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Lionel Boucher : « Gaël Perdriau a donné le coup d’envoi des Municipales 2026 »

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« On vient de vivre un instant démentiel ». La conclusion est de Nicole Peycelon, adjointe en charge d’une tranquillité publique tout, sauf à l’ordre du jour lundi soir au conseil municipal de Saint-Etienne. Elle a fait partie des 12 élus – 2 opposants, 10 de la majorité – ayant refusé de prendre part au vote de destitution de Lionel Boucher. Les infinis échanges sur cette délibération et son corollaire placés en fin de séance – près de 2 heures dévolues – ont bien sûr dépassé le strict sujet de sa personne, prenant une tournure surréaliste et vidant plus d’un sac au passage. Epuisant.

Lionel Boucher lors de sa première prise de parole sur les réseaux sociaux à propos de l’affaire. © Capture d’écran compte Facebook de Lionel Boucher

Et maintenant ? « Maintenant, je vais changer de place et rester conseiller municipal. Je ne vais pas dire que je suis heureux de la situation, j’aimais mon travail relatif aux événements de la Ville. Mais, au moins, je vais pouvoir reprendre une liberté de parole totale. J’ai 3 ans pour finir de montrer le vrai visage de Gaël Perdriau qui a tant menti aux Stéphanois au moment des élections. » Désormais pleinement opposant, Lionel Boucher, destitué de son poste d’adjoint lundi soir par un vote de l’assemblée municipale, n’excluait pas au lendemain lors d’un échange avec If Saint-Etienne d’aller au tribunal administratif pour contester le bienfondé de la décision. Il l’étudie même, dit-il, avocat, tout comme l’idée d’une plainte, auprès d’une autre juridiction, autour de la notion « d’intimidation ».

Il a fait part enfin de sa volonté d’une action interpellant les parlementaires non sur son cas mais pour que le cadre législatif évolue vis-à-vis de ce cette situation précise, « pour qu’un maire ne puisse pas utiliser abusivement de son pouvoir dans un cas comme celui-ci. Là, on me punit d’avoir parlé, moi qui suis témoin potentiel. Mais dans quelle mesure il s’agit d’un avertissement pour les autres ? On a eu hier la confirmation d’un fonctionnement sectaire, groupusculaire : comment ces gens peuvent-ils encore croire Gaël Perdriau innocent ? ». Comme il l’a répété plusieurs fois en séance lundi, à ses yeux, « dans cette tartufferie, personne n’est dupe : on m’élimine parce que je n’ai eu de cesse de défendre une victime : Gilles Artigues ». Nous vous l’expliquions dans cet article : le 6 juin, lors du conseil, hebdomadaire en temps normal de la majorité municipale, à la proposition de certains membres et non du maire, nous a-t-on assuré, un vote à main levé a décidé d’exclure Lionel Boucher, 21e adjoint de la majorité.

Un vote à bulletins secrets

En mettant en avant, à la fois un manque de travail, de présence, et l’enchaînement de propos allant beaucoup trop loin sur les 32 de la majorité n’appelant pas au départ de Gaël Perdriau. Ses délégations (« événements et logistique »), qui ne dépendent que de la seule volonté du maire, lui ont donc été retirées dans la foulée par arrêté, Gaël Perdriau s’étant personnellement entretenu avec l’intéressé deux jours après la décision. En ce conseil municipal du 26 juin 2023, cela faisait dix mois, jour pour jour, que l’adjoint UDI, bras droit de Gilles Artigues, conservait sa tache d’élu de la majorité, arguant de sa foi dans le projet du mandat et qu’il n’avait pas à subir les conséquences matérielles de l’affaire. Mais tout en étant, dans le verbe, à 100 % derrière l’ex 1er adjoint. Après une première salve début septembre via les réseaux sociaux, en conseil municipal ou à Métropole, en entretien ou par communiqués avec les médias locaux, il n’a eu de cesse de dénoncer un chantage dont les auteurs ne font à ses yeux aucun doute, réclamant systématiquement la démission de Gaël Perdriau.

On me punit d’avoir parlé, moi qui suis témoin potentiel. Mais dans quelle mesure il s’agit d’un avertissement pour les autres ?

Lionel Boucher, ex adjoint UDI municipal

Enfin, sa signature assumée le plaçant parmi les élus communautaires ayant permis le vote de la baisse des indemnités du président de Saint-Etienne Métropole aurait fini de décider, estime-t-il, Gaël Perdriau à le « sanctionner ». Lundi, ce n’est pas la suppression de ses délégations – et des indemnités allant avec –, déjà actée, qui était donc soumise à l’approbation de l’assemblée. Mais la délibération 74 retirant l’attribution de ce poste d’adjoint à Lionel Boucher (la 75, adoptée dans la foulée, ayant supprimé le poste en soi), conformément au cadre légal, une fois ses délégations retirées. En amont, chaque partie avait révisé ou fait réviser son droit public et préparé le coup autour de l’obligation ou de la non-obligation d’un vote à bulletin secret. Les petits papiers « pour » ou « contre le maintien » et l’urne étaient de toute façon déjà prêts. Les échanges sur ce sujet précis, à la tournure quasiment comiques, entre la majorité, ses « frondeurs » UDI et l’opposition à coup de textes de loi étaient donc vains.

12 voix en faveur du maintien, 31 contre

Même s’il a insisté pour dire qu’il avait raison puisque « le sien », une jurisprudence, était de 2018 et pas de 2004 comme celle citée par Lionel Boucher, Gaël Perdriau avait donc déjà accordé par avance le droit au « secret ». Cependant sans présence d’isoloir, faisait ensuite remarquer l’élu d’opposition écologiste Olivier Longeon. « Comme à chacune des élections au sein de cette assemblée », rétorquait Gaël Perdriau. Le résultat : 4 nuls ou blancs, 12 voix en faveur du maintien de Lionel Boucher, 31 contre, soit 47 votants sur 59. 12 personnes, de l’opposition, sinon des « neuf » de la majorité ayant réclamé depuis septembre le retrait ou la démission de Gaël Perdriau (s’ajoutait Robert Karulak) ont en effet refusé de prendre part au scrutin. Pas de quoi chagriner aussi bien mathématiquement que moralement Lionel Boucher, qui ne se faisait guère d’illusion avant et après le 1 h 30 de discussions préalables au vote. L’ex adjoint se dit même « touché », dans le sens positif, par les mots de ses adversaires purement politiques.

Nous dénonçons ce règlement de compte qui illustre aux yeux de tous un comportement petit seigneur entouré de vos vassaux.

Michel Nebout, élu d’opposition communiste

Les deux élus communistes, par exemple, ayant refusant de voter, qui assénaient par la voix de Michel Nebout : « Si cette décision est aussi liée à un manque de travail compétences, comme vous dites, cela voudrait dire qu’il vous a fallu plus d’un mandat pour vous en rendre compte ! Mettre 9 ans pour agir, cela veut dire que c’est vous (Gaël Perdriau, Ndlr) qui devriez être sanctionné. » La vérité est ailleurs pour l’élu d’opposition : « Vous souhaitez sanctionner M. Boucher car il ne vous soutient pas dans ses déboires judiciaires. C’est une atteinte de plus à l’éthique de ce conseil. Dans la situation où vous êtes, en vous débarrassant du 21e adjoint, vous continuez à détruire la vie démocratique de votre ville. Vous ne nous entraînerez pas dans ce cirque qui devrait provoquer votre chute politique. Nous ne prendrons pas part au vote et dénonçons ce règlement de compte qui illustre aux yeux de tous un comportement petit seigneur entouré de vos vassaux, loin d’être au service des Stéphanois. »

Le « tout sauf toi » de Jean-Pierre Berger

Les interventions d’Isabelle Dumestre, présidente de Saint-Etienne Demain et de Jean Duverger pour Le Temps de l’écologie épousaient évidemment une ligne très proche, bien que leurs membres aient eux, pris part au vote. Impossible de rendre justice aux citations de chacun des intervenants, cette chorale très dissonante approchant la vingtaine de membres… Des échanges qui ressemblaient, pour une partie d’entre eux, à une réunion interne à la majorité. Pour défendre cette position, – présomption d’innocence, absence de la totalité d’éléments pour se prononcer, illégitimité de l’assemblée sur un aspect judiciaire et nécessité de poursuivre un mandat auquel ils croient en attendant que Justice se fasse – celle des 32 élus (imperturbablement ? L’un d’eux n’a pas voté contre Lionel Boucher) fidèles à Gaël Perdriau, il y avait les voix classiques. Avec un ton, semble-t-il, plus âpre qu’auparavant à l’image de Marc Chassaubéné, adjoint à la culture qualifiant d’« odieuses » les interventions de Lionel Boucher depuis dix mois.

Jean-Pierre Berger, ici au micro du maire lors d’un vote exigeant l’absence temporaire de ce dernier, avait composé un Tout sauf toi à l’adresse de Lionel Boucher… ©If Média / Xavier Alix

Un, voire deux crans au-dessus, Jean-Pierre Berger, 1er adjoint, déroulait à l’adresse de Lionel Boucher un cinglant, terriblement laconique et répété « tout sauf toi », comme une chanson associant son refrain à une série de mots comme « loyauté » ou « travail ». Charles Dallara, adjoint en charge des parcs et jardins, faisait davantage dans l’explication de texte et la relation personnelle, appuyant sa position sur les absences trop nombreuses, voire systématiques de Lionel Boucher aux diverses réunions de travail, en dehors même des réunions de la majorité qu’il fuit depuis l’éclatement de l’affaire. Ce que les élus de la majorité l’ayant exclu le 6 juin n’ont donc pas pu lui dire en face, ils l’ont dit lundi, devant tout le monde, comme l’illustre un autre déballage de sac : celui Marie-Jo Perez, conseillère municipale déléguée à la tranquillité publique, comparant l’assemblée municipale à une « entreprise » – elle est DRH en dehors – dans laquelle, « on ne touche pas ainsi au patron »

Ces voix non entendues jusque-là

C’était finalement surtout l’occasion d’entendre des voix que l’on n’entend jamais au sein de ce conseil, elles aussi derrière le maire, du moins l’argument de présomption d’innocence, et justifiant ainsi leur maintien dans ce bloc des 32 (- 1 ?). Successivement, l’un après l’autre, Cyrine Makhlouf, conseillère municipale déléguée à l’économie circulaire, l’ESS, la prospective et la transition écologique, Thierry Nitcheu, conseiller municipal délégué à ville inclusive et durable Unesco et à la vie étudiante et enfin, Abdelouahb Bakli, conseiller municipal délégué à l’éducation populaire ont pris la parole. Des propos à valeur d’interpellation beaucoup moins personnelle vis-à-vis de Lionel Boucher dont on retiendra qu’ils étaient axés sur l’expression de leur sincérité de leur engagement dans la vie publique, leur croyance dans le projet de mandat et ses résultats qu’ils estiment avérés, la nécessité par-dessus tout de poursuivre le travail de gestion de la ville, celle aussi de respecter le travail d’une « Justice indépendante » et donc de « l’Etat de droit ».

Je ne suis ni dans une attitude de vengeance, ni de revanche. C’est lui qui a fait le choix de ne plus travailler avec nous.

Gaël Perdriau

Vis-à-vis de Lionel Boucher et de l’opposition, ils s’estiment outragés par leurs propos successifs les interpellant sur leur maintien dans une majorité qui a pour maire Gaël Perdriau. Ces élus jusque-là médiatiquement discrets disent en subir les conséquences personnellement, eux et leurs proches, et se scandalisent de ces accusations de « complicité » qui leur sont portées, voire d’avoir été associés ou traités de « criminels », en ayant « poussé un homme à vouloir mourir ». Cyrine Makhlouf, réservant même une interpellation particulière envoyée à Isabelle Dumestre, sa voisine de dos, sur son comportement habituel (évoquant des « insultes », « des moqueries sur le physique, la capacité d’expression ») en conseil, comme celui d’autres collègues d’opposition, qu’elle juge peu conformes à son idéal républicain.

« Affaire d’exception »

Au sein de ce grand déballage, on pourrait développer aussi les propos d’Antoine Poméon, président des Jeunes Républicains, qui a automatiquement remplacé Samy Kefi Jérôme à la suite de sa démission mais en siégeant hors majorité et avertissant, lundi, les encartés LR parmi les 32, que leur parti se désolidarisera d’eux. Sinon la réaction indignée de Denis Chambe, UDI, à la « stricte neutralité » exprimée par Robert Karulak : « Une stricte neutralité ? Ce n’est pas acceptable, ce n’est pas parole contre parole dans cette affaire d’exception » au regard des faits avérés sur le chantage. C’est Gaël Perdriau qui allait parler le dernier, pas plus, pas moins que les moyenne des autres intervenants : « Je ne suis ni dans une attitude de vengeance, ni de revanche. Je respecte la position de chacun et continue à travailler avec ceux qui se présentent en mairie, des divergences et points de vue sur affaire dont parlons. La majorité aurait aimé dire en face à Lionel Boucher notre position : c’est lui qui a fait le choix de ne plus travailler avec nous. » 

J’ai besoin de faire preuve d’un certain contrôle pour respecter le secret de l’instruction, à de nombreux moments où d’autres s’assoient dessus.

Gaël Perdriau

A l’adresse d’Antoine Poméon, qui avait rappelé, comme d’autres, la position paradoxale du maire par rapport à celle tenue vis-à-vis de François Fillon en 2017 (il l’avait appelé à se retirer de la présidentielle en raison de sa mise en examen) : « J’en prends acte. Mais vous aussi, faites preuve d’incohérence puisque vous demandez de me retirer alors que vous ne l’aviez pas demandé à François Fillon. » Sur l’affaire en général à nouveau, dénonçant encore une fois des élus d’opposition se prenant « pour des juges », il confiait avoir besoin d’un « certain contrôle pour respecter le secret de l’instruction, à de nombreux moments où d’autres s’assoient dessus et disent tout et n’importe quoi. Ce n’est pas ce soir que je vais me laisser aller sur le dossier, là où certains font fuiter quelques extraits qui les arrangent eux et leur version. Mais la réalité, ce n’est pas l’histoire que certains ont tant raconté. »

« Les conséquences évidentes »

Contestant fermement son manque d’implication réelle dans sa tâche d’adjoint qu’il estime n’être qu’un prétexte, Lionel Boucher, lui, avait au début des échanges appeler « les 32 » à étudier leur « consciences », au « sursaut », face à la « leçon de soumission » dont ils seraient l’objet, disant « moi je peux regarder chacun de vous dans les yeux et vous, pourrez-vous après votre vote me regarder dans les yeux ? ». Il n’aura pas fait mouche. Alors quelles seront donc « les conséquences évidentes » évoquées par Denis Chambe de leur décision ? « J’ai 2 ans pour lancer un laboratoire d’idées, réunir des gens souhaitant sortir de ce système. Gaël Perdriau a donné le coup d’envoi des Municipales 2026… », se « contente » de commenter auprès d’If Lionel Boucher. Sur le site de la municipalité stéphanoise, le trombinoscope des élus municipaux est plus ou moins à jour ce mercredi 16 h : Lionel Boucher est relégué tout en bas de la liste oui mais… celle des « élus de la majorité » à laquelle il n’appartient, dans les faits, définitivement plus.

Moi je peux regarder chacun de vous dans les yeux et vous, pourrez-vous après votre vote me regarder dans les yeux ? 

Lionel Boucher

En 2008, la candidature Modem de Gilles Artigues était une réplique inévitable et logique à la perte de sa députation provoquée par la candidature UMP de Françoise de Grossetête un an auparavant dont le directeur de campagne était… Gaël Perdriau. L’ex député avait obtenu 20 % des voix au 1er tour aux Municipales. Près de 13 % au second. Largement suffisant pour faire tomber Michel Thiollière et offrir la mairie à une gauche certes unique (seule la liste de Maurice Vincent avait passé le 1er tour) sur un plateau… A Saint-Etienne, le défi est décidément une préférence.

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