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jeudi 20 juin 2024
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Marathon de la biodiversité : le Gier pour messager

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Derrière l’intitulé très « com’ » de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, un appel à projets pour certes, véhiculer un message mais aussi réaliser du concret. Saint-Etienne Métropole et le Syndicat mixte du Gier rhodanien se sont associés pour y répondre et ainsi faire fortement subventionner la restauration ou la création de 21 km de haies et de 21 mares tout le long du bassin versant du Gier. L’opération était symboliquement lancée à Saint-Chamond le 19 décembre.

Une mare des coteaux sud de Saint-Chamond restaurée : bien souvent, c’est le manque d’entretien qui les détruit. ©If Média / Xavier Alix

Aux chasseurs les haies. A FNE et la LPO, les mares. Malgré leurs relations fréquemment « tumultueuses », la Fédération départementale des chasseurs de la Loire et France Nature Environnement Loire (et la LPO qui en est membre) sont ici, comme cela peut arriver sur des appels à projets, dans le même « camp » en tant qu’opérateurs. La cohabitation, mais celle entre l’ensemble de l’activité humaine et ce qui reste de biodiversité sur les coteaux du Gier, c’est bien le sujet du « Marathon de la biodiversité » pour lequel leurs savoir-faire, ainsi que celui des Conservatoire des Espaces Naturels (CEN) Rhône-Alpes, ont été sollicités par Saint-Etienne Métropole et le Syndicat mixte du Gier Rhodanien (SyGR). D’une certaine façon, les deux collectivités qui partagent la compétence publique à propos de la rivière commune à leurs départements, sont des « maîtres d’œuvre » engagés par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse pour déployer localement son opération.

Son « Marathon » vise à inciter la restauration de ces milieux – haies et mares – si favorables à la biodiversité, et tellement mis à mal. Cela dans des zones où ruralité, agriculture et périurbains s’emmêlent. Les autres bassins versants de la Métropole stéphanoise et même du reste du département voient leurs eaux s’acheminer vers l’Atlantique et, à ce titre, dépendent, eux, de l’Agence de l’eau Loire Bretagne. Agence qui n’a pas lancé l’équivalent du Marathon de la biodiversité*. Ce qui explique que cette opération là, dans notre département, se cantonne au Gier. Cela n’empêche pas, sous une autre forme, bien d’autres initiatives analogues – haies, mares ou autres – sur le périmètre de Loire Bretagne. Celle spécifique à l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse subventionne en tout cas à hauteur de 70 % le coût des opérations (animations et suivis compris) de restauration de haies et de mares réalisés par la Fédération de chasse, FNE et la LPO. Le reste est pris en charge par l’intercommunalité, le Département et l’Etat (le budget de son agence de l’eau est lié aux facturations d’eau).

Des propriétaires accueillant à dénicher

En septembre 2023, peu après l’engagement pris par les Ligériens, l’agence d’Etat relevait ainsi 14 intercommunalités engagées dans son périmètre. Théoriquement, le programme fixe, pour objectif, 42 mares et 42 km de haies. D’où la référence au Marathon. C’est dans les faits parfois trois, voire quatre fois moins, ou encore moitié moins comme dans le Gier. Apparemment pour une question de calendrier. La version actuelle de l’opération s’achève fin 2024 (à voir si elle sera relancée). Et les engagés ne l’ont parfois été que trop tardivement pour se caler sur l’objectif maximal. Côté Gier, avec moins de 50 % de l’objectif kilomètres de haies et mares assuré à ce stade, Saint-Etienne Métropole et le SyGR travaillent encore à dénicher d’ici l’hiver 2024/25 d’autres « hôtes » – propriétaires terriens, agriculteurs ou non – prêts à voir une haie s’implanter chez eux et/ou une mare restaurée, voire créée. En attendant, des projets ont déjà été concrétisés ou sont sur le point de l’être au sein de huit communes.

Photo de famille pour la signature de la convention réunissant une foule d’acteurs autour de ce Marathon. ©If Média / Xavier Alix

Comme à Saint-Chamond, en particulier du côté des coteaux sud, autour de Chavanne où six propriétaires ont accepté d’accueillir un total cumulé d’un peu plus d’un km de haies nouvelles. Sans oublier ces mares créées ou réhabilitées dont quatre dès 2023. De quoi réjouir Axel Dugua, maire de la commune choisie pour accueillir la signature officielle de l’opération, accompagnée d’un zoom démonstratif de terrain et médiatisé le 19 décembre dernier. « C’est le résultat de beaucoup de travail oui, qui implique un maximum d’acteurs. Ça n’a pas servi à rien, il faut persévérer. » Son adjointe Andonella Fléchet, par ailleurs vice-présidente à la Métropole à l’assainissement a rappelé la compétence intercommunale à ce sujet, certes priorisée dans un long processus de restauration et sécurisation des berges des principales rivières (Gier, Furan, Ondaine) mais qui n’empêche pas « d’aller plus loin. Créer des réseaux de haies bocagères, c’est lutter contre l’érosion, le ruissèlement, l’assèchement, favoriser la biodiversité. Créer des mares, c’est donner un abri aux espèces d’amphibiens protégées ».

Cinq espèces à sauver

En lien avec le lancement de la stratégie métropolitaine de la biodiversité et la tentative d’ampleur inédite de recensement sur son périmètre des espèces lancé via l’Atlas, l’objectif transversal est de fournir des domiciles aptes à l’accueil de cinq espèces de chauves-souris et d’amphibiens « pour leur importance patrimoniale ». Pour certaines d’entre elles, la situation est alarmante. Presque désespérante même quant aux effectifs de ce crapaud de 5 cm qu’est le sonneur à ventre jaune. Il est d’ailleurs possible qu’il soit déjà trop tard pour lui… Paradoxalement, le milieu que l’activité humaine récente – en raison de l’urbanisation, des remembrements, de l’intensification agricole, de l’abandon, des pesticides, etc. –  a progressivement détruit en un peu plus d’un siècle n’a rien de naturel. C’est celui progressivement façonné par nous, depuis le Néolithique et sur lequel la biodiversité s’était, en douceur, « calée ». Supprimer les haies, c’est supprimer l’habitat d’une foule d’espèces mais aussi un obstacle à l’érosion, au vent, aux nuisances olfactives, un atout au maintien de la fraîcheur, à l’épuration de l’eau. C’est se priver d’ombre pour le bétail et de domiciliation pour des prédateurs naturels des « nuisibles ».

Rodée à l’exercice, c’est la Fédération des chasseurs qui se charge de planter les haies, ici 150 m à Chavanne. ©If Média / Xavier Alix

Il convient pour cela de leur laisser atteindre 2 m de haut. Ce qui va prendre une dizaine d’années, comme pour ces 150 m linéaires plantés le 19 décembre par la Fédération de chasse sur les terres d’Etienne, à proximité du village de Chavanne. Etienne y songeait « depuis longtemps » mais dans un cas comme le sien – celui de propriétaire des hectares mais pas agriculteur – encore faut-il bien s’entendre avec son, ses locataires exploitants. Et probablement pas évident de rajouter encore une fois du travail et des responsabilités à des agriculteurs évoluant sur des parcelles toujours plus grandes et de nos jours pris à la gorge économiquement mais aussi par les injonctions venant de toutes parts. Cela après avoir été incités des décennies durant à épouser un modèle intensif pour créer l’abondance vivrière. Selon l’Afac-Agroforesteries, la situation à propos des haies urge plus que jamais au regard de la dégradation de la qualité des sols, des eaux, de la biodiversité.

Les mares disparaissent souvent par « abandon »

Selon l’organisation, près de 70 % des haies ont disparu en France depuis 1950. Et s’il en reste environ 750 000 km, non seulement 80 % de ces haies restantes sont altérées (manque et mauvais entretien, surexploitation) mais en plus, chaque année, plus de 11 500 km continuent à être supprimées ! Dans la Loire, malgré les efforts, d’ailleurs particulièrement marqués soulignait l’Afac-Agroforesteries, par rapport au reste du pays et qui ne se limitent pas à ce Marathon (Saint-Etienne Métropole et, avant elle, le Département ont mené et mènent bien d’autres projets, parfois communs), « on continue malheureusement à perdre 6 % de haies en moyenne par an même si on est loin des – 50 % atteints au tournant des années 70/80 », souligne la Fédération de chasse de la Loire. Côté mares, si aucune compensation ne peut rendre la vie aux espèces tuées à chaque destruction de milieu humide par nos aménagements, Emilie Joly, chargée de mission FNE Loire apporte une touche d’optimisme. Elle assure en effet à If qu’une nouvelle mare peut accueillir très rapidement des amphibiens, « dès le printemps qui suit une restauration effectuée au début de l’hiver ».

Malgré les efforts, on continue malheureusement à perdre 6 % de haies en moyenne par an dans la Loire.

Fédération départementale des chasseurs

C’est ce que constate Jean-François Louat, agriculteur et jeune retraité de Chavanne aussi, à propos d’une mare restaurée il y a peu sur des terrains qu’il a conservés, à quelque pas de sa ferme. « J’ai vu une dizaine de canards y prendre leurs marques il y a quelques jours ! Ici, le dispositif m’a permis de curer une mare déjà existante. Je l’avais déjà fait quand j’ai pu : j’étais déjà convaincu et les nouvelles générations d’agriculteurs de plus en plus. Après, il faut du temps et de l’argent. Vous savez, beaucoup de mares disparaissent non en raison d’un aménagement mais par impossibilité de les entretenir, avec le passage, par exemple, du bétail qui par piétinement fait descendre la terre et les comble. » Quand on sait que la contribution financière de Métropole était de 8 000 € pour une plantation de 500 m de haies à propos d’un exemple analogue datant de fin 2021 à Saint-Genest-Lerpt – dans le cadre d’un autre programme plus spécifique à l’intercommunalité –, l’obstacle purement financier vis-à-vis de ces initiatives, ne semble, lui, pas infranchissable.   

*A l’exception d’une contribution à celui de la Communauté de communes Saône Beaujolais, aux côtés de l’Agence Rhône Méditerranée

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