de millions d’euros consacrés plus utiles ailleurs, à commencer par un plan massif de rénovation énergétique, voire des équipements sportifs, métropolitains ou municipaux, ou encore, en faveur de l’agriculture du territoire. Dans le camp d’en face, les interventions des élus stéphanois de la majorité se sont succédé pour arguer du bienfondé de cette nouvelle patinoire.

Celle actuelle, énergivore justement, dans un état de délabrement avancé la condamnant à la fermeture en 2025, est fréquentée, disent-ils par 50 000 personnes par an. Public venant à 60 % de l’extérieur de Saint-Etienne, ajoutent-ils, donnant lieu ainsi à une pétition signée par 1 700 personnes en faveur de la construction. Au milieu d’une confuse bataille de chiffres, pour ce qui est du constructif, nous retenons ceux donnés par Jean-Luc Degraix sur un projet approuvé à un très large majorité des maires il y a 3 ans environ (sur la table depuis 2018). Promesse de campagne aussi de la future majorité Perdriau, 2e version, aux Municipales de 2020 dans le sens d’un « soutien » à ce qui relève des compétences d’une agglomération mutualisant alors leur patron. Le projet actuel ayant pris du temps à se concrétiser, il a donc subi avec, les affres de l’inflation. Donc de la révision des prix. La facture, à ce stade, s’élève désormais à 26 M€ (au lieu de 22,5 lors de sa présentation). S’ajoutent 6 à 7 M€ sur les accès.

Quel impact réel pour l’économie locale ?

Problème avancé par Pierrick Courbon, que les opposants à Gaël Perdriau attribuent à ses inimitiés provoquées par l’affaire : les « partenaires » (Etat, Région et Département) ne seraient plus aussi enclins que prévu à apporter leurs contributions (13 M€ annoncés), augmentant ainsi le coût net pour la Métropole. Autre argument « anti » : l’ajout de futurs coûts de fonctionnement entre entretien, charges énergétiques et personnel. Le plaidoyer des « pour » ajoutait, lui, dans la balance, l’atout supplémentaire pour « l’attractivité » d’un projet destiné aux familles, aux scolaires (40 classes par an fréquentent la patinoire) contribuant au rayonnement de l’ensemble de la métropole. Mais aussi que la consommation énergétique (1 700 MGW par an) de cette future patinoire, à la toiture végétalisée, aux matériaux bois venant d’Auvergne et mieux conçue que la précédente (exit l’absurde éclairage par le toit) sera inférieure au Nautiform, au Mam ou encore à « certaines piscines stéphanoises ». Elle sera ouverte 10 mois par an contre 7 avec celle actuelle.

Les fonds mis dans le projet Cité 2025 seront-ils revus à la baisse aussi en juin ?

Il y a aussi (et par-dessus tout ?) la fin de non-recevoir qui pourrait être envoyée au secteur du bâtiment, conjoncturellement terriblement à la peine dans la Loire comme ailleurs. Sa Fédération départementale a largement fait part du coup potentiel porté à un carnet de commandes déjà dégarni. A ce sujet, outre des dépenses déjà engagées (3,9 M€) autour de l’achat du foncier, des études et autres nécessités préparatoires, vis-à-vis de la maîtrise d’œuvre, l’« ajournement » du projet obliger déjà Métropole à verser 100 000 € d’indemnités. Aucun marché de travaux n’a été attribué à ce stade mais pas moins de 95 entreprises avaient postulé aux différents appels d’offres liés à la construction au 14 février. 35 autres l’ont fait sur les accès.

Mais « il n’y a pas que la patinoire dans la vie ». D’autres investissements majeurs pourraient être revus en juin. A commencer par Cité du design 2025. Projet qui a valu une énième passe d’armes intense entre Marc Chassaubéné, vice-président à la culture et Pierrick Courbon.

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