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Michel Thiollière : « Je vais donner une suite judiciaire à tout cela »

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Il ne voyait alors pas en quoi il aurait pu être intéressant de le barbouzer. C’était fin avril. Moins de 6 mois après avoir appris les déclarations de Gilles Rossary Lenglet en garde à vue – niées par Pierre Gauttieri – sur le fait qu’il avait été l’objet d’un projet de piège finalement avorté, Michel Thiollière a de nouveau réagi ce lundi à notre sollicitation. Cette fois, à la suite des détails donnés à l’information, en effet étayée par de nouveaux enregistrements publiés par Mediapart dimanche.

Michel Thiollière, maire centriste puis UMP de Saint-Etienne (1994-2008). Photo issue du site de l’Acer

Cette fois, il est plus tranché, le « ou » ayant disparu : « Ce sont quand même des grands malades ces gens-là ! » La pathologie, mais sous forme de thèse, avait déjà été avancée par Michel Thiollière en avril dernier comme source réelle d’un éventuel piégeage inabouti. L’ancien UMP de Saint-Étienne (1994 / 2008) avait été interrogé une première fois par If Saint-Etienne pour réagir à l’évocation de son nom dans une énième publication de Mediapart autour de l’affaire de chantage présumé à la vidéo intime. Elle tournait autour des interrogatoires des gardes à vue d’avril relatives à l’affaire, assurant que « d’après les déclarations de Gilles Rossary-Lenglet », un autre piège avait été envisagé mais finalement non concrétisé. Il aurait visé Michel Thiollière pour lequel Pierre Gauttieri avait travaillé de 2004 à 2006 comme chef de cabinet à la Ville de Saint-Etienne avant d’occuper ce poste en tant que directeur pour Gaël Perdriau (la Métropole lui ayant été doublonnée en 2018) de 2014 à 2022.

Comme nous le relations ce matin, Mediapart a donné hier, des détails sur le piège envisagé avec la publication des nouveaux enregistrements accablants – une autre conversation glauque en 2015 entre Gilles Rossary-Lengletet Pierre Gauttieri – mettant sur la table ce projet avorté qui aurait constitué à piéger par vidéo l’ex-édile stéphanois en lui mettant dans ses draps une prostituée mineure… « C’est comme une série événement sur Netflix, on est soumis à une succession d’épisodes au contenu inattendu et on se demande quand et comment ce feuilleton va s’arrêter, commente Michel Thiollière, contacté par If Saint-Etienne ce lundi après-midi. Oui, ça ressemble à un scenario de fiction que je n’aurais jamais pu imaginer que ce soit pour le cœur de l’affaire ou désormais moi-même, surtout que je n’avais clairement plus d’ambition politique depuis 2015. Plus sérieusement, je suis profondément triste pour la ville de Saint-Etienne. Combien d’autres, élus ou non, ont été ainsi piégés ou été l’objet d’un projet de ce type ? »

« On est carrément dans le « catalogue » commercial »

Au pouvoir puis dans l’opposition et enfin, une fois retiré de la vie politique, avait-il eu écho, ne serait-ce que par le biais de vagues rumeurs sur l’existence de pratiques similaires, approchantes ? « Non, je n’ai jamais entendu parler de ça. Pas plus qu’hors de Saint-Etienne d’ailleurs en 25 ans d’implication dans les affaires publiques : je n’ai jamais entendu un collègue politique se plaindre d’une tentative de chantage. J’ai eu des échanges difficiles, des propos très virulents avec mes opposants, comme avec Maurice Vincent mais sur la base de profonds désaccords autour de projets de la collectivité. Ce qui n’empêchait pas, une fois redescendus, des relations sincèrement cordiales avec lui ou aussi Gérard Lindeperg (leader socialiste, ex député et finaliste des Municipales 1995 et 2001, Ndlr) avec qui j’ai déjeuné. Mais ça ! Et à Saint-Etienne… On est quand même carrément dans le « catalogue » commercial, genre « et celui-là, est-ce que vous voulez que je le tue aussi ? Ok, alors voici la formule que j’ai à vous vendre ! » Encore une fois, dans mon esprit, ça n’aurait pu tenir que de la fiction. Je vais donc donner des suites judiciaires à ces dernières révélations. Trop tôt pour vous dire quand et comment mais je vais l’étudier. »

Il n’y a pas une feuille de papier de cigarette entre un directeur de cabinet et son maire.

Michel Thiollière

Michel Thiollière se dit d’autant plus révolté par le fait que ces agissements auraient eu pour écrin l’intérieur de l’hôtel-de-ville de Saint-Etienne : « Cela ajoute de la gravité, pour l’institution, à ce qui est déjà abject. Nous ne sommes pas là sur une conversation minable tenue par des gens trop alcoolisés enregistrée au comptoir d’un bar puis diffusée, comme certains disent « hors contexte ». Mais dans le bureau du directeur de cabinet de la Ville de Saint-Etienne ! Pierre Gauttieri est en tout cas un mauvais acheteur : comment m’envoyer une prostituée dans un hôtel à Paris où je passais alors 5 jours par semaine puisque que je ne logeais non dans une chambre mais dans mon pied à terre ? » Pense-t-il que Gaël Perdriau était au courant, voire co-commanditaire ? « Seule la Justice tranchera sur les responsabilités exactes des uns et des autres. Je me contenterais de dire que quiconque a travaillé, élu ou pas, dans la gestion de la vie publique sait qu’il n’y a pas une feuille de papier de cigarette entre un directeur de cabinet et son maire. La confiance est à la base de leurs relations. Ils œuvrent toujours étroitement en commun. »

Les tensions de 2014 – 2015

De quelle manière Pierre Gauttieri a, du coup, œuvré avec lui entre 2004 et 2006 ? Pourquoi l’a-t-il écarté de cette fonction pour le reléguer à un poste de chargé de mission auprès du conseil de développement de Saint-Etienne Métropole ? « J’aurais mieux fait de le virer tout court ! Je l’ai écarté non pas parce que j’avais eu vent d’agissements dépassant la légalité. Avec moi, il était respectueux, voire obséquieux. C’était un peu bizarre. En revanche, il était bordélique et il n’était clairement pas fait pour travailler en équipe : des frictions avaient effectivement éclaté avec les membres du service (une équipe de 6 personnes). D’où ma décision. » A l’époque, il n’y a pas de partage du poste avec la Métropole. « Et c’est mieux ainsi, sinon, vous donnez logiquement l’impression, à tort ou à raison, que la grande ville a la mainmise sur l’agglomération et que les communes membres ne sont pas de partenaires mais en dessous. Ce qui vous isole en tant que maire de la ville centre. C’est pour ça que je n’ai jamais crû à un Gaël Perdriau ministrable : il s’était alors déjà de lui-même trop isolé de tout le monde par son comportement…»    

Debut 2014, lui et Michel Thiollière auraient eu, selon le second, quelques engueulades à propos de l’absence de membres de son ancienne équipe passés dans l’opposition entre 2008 et 2014 et non retenus sur la liste du futur maire malgré leur proximité dans les années 2000. « Je ne comprenais pas qu’il se passe ainsi de gens aussi compétents qui avaient été à nos côtés. Surtout que je n’avais plus d’ambition personnelle pour Saint-Etienne, ni de volonté continuer à peser par le biais d’autre gens. Je suis d’ailleurs passé à autre chose avant, effectivement, d’appuyer personnellement aux Départementales 2015 la candidature non pas dissidente car ce n’est pas le terme en démocratie, mais la candidature tout court d’amis (Katia Richaud et Michaël Petit, étiquetés UDI, Ndlr) – dans le canton Saint-Etienne sud est (il s’agissait du canton Saint-Etienne 6 nouvellement créé, Ndlr) finalement remporté par Nadia Semache. »

Le duo UDI avait réalisé 5,39 % au 1er tour. Très insuffisant pour aller au second tour mais suffisant pour siphonner des voix probablement promises, sans sa présence, à un autre, arrivé, lui, 3e, en ayant réalisé 26,79 %. De quoi l’éliminer de justesse si on fait le calcul. Ce duo était composé de Pascale Lacour (UMP, adjointe au commerce LR de nos jours) et d’un certain élu, alors Modem, dénommé… Samy Kéfi-Jérôme.

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